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Nationale

L’absentéisme, la tâche parlementaire

L’absentéisme,  la tâche parlementaire

Alors que les huit millions d’élèves algériens ont assuré leur rentrée scolaire dans les trois paliers, ils étaient par contre moins d’un tiers des 400 « députés » et des 144 sénateurs à répondre présent à l’ouverture de la nouvelle session parlementaire.

Nos élus, grassement payés par la rente et les contribuables et choyés par le système de retraite dont les pensions sont gonflées injustement, affichent publiquement et sans gêne leur désintérêt des préoccupations des citoyens et des affaires de la société.

C’est encore la preuve médiatique et politique que ces « élus », pompeusement appelés députés, ne méritent aucun égard, aucun honneur et aucun respect.

On savait bien qu’il ne reste de leur mandat-rente que quelques mois, mais de là à abandonner leurs missions et leurs fonctions, c’est carrément de la trahison et un comportement de traîtrise et de félonie, qu’il faudra non seulement juger mais sanctionner.

D’ailleurs, durant toute cette dernière mandature, à partir de mai 2012, le phénomène de l’absentéisme a battu des records aussi bien à l’APN qu’au Conseil de la nation. Des sessions plénières vides, des projets de loi votés en l’absence du quorum, des hémicycles hantés et des couloirs des deux institutions quasiment déserts toute l’année.

De mémoire de journaliste, jamais mandature n’a été caricaturée, vilipendée et critiquée de la sorte à cause de cet absentéisme flagrant et outrageusement « revendiqué » par certains. On connaît un « député » qui n’a foulé les pieds de l’APN qu’une seule fois, alors que d’autres s’affichent uniquement lors de cérémonies et autres protocoles, soit une dizaine de fois en cinq ans. Il existe même une femme « député » qui refuse d’y aller depuis …juin 2012 !

Ce phénomène, dont les deux présidents de nos deux Chambres, Bensalah et Ould Khélifa, minimisent la portée en brandissant la justification « farfelue » que cela existe partout dans le monde et dans les plus grandes démocraties, a pris une telle ampleur politique qu’un chef d’un grand parti politique a failli aller vers … une feuille de présence des « députés » à l’occasion des sessions ou des débats sur des avant-projets de loi.

Il n’y a qu’à voir les images désolantes en plein mois du Ramadhan, lors de ses soirées ou dans d’autres circonstances, pour constater l’absence incroyable des « élus ». On a vu parfois des journées avec un nombre limité de présents, ne dépassant même pas la dizaine. Un confrère étranger qui enquête sur la fonction parlementaire et ses perspectives dans les pays du Sud était « horrifié » par l’ampleur du désastre en Algérie.

Selon son analyse, il ne peut s’agir que de mépris à l’endroit de sa propre société, d’une attitude de « désinvolture » face aux préoccupations des citoyens et de l’opinion publique et d’un comportement qui relève de la psychologie du « pied-noir », des « colons » et de la dictature.

Démesure, peut-être de ce point de vue, mais tellement alarmant et alarmiste qu’il interpelle déjà aussi bien les décideurs du pouvoir que les acteurs de la vie politique et sociale. Il fallait bien mettre le holà à ce « je-m’en-foutisme » parlementaire.
C’est d’ailleurs, à cause de l’ampleur et des dégâts collatéraux de cet absentéisme que le gouvernement a pondu un projet de loi, dont l’objectif premier est de limiter le phénomène, mais surtout à le rendre moins « voyant ».

C’est ainsi qu’il veut sanctionner le nomadisme partisan du député, tout en fermant les yeux sur son absence répétée, arguant qu’il s’agit d’une atteinte à la liberté d’un parlementaire, mandaté par le « peuple », seul habilité à le « contrôler » ou à le sanctionner. Or, ce peuple n’a pas tous les leviers législatifs en sa possession pour pouvoir frapper et « gommer » ces « élus » qui ont trahi le serment et la confiance.

On ne peut rester qu’ébahis, interrogateurs et inconsolables face à cet absentéisme, alors que le gouvernement veut mettre le paquet lors de cette session unique, en présentant une vingtaine de projets de loi délicats et importants et qui touchent directement les libertés politiques et sociales du citoyen, ainsi que certains dispositifs relevant de ses acquis antérieurs.

Il est vrai qu’il existe quelque 80 députés de l’opposition qui ont tenté de briser la mollesse de l’APN et ont parfois réussi à secouer le cocotier, comme lors de l’adoption de la loi de finances 2016.
Mais cela suffit-il pour absoudre les autres, les 200 du FLN et les dizaines d’autres appartenant au RND et autres partis lilliputiens ?

Que reste-t-il d’arguments quand des « députés » ne respectent ni l’institution qui les « héberge » et leur vire un « pactole » et leur octroie une pension à vie, ni les pauvres électeurs qui ont voté pour eux ou pour leur liste ? C’est sans doute l’accumulation de ses désolations que la grande majorité des Algériens ne votent plus lors des législatives.

Le taux d’absentéisme aux dernières législatives a battu des records, certaines sources en haut lieu avaient évoqué le mot « scandale » pour expliquer le phénomène. Il aura fallu « gonfler » les chiffres pour donner un peu de crédibilité à la vie politique nationale.

Et il en sera de même pour les prochaines élections prévues le 20 avril 2017, car l’absentéisme et l’incompétence de nos « députés » vont accoucher de l’absentéisme des électeurs et de leur désintérêt à la vie publique. Il en faudra encore des années et des années pour que l’image de marque de la fonction parlementaire chez nous gagne quelques « grades » et une éthique politique et publique.

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