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Nationale

La volte-face de Mokri

La volte-face de Mokri

C’est la consternation chez les leaders de la Coordination nationale des libertés et pour la transition démocratique. L’initiative du MSP de rencontrer Ahmed Ouyahia, le chef de cabinet de la Présidence jeudi dernier et l’annonce solennelle de ce dernier de sa main tendue à l’opposition suscitent encore des réactions et des interrogations.

Bien que le pouvoir tente de rentabiliser politiquement au maximum cette fameuse rencontre, des observateurs estiment que la démarche autonome de Abderrezak Mokri est foncièrement liée à deux faits majeurs de notre actualité nationale et internationale.

Selon les analystes, la demande de rencontrer le président de la République de la part du chef du MSP a été motivée par le forcing que tentent grands acteurs de l’Internationale des Frères musulmans dans le monde arabe, pour sauver l’ancien Président égyptien, Morsi, emprisonné et condamné par un tribunal cairote à la peine capitale.

Les grands alliés occidentaux du régime du maréchal Al Sissi n’ont exprimé aucun intérêt, ni aucune préoccupation pour cet épisode de l’actualité internationale. Ils n’ont émis aucun souhait d’intervenir dans cette histoire.

Même les pressions des puissances régionales comme la Turquie et le bras financier de l’Internationale, le Qatar, n’ont pu à faire fléchir le maréchal, décidé en finir une fois pour toutes, lui qui vient de déclarer la guerre totale à l’islamisme des Frères et ses segments armés au Sinaï et ailleurs. Face à ses échecs, l’Internationale a misé sur le chef charismatique du mouvement tunisien Ennahdha, Rachid Ghannouchi, qui vient de rencontrer Bouteflika, et dont on connaît les rapports excellents avec les hauts responsables algériens.

S’engouffrant dans le sillage de cette demande de médiation, Mokri s’est évertué à donner un cachet plutôt « maison » sa rencontre avec le chef de cabinet de Bouteflika. Ainsi, le patron du MSP, défenseur acharné des causes de l’Internationale des Frères musulmans (protection des Lieux Saints d’El Qods de la politique de judaïsation et action anti-embargo sur la bande de Gaza) , et qui s’est impliqué totalement dans la défense des cadres de ce mouvement islamiste détenus dans les geôles égyptiennes depuis le coup d’Etat d’Al Sissi, n’hésite plus à afficher sa détermination à soutenir la cause de Morsi et de ses amis et à exiger du pouvoir algérien de dénoncer la « répression » policière qui s’abat quotidiennement sur les militants de ce mouvement.

Mokri ne nie point que sa pensée et son idéologie sont plus proches que jamais des thèses de cette Internationale et que ces deux questions (Gaza et la cause palestinienne ainsi que la situation de Morsi et de son parti politique en Egypte) sont les seuls et uniques soucis de sa formation politique.

C’est sans doute cela qui explique les dessous de sa rencontre avec Ouyahia jeudi dernier. Bien sûr que Mokri y rajoute le fait que les points à l’ordre du jour de ce rendez-vous touchent principalement à la situation du pays, notamment après les tragédies de Guerrara.

Pour beaucoup d’analystes, Mokri aurait dit oui (un oui relatif, selon certains) au pouvoir, faisant une énorme concession politique, juste pour que Bouteflika accepte de faire pression sur le pouvoir égyptien pour qu’il renonce à exécuter Morsi. Il se pourrait bien que Bouteflika (ou Ouyahia) ait exigé cette position du MSP avant d’entamer les démarches nécessaires politiques et diplomatiques. Entre Alger et le Caire, il existe sûrement des contentieux et des divergences sur des dossiers, comme la crise libyenne, mais globalement, les relations sont au beau fixe, aux dires des officiels.

Or, c’est ce brouillard dans le comportement du MSP qui créa un malaise au sein de ses alliés du CNLTD et chez les acteurs de l’instance de concertation et de suivi (ICS). On ne comprend pas la démarche de Mokri. Jilali Sofiane, de Jil Djadid, n’y va par quatre chemins en estimant que l’ICS et toute l’opposition se sont mises d’accord pour refuser tout dialogue avec le pouvoir qui n’a pas été au préalable discuté au sein de ses instances.

Même son de cloche chez le mouvement Ennahdha, qui pense que le « dialogue où l’opposition est utilisée pour l’agenda du pouvoir est inacceptable », soulignant qu’il faut plutôt un dialogue selon des règles claires, qui aboutisse à une feuille de route pour sortir de la crise.

Pour Amar Khababa, l’un des bras droits de Djaballah, « la référence, c’est la plateforme de Mazafran. Nous sommes pour une transition démocratique négociée avec toute l’opposition et nous sommes contre les négociations individuelles ».

En dépit des explications tardives de Mokri pour atténuer le malaise, et qui prétexte que l’initiative fait partie de son plan déjà élaboré sur des négociations politiques avec le pouvoir, il semble bien que pour certains chefs de l’opposition, il y a trahison.
Certes, ce n’est pas encore l’implosion au sein de la CNLTD, mais pour les analystes, le tête-à-tête Ouyahia-Mokri pourrait bien être le début d’un marché politique ou d’un contrat. Faut-il comprendre les concessions « secrètes » du MSP comme le prix à payer juste pour sauver l’égyptien Morsi d’une mort certaine ?

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