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Nationale

La voie noble du cœur, de l’esprit et de la raison pour mieux vivre ensemble

La voie noble du cœur, de l’esprit et de la raison pour mieux vivre ensemble

Dans sa nature ancestrale, le peuple algérien est pacifique, non agressif, solidaire, ouvert à l’autre, honnête, patient. Sa patience a cependant des limites. Il peut longtemps supporter, à des niveaux même élevés, toutes sorte d’agressivité portée à son égard mais il se révolte, devenant méchant et même violent, quand on touche à sa dignité, ses libertés naturelles individuelles et collectives, aux fondements de son identité, quand il est victime d’actes d’injustice, quand on lui tourne le dos, n’écoutant pas ses revendications légitimes ou quand on lui manifeste indifférence, voire mépris, ou intolérance. Devant un manque flagrant de considération, et que rien n’est fait pour alléger ses souffrances.

Pour toutes ces raisons, dans l’actualité d’aujourd’hui, le peuple algérien déplore une perte de confiance totale entre lui et ses gouvernants. C’est un fossé profond qui les sépare. Il ne croit plus en la bonne foi et en la sincérité des dirigeants, répétant et insistant sur le fait que cette situation d’incompréhension va changer et qu’une nouvelle ère de bonne gouvernance est en marche. En effet, quand on faillit à ses devoirs ou à la moralité, ne serait-ce qu’une seule fois, il est très difficile de rétablir la confiance. C’est difficile, cela prend énormément du temps, mais ce n’est pas impossible. Il s’agit d’un différend entre Algériens. Nous vivons ensemble et nous sommes condamnés à être toujours ensemble dans notre pays, qui nous appartient à tous. Nous ne pouvons rester éternellement ennemis la vie serait insupportable et insoutenable. Nous nous ferions du mal à nous et à nos compatriotes par notre propre intolérance. Il faut faire ressortir de notre profond subconscient les vertus nobles habitant notre cœur, notre esprit, notre raison et ces qualités existent.

S’approcher et s’ouvrir à l’autre constitue la première démarche à engager pour un dialogue franc, sincère, direct, où il n’est pas appréhendé de soulever les problèmes litigieux ces questions mêmes qui divisent faisant l’objet de la crise actuelle. Il faudrait avoir le courage de reconnaître ses propres fautes. Ce n’est pas un mal, car tout être humain est faible. Ne dit-on pas qu’une faute reconnue est à moitié pardonnée ? Pour cela, il faut laisser parler le cœur. Nous y avons tous une parcelle d’humanité qui s’y cache, Nous y possédons tous un élan d’amour et d’affection pour l’autre, qui nous ressemble par les mêmes conditions de vie et aussi par le physique. L’autre, c’est un Algérien comme nous, un frère vivant sur la même terre, parlant le même langage et partageant les mêmes traditions et coutumes. Nous nous retrouvons en lui comme un prolongement de nous-mêmes. C’est un plaisir de pouvoir discuter avec lui, d’être heureux de sa présence et pouvoir échanger et réfléchir sur des idées que nous vivons en commun dans le quotidien à l’intérieur d’un même univers. Ces relations privilégiées extériorisées du cœur ne nous sont pas étrangères. Ces liens fraternels font partie de notre nature.

La fraternité au temps de la Révolution

Ce climat exceptionnel de compréhension mutuelle a été, dans un passé pas très lointain, le ciment et l’élément fort de la victoire dans le combat contre le colonialisme. Les sentiments de fraternité, de solidarité, d’amour pour l’autre, le sacrifice même de soi pour la communauté algérienne tout entière, ont régné en maître dans les maquis pendant la guerre de libération nationale. On s’interpellait « Hé toi l’Oranais ! Toi le Tlemcénien ! toi le Chaoui ! Toi le montagnard ! Toi le Kabyle ! …’’ sans clivage du peuple algérien esprit de clivation du peuple algérien ; bien au contraire, c’était une manière amicale de manifester sa sympathie et sa fraternité envers l’ensemble du peuple algérien, dans sa diversité et sa richesse culturelle. C’était aussi une manière de faire

parler le cœur et, dans cet esprit de sérénité mutuellement entretenu, d’animer des séances de dialogue avec tout le monde, sur un pied d’égalité, de considération et de respect. Le sommet de ce langage du cœur et de l’amour pour l’autre apparaît sublimement et divinement quand des compagnons ont été gravement blessés au combat et qu’il a fallu transporter à dos d’homme, sur des distances impressionnantes la nuit, sur des chemins inaccessibles, trébuchant à chaque pas en pleine montagne et, souvent, en hiver sur des parcours entièrement enneigés. Nombreuses ont été les vies qui furent sauvées par ces exploits d’un héroïsme extrême, guidés par le seul langage du cœur et dont les auteurs sont restés anonymes, n’attendant demandant aucune récompense.

Une autre vertu du dialogue serein et positif s’appuie sur la haute capacité d’écoute des intervenants engagés dans la voie d’une solution à des questions controversées. Il faut laisser les gens parler, s’exprimer et exposer, en détails, leurs idées, et ne pas les interrompre notamment sur des sujets qui fâchent. Mieux encore, il faut adroitement et habilement les relancer avec des questions brèves ou des allusions pertinentes afin qu’ils aillent jusqu’au bout de leur pensée et de leur réflexion. Cette démarche est une manière de respect et de considération pour une personne ayant une opinion différente, voire contraire, à l’ordre établi. Pour parvenir à engager le dialogue dans une voie positive afin de trouver des solutions acceptables pour tous, il faudrait maîtriser ses propres passions et ses pulsions personnelles influençant négativement le bon déroulement des discussions. Maîtrise de soi et contrôle de son émotivité, il s’agit là d’une vertu majeure régissant le succès d’un dialogue bien mené.

A ce sujet, Freud, le père de la psy, analyse nous donne un enseignement vivant et un exemple édifiant. Il écoutait ses patients avec une attention extraordinaire. Nulle autre personnalité que Freud ne pouvait rivaliser avec cette capacité d’écoute extrêmement élevée et puissante. Il laissait la personne qui dialoguait avec lui s’exprimer librement sans la gêner, ni l‘influencer.

La djemâa, une instance ancestrale dans le dialogue

Il ne faut pas aller bien loin pour trouver des exemples de forum réussi dans l’engagement du dialogue. Notre histoire nous donne une belle illustration au sein de notre pays quant à l’organisation sociale dans ce domaine. L’occupation coloniale a détruit ce filet efficace existant dans nos villages, habilitant les citoyens à trouver par eux-mêmes, par le dialogue, la solution aux litiges et aux conflits survenant sur leur territoire. C’était la djemâa. Cette instance était composée de sages dont la probité, l’honnêteté, la compétence, la parfaite réputation l’excellente connaissance des conditions de vie de leur terroir constituaient leurs attributs essentiels. Ces qualités élevées étaient reconnues par tous les citoyens et ceux-ci les approuvaient toujours, ne contestant pas leurs décisions. C’est par le dialogue entre les différentes parties que les conflits sont résolus ; un dialogue franc, transparent où les plaignants sont entendus. Ces sages de la djemâa tranchent en prenant des résolutions conformes à la logique, à la raison, avec l’esprit de la sauvegarde des droits du citoyen, tout en respectant les règles de la communauté. Ce sont parfois des décisions graves comme, par exemple, le fait de bannir et d’exclure du village la personne qui a porté préjudice à une cellule familiale. C’est que le maintien et la défense des intérêts de la communauté constituent des éléments indiscutables. La djemâa veille à la pérennité des bonnes conditions du vivre-ensemble dans la cité. Tout le monde doit respecter les règles de la vie en société, les traditions, la bonne moralité, la solidarité, l’entraîde, le partage, le secours aux personnes démunies ou nécessiteuses. L’objectif à respecter en priorité, est d’assurer à tous les habitants des conditions d’existence harmonieuses, dans l’entente, la paix et la sécurité. Ce qui

caractérise fortement la djemâa se résume par le fait que ses membres ne se plient jamais à la corruption. Ils ne s’achètent pas et n’utilisent pas leur fonction de sage pour s’attribuer des biens qu’ils ne méritent pas. Ils ne réclament jamais une quelconque facilité de la part des plaignants pour l’annulation de leur procès. Leur seule motivation dans l’exercice de leur fonction, c’est la bien-être de leur communauté entière et leur grande satisfaction, c’est de parvenir à contribuer d’une manière pérenne au maintien de ce bien-être.

Les vertus du dialogue ont toujours animé le peuple algérien. L’accès à l’indépendance n’aurait pas été si meurtrier si le colonisatuer avait écouté les doléances des Algériens . La plupart des résistants algériens ont demandé vainement le dialogue. C’est le fait d’avoir fait la sourde oreillle qui a conduit à combattre le colonisateur par les armes et le vaincre. L’esprit du dialogue est resté vivant après l’indépendance. Dans les années 1970/1980, l’Algérie a contribué longuement à la compréhension des religions par le dialogue. D’importants et grandioses séminaires ont été organisés dans les grandes villes d’Algérie et dans la capitale avec des sommités religieuses.

Le dialogue reste un créneau clé pour la résolution des conflits et l’Algérie adhère y avec énergie, surtout en ces moments de revendications populaires pour les libertés.

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