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Nationale

La violence en embuscade

La violence en embuscade

Il ne se passe pas une semaine sans que les services de sécurité, en général, ou l’ANP, en particulier, ne communiquent à propos d’une saisie d’armes, de la neutralisation d’un groupe de criminels
ou d’une tentative d’acte terroriste déjouée grâce à l’expertise des corps constitués algériens toujours en alerte.

Question : la situation sécuritaire s’est-elle dégradée ou faut-il lire dans cette actualité une volonté de l’Etat d’appeler implicitement à la vigilance ?

Mercenaires étrangers interceptés aux frontières, arsenal récupéré, trafiquants écroués, le bilan hebdomadaire des services de sécurité, à travers le vaste territoire national, prouve la détermination de l’Algérie à combattre sans répit la subversion terroriste internationale ainsi que toutes les formes de criminalité.

Hier, c’était dans la paisible région de Tipasa et à Aïn Defla qu’un abri contenant des bombes artisanales et des munitions a été détruit, selon un communiqué du ministère de la Défense Nationale.

La semaine dernière, on se félicitait de la reddition d’un terroriste et de plusieurs femmes de sa « famille » dans les massifs de Jijel. Au sud du pays, les arrestations ou accrochages avec des bandes armées venues de pays limitrophes sont quasi quotidiennes.

Sans omettre les opérations régulières des GGF face à la contrebande dont les parrains sont souvent en relation étroite avec le grand banditisme et l’activité terroriste.

Ajouté à cette nomenclature de menaces permanentes contre l’Algérie, l’extraordinaire narcotrafic qui entend déstabiliser le pays par une guerre du cannabis qui n’a pas dit son nom. 

« Tout d’un complot… »

De mémoire de journaliste, il semblerait que jamais dans l’histoire de l’Algérie indépendante les services de sécurité n’ont été confrontés à autant de menaces simultanées en tous coins du pays. Un spécialiste de la chose sécuritaire en activité nous confie « que tout porte à croire que des forces internes et externes travaillent à perturber la paix retrouvée par les Algériens au lendemain de la décennie noire ».

L’officier qui accumule des années de service, notamment dans la lutte antiterroriste, ajoute : « Les ennemis qui s’imaginent pouvoir profiter des tensions régionales et de la crise économique qui pointe à l’horizon se trompent. Le peuple algérien fera tout contre la fitna. Il l’a prouvé lors de la déferlante des Printemps arabes. Le sang ne doit plus couler en Algérie par la diabolique manipulation intérieure ou extérieure. Nous avons tous fait ce serment. »

Déterminé et manifestement angoissé, notre interlocuteur se retire pour écouter les appels sur son talkie-walkie. Il grimace. Des citoyens occupent la route nationale. Pneus, barricades… Ils protestent avec des revendications d’ordre social. « Les politiques doivent nous éviter cette déperdition en hommes, en temps et en souffle. Notre mission urgente est ailleurs… « 

L’argent du crime

Dans une bourgade perchée face à la mer, dans la wilaya de Boumerdès, pas la peine d’engager la discussion sur la situation sécuritaire. Le village a perdu trop d’enfants, dans les rangs des services de sécurité ou de l’autre côté, dans les maquis. Les repentis explosent.

Pas de ceinture de kamikaze cette fois, Dieu merci.
Juste la peur d’être rattrapé par la caution passée à la violence barbare. Un peu comme les vieux maffieux italiens veulent faire croire qu’il y avait dans le temps une morale chez les criminels, « El Hadj Guentro », nous l’appellerons ainsi, ex-émir d’une katiba ayant bénéficié des dispositions de la réconciliation nationale, jure qu’il ne comprend rien à ce qui se passe en Algérie : « DAECH, la drogue, le Sahel…ce n’est pas algérien.

C’est une histoire écrite dans un livre satanique, à Paris ou à Washington. Nous les combattrons, s’il le faut aux côtés de nos soldats de l’ANP… » Profession de foi de repenti ou offre de service, le discours illustre la complexité qui caractérise les nouveaux paradigmes de l’insécurité en Algérie. L’ »émir » nous avouant à demi-mot qu’il a décidé de quitter le maquis lorsqu’il a découvert que beaucoup de ses comparses s’étaient enrichis sur le dos des « moudjahidine » version GSPC.

Parce que les masses d’argent incontrôlées du marché informel ne sont pas sans lien avec la criminalité. La loi contre le blanchiment n’y pouvant rien. Les contrebandiers disposent déjà de moyens logistiques comparables à ceux de l’Etat. Complicités dans l’administration, les institutions sont infiltrées, des réseaux dormants sont payés et attendent les instructions.

Comme celle de couper la route, par exemple.
En faisant croire à une motivation liée au raccordement au gaz de ville.
La boucle est bouclée. Les services de renseignements ne peuvent pas ignorer ces manigances.

Mais, l’équation est délicate quand les populations sont impliquées. Conséquence de la faillite de la démocratie rêvée après les événements d’octobre 1988, l’insécurité ressemble à l’enfant incestueux entre un pouvoir qui n’a pas su protéger ses institutions avec un peuple disposé à brûler sa maison.

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