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La Turquie a exorcisé ses démons gülénistes

La Turquie a exorcisé ses démons gülénistes

Il y a quatre ans presque jour pour jour, un coup d’Etat a failli emporter le président Recep Tayyip Erdogan et son gouvernement. En effet, le 15 juillet 2016, au soir, la Turquie vivait, stupéfaite, les péripéties d’un putsch fomenté par une partie de l’appareil militaire.

Et c’est en direct sur l’antenne de CNN Turk que le président Erdogan est intervenu, via une application (Facetime) de son smartphone, pour appeler la population à sortir pour faire face à ce prononciamento militaire. En quelques heures, la Turquie a retenu son souffle, pour enfin se réveiller, forte de la mobilisation populaire qui a sauvé la démocratie.

En toute évidence, le putsch raté du 15 juillet 2016 aura eu le mérite non seulement de conforter le chef de l’Etat dans sa démarche de refondation de la République post-kemaliste, mais surtout de débusquer les ramifications tentaculaires de Hizmet, la communauté religieuse de Fethullah Gülen, dans tout l’appareil de l’Etat et de la société civile.

Accusé d’être derrière cette tentative de renversement de son ancien allié le président Erdogan et son parti l’AKP, le Hizmet de Gülen, qualifié depuis de FETÖ (Fethullahist terror organization) a subi les contrecoups de cette tentative ratée.

Une demande d’extradition du chef spirituel de la FETÖ réfugié aux Etats-Unis a été lancé, les activités des résidus de la communauté interdites et les membres avérés et/ou présumés de ce mouvement radiés des institutions officielles de l’Etat : armée, ministères, universités notamment les médias. Ce sont des dizaines de milliers de fonctionnaires qui ont été ainsi radiés pour gülénisme, une purge jamais égalée depuis l’époque de la lutte anticommuniste durant la guerre froide.

Sur le plan politique, le président Erdogan est sorti auréolé d’un prestige nouveau, inédit, celui d’un président démocratiquement élu qui a affronté les félons, fort du soutien populaire après son appel à la télévision. Les 251 civils tués et les 2 700 autres blessés ont répondu à cet appel pour sauver l’ordre constitutionnel et la démocratie.
Dans leur tentative de prise du pouvoir, les gülenistes avaient bombardé le Parlement.

« Le peuple turc, qui possède une longue tradition de démocratie, n’a pas hésité une seconde à sortir dans les rues et à défendre sa Patrie contre cette odieuse tentative », a affirmé l’ambassadrice de Turquie en Algérie, Mme Mahinur Ozdemir Goktas dans un allocution à l’occasion de la célébration, jeudi dernier, de l’évènement au siège de l’ambassade à Alger.

Saluant le courage triomphal et la détermination du peuple turc pour contrecarrer le putsch güliniste, la diplomate turque a souligné que « l’organisation terroriste FETÖ représente une menace sécuritaire non-seulement pour la Turquie, mais elle est présente dans environ 160 pays et constitue une menace directe envers la sécurité de tous les pays où ils opèrent », précisant, au demeurant, que la lutte contre les structures de cette organisation à l’étranger figure parmi l’une des principales priorités de la Turquie.

Les partis politiques dans leur unanimité ont condamné ce coup de force, les puissances étrangères ; Etats-Unis, Union européenne et Russie ont soutenu le président turc, de quoi raffermir la côte de popularité en interne !

A contrario, le mouvement güléniste a été doublement décapité. Politiquement, il est apparu comme un mouvement à la limite du fascisme, adepte des coups de force et ennemi de la démocratie. Son entrisme secret dans les institutions sensibles (armée, justice, enseignement et médias) fait de lui un groupuscule quasi totalitaire avec des ressemblances avec les sociétés secrètes occidentales (maçonnerie, par exemple), ce qui est contraire avec les préceptes religieux islamiques.

Et c’est sur ce registre que le discours médiatique de l’AKP a enfoncé le clou : Fethullah Gülen est présenté comme le Dajjal, l’antéchrist. Le coup de grâce pour cet ancien adepte de Saïd Nursi.
Ainsi, le gülénisme est doublement disqualifié : sur le plan politique comme étant un ennemi des institutions élues et de la démocratie, et sur le plan religieux comme étant un mouvement hérétique donc à la lisière des écoles religieuses musulmanes.

Sur le plan international, la Turquie est sortie grandi de cette tentative de coup d’Etat. Non seulement, la Russie, avec qui les relations étaient devenues difficiles à cause de la question syrienne, a condamné le coup de force des militaires félons, mais la légende dit que c’est Poutine qui aurait prévenu Erdogan de l’imminence d’une action contre lui. D’où la visite du président turc quelques jours après le 15 juillet en Russie pour y rencontrer son homologue russe. Une sorte de lune de miel entre Ankara et Moscou qui a permis une désescalade en Syrie à la faveur du processus d’Astana, et l’achat par la Turquie des S400 russes, le dernier né de l’industrie militaire de la Russie.

Ironie de l’histoire, les militaires gülénistes félons ne savaient pas que ce 15 juillet 2016 allait propulser la Turquie très loin dans la dynamique voulue par le président Erdogan, et non selon leurs desseins sectaires de courte vue. 

La nuit où les turcs ont dit “non” à la dictature


Qu’est-ce que la FETÖ ?


L’Organisation de Fetullah Gülen a entamé ses activités en tant qu’organisation caritative en Turquie.
C’est notamment sous cette couverture qu’elle se présent dans d’autres pays aussi. L’organisation FETÖ a également fondé des écoles en Turquie et dans plusieurs pays dans le monde faisant croire qu’elle agit en tant que mouvement bienveillant dans le domaine de l’éducation. 
C’est ainsi que la FETÖ a pu recruter des jeunes étudiants et les endoctriner pour en faire des fantassins dociles grâce à son vaste réseau éducatif.
Ces membres ont ensuite infiltré les institutions gouvernementales stratégiques (Police, justice, armée, enseignement, sécurité,…) pour y devenir de haut responsables. Il leur a été recommandé de faire preuve de discrétion (de ne pas faire apparaître leur lien avec l’organisme FETÖ) au sein de l’organisme où ils travaillaient.

La FETÖ a également créé des sociétés de presse pour façonner l’opinion publique contre divers personnes, groupes et idées. Ceux qui ont pu voir le visage caché de cette organisation ont été lynchés et diffamés à travers des campagnes de dénigrement dans la presse. 

Dès que le gouvernement s’est rendu compte de ce qui se tramait, l’organisation FETÖ a commencé à prendre des actions déstabilisatrices. Au cours du mois de décembre 2013, FETÖ a publié des enregistrements et des matériels fabriqués.
C’était le coup de semonce pour le gouvernement et l’opinion publique turque. 

La tentative du coup d’Etat du 15 juillet 2016 a eu lieu quand les Forces armées de la Turquie avait déjà découvert l’existence des membres de ladite organisation en son sein.
Des enquêtes sur les structures et les membres de la FETÖ sont en cours dans de divers pays.

La capacité de nuisance de FETÖ est en rétrécissement partout dans le monde mais continue sa présence sous couvert d’ « éducation ». 

L’OCI, l’Assemblée Parlementaire Asiatique (APA) et de nombreux pays ont classé l’organisme comme une organisation terroriste.

Le 9 août 2019, les groupes parlementaires de la Grande Assemblée Nationale ont réitéré l’appel aux alliés et partenaires de la Turquie à prendre des mesures contre cette organisation terroriste. 

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