-- -- -- / -- -- --
Op-Ed

La trahison des clercs (*)

Voilà plusieurs mois que le ciel d’Alger s’encombre de nuages insurrectionnels au-dessus de certains cercles politiques, de quelques rédactions de journaux ou de salons feutrés de la capitale. A l’origine de ces tentatives inavouées de putsch scientifique, cette gouvernance à vue, chaque jour plus mauvaise que la veille en termes de communication ; incapable de rassurer au sujet de signes inquiétants de fin de règne.

Sur fond de tâtonnements économiques auxquels les Algériens se sont habitués depuis le début des années 1980. Or, s’il est légitime que l’opposition exploite ces grands moments d’incertitude pour acérer sa diatribe contre les autorités, il faut quand même déplorer le truchement de personnalités connues pour appartenir au camp incriminé.

Par exemple, parmi les 19 personnalités qui ont demandé audience au président de la République pour vérifier « s’il était bien au courant de ce qui se passe au niveau gouvernemental », d’aucuns ont été étonnés de lire le nom de l’ex-égérie du parti de Saïd Sadi devenue une ministre de la Culture très controversée avant son remplacement qualifié de limogeage par des observateurs.

Il est difficile de croire que l’ex-militante démocrate, récupérée par le système incarné par Abdelaziz Bouteflika depuis 1999, soit animée par un sursaut de conscience d’opposante alors qu’elle ne peut plus se targuer de représenter aujourd’hui une base citoyenne. Les mêmes doutes concernent cet écrivain connu qui affiche, sans aucune honte, sa mégalomanie digne d’une parodie littéraire au cours d’une interview accordée à un journal électronique.

Rachid Boudjedra, qui revendique l’absence de ses romans au dernier SILA, pourtant très fréquenté par les jeunes qui gagneraient à connaître ses œuvres talentueuses, peut-il interpeller le premier magistrat du pays sur la chose publique tout en revendiquant son statut de bourgeois gentillhomme ?

Sartre, dans la famille des écrivains engagés, a donné l’exemple auprès des ouvriers algériens de l’automobile dans la région parisienne : c’est d’abord aux côtés des citoyens qu’on peut se mêler des affaires du peuple.

Soit en soumettant ses idées au suffrage des urnes, soit en menant des luttes pacifiques à leurs côtés pour des objectifs communs. Les lettres mondaines ne suffisent pas si elles ne savent pas refléter le sentiment des Algériens aussi déçus par la trahison des ministres de que celle des clercs.

*Titre d’une œuvre de Julien Benda traitant de la démission des élites

Commentaires
Email
Mot de passe
Prénom
Nom
Email
Mot de passe
Réinitialisez
Email