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Nationale

La technologie à l’heure de la silmiya

La technologie à l’heure de la silmiya

Autrefois considéré comme un simple outil de communication et de divertissement, le smartphone apparaît aujourd’hui comme un outil incontournable dans la transmission de l’information mais surtout dans la conscientisation et de l’éducation des citoyens. Cette réalité est devenue des plus palatables à travers le recours aux publications sur les réseaux sociaux principalement Facebook qui brasse 28 millions de comptes algériens. Ce réseau a effectivement été d’un grand apport pour les Algériens dans les différentes phases de leur mobilisation pour le changement depuis le 22 février 2019.

Longtemps marginalisée et sous-estimée, la jeunesse algérienne a fait preuve d’une prise de conscience marquante. Auparavant privés d’espaces d’expression, les jeunes ont usé du réseau social créé par Mark Zuckerberg pour dévoiler leur capacité à réfléchir et à proposer des solutions à leurs problèmes. Ces jeunes ont ainsi réussi à faire circuler une « image de marque » du fait de leur civisme et leur pacifisme dans leurs actions. Ce qui a suscité la surprise chez les peuples et les médias du monde entier.

Naissance d’une réflexion collective

Tout en évitant la médiocrité, de nouveaux liens ont été créés, des espaces de débat voient le jour quotidiennement, et ce dans le but d’accompagner le mouvement et de trouver les meilleures solutions pour sortir de la crise. Un élan de solidarité s’est aussi installé entre les internautes, lequel s’est traduit sur le terrain par les grandes manifestations, notamment celle de l’incontournable vendredi. Pour l’expert en technologies de l’information et de la communication, Youcef Boucherie, « l’absence, du moins au début, des médias lourds a fait que les réseaux sociaux, en particulier Facebook, ont pris le relais et ont contribué à faire réussir le « Hirak » des Algériens. Pour lui, ce moyen de communication, qui reste plus au moins incontrôlable par les autorités, a été également appuyé par deux facteurs importants. Il s’agit du temps et du lieu. « Facebook a créé de nouveaux liens entre les Algériens. Il est devenu un espace de réflexion collective, où des débats ont été ouverts entre les internautes, chacun contribuant à sa manière », a ajouté l’expert, avant d’enchaîner : « Nous avons appris beaucoup de choses avec ces derniers événements. Aujourd’hui, nous sommes bien informés sur les clauses de la Constitution. Le Facebook a vu naître une prise de conscience chez les Algériens en général, mais aussi chez les jeunes. »

De l’amitié virtuelle à la solidarité réelle

L’information et d’autres données diffusées par les jeunes internautes se sont vite multipliées par les renvois vers d’autres contacts. Des vidéos et des photos, réalisées par quelques internautes, se retrouvent partagées par des milliers de personnes. Un sentiment de solidarité est né entre les Algériens qui ont, pour la première fois, senti ce sentiment fort d’appartenance à leur pays. « Pour la première fois, je n’ai pas cette envie de quitter mon pays », ont écrit beaucoup de facebookers algériens sur leur mur. Cet élan de solidarité nationale a entraîné des actions engagées et militantes inhabituelles

pour certains de nos jeunes internautes. Plusieurs d’entre eux, pourtant apolitiques ou sans aucune culture politique, se mettent à chercher et à transférer les informations. D’où le rôle important de Facebook dans la médiatisation des événements.

Transmettre la volonté du peuple aux politiciens

Le site fondé par le jeune Américain dans sa chambre universitaire a brisé cette relation traditionnelle entre le peuple et ses gouverneurs. Cet espace a permis aux Algériens de coordonner, collaborer et faire passer des messages bien précis aux hommes politiques qui gèrent le pays. Usant de leurs smartphones, les internautes algériens ont, au départ, commencé par organiser plusieurs opérations plus ou moins bien relayées sur le Net, comme la campagne intitulée « Non au 5e mandat ». Une opération qui a marqué le passage de l’engagement des internautes en ligne à l’expression dans la rue (hors ligne). A ce moment-là, des milliers d’internautes algériens ont choisi d’ajouter à leur photo de profil, qui orne leur page Facebook, l’expression de « lalil3ouhda el khamissa », avec pour toile de fond le chiffre « 5 » barré du symbole du sens interdit en rouge. La vidéo du jeune Algérois, interviewé par une chaîne de TV arabe juste après que l’ex-président Bouteflika eut renoncé à sa participation à l’élection présidentielle prévue en avril 2019 et qui a lancé spontanément sa fameuse phrase « Yetnahaw ga3 », a fait le buzz. L’expression est devenue par la suite le slogan des internautes. Le 22 février constitue un tournant dans les relations Internet/rue, avec la planification sur Internet, par des internautes engagés, de ce qui devait initialement être la première manifestation. Photographier, filmer, diffuser et faire circuler de l’information et des contenus a fortement contribué à la réussite du Hirak, notamment le côté pacifique des manifestations.

Les étudiants en journalisme à l’avant-garde des marches hebdomadaires

Un des fers de lance de la jeunesse contestataire, les étudiants, qui sortent par milliers chaque mardi. Ils surprennent aussi bien l’opinion publique nationale que la communauté internationale. « Les jeunes étudiants d’Algérie s’illustrent par leur maturité politique et le caractère pacifique de leurs sorties hebdomadaires », commente un journaliste étranger accrédité en Algérie.

Pour Mourad Zeggane, enseignant à l’Ecole nationale supérieure du journalisme et des sciences de l’information (ENSJSI) de Ben Aknoun, la majorité absolue des étudiants se dit impliquée dans ce vent de changement qui souffle sur l’Algérie. « L’outil par excellence est immanquablement Facebook, qui tend à réunir ces étudiants militants », estime ce doctorant dans un entretien au Jeune Indépendant. Selon les observations de cet enseignant, il s’avère que les étudiants convergent, depuis ces dernières années, vers un ʺmédiaʺ qu’est Facebook. « Il y a cette tendance, chez ces jeunes de ne plus faire confiance à la presse traditionnelle. Ils se rabattent donc sur les réseaux sociaux, s’informant d’abord les uns les autres mais cherchant aussi à soutirer des « nouvelles fiables » par l’entremise du Net en général et de Facebook en particulier », souligne M. Zeggane. Celui-ci rappelle que ce réseau social né aux Etats-Unis est utilisé par les

étudiants pour les besoins de leur cursus mais aussi pour s’impliquer en force dans le Hirak : « Pleinement engagé dans le mouvement du 22 février, un groupe d’étudiants de notre école a créé un compte FB dénommé ʺObservateursʺ. Il s’agit d’une page assez bien suivie et dont la mission est d’être à jour pour ce qui est de l’engagement estudiantin, notamment les marches du mardi, lesquelles sont inévitablement ‘’médiatisées’’ par des commentaires, des alertes, des photos, des vidéos, etc. ».

« Ils sont matures, ils sont souverains ! »

Mourad Zeggane tient, par ailleurs, à souligner qu’aucune tutelle d’ordre idéologique ou politique n’est imposée aux étudiants de l’ENSJSI. « Il arrive que nous (les enseignants) discutions de la situation du pays en œuvrant à cher des solutions. Ils nous écoutent. Ils respectent nos idées. Mais ils restent souverains dans leur manière d’agir », conclut-il. De l’avis d’Ahmed Kateb, enseignant à l’Ecole des sciences politiques et relations internationales d’Alger, Facebook est devenu un « espace public virtuel ». « C’est un moyen qui a servi, il faut le dire, à lancer des appels et créer des mobilisations.

Il ne faut pas également oublier que l’appel du 22 février a été lancé sur FB une vingtaine de jours plus tôt par des parties anonymes, demandant au peuple algérien se sortir le 22 février pour dire non au 5e mandat et non à la présentation du dossier de candidature d’Abdelaziz Bouteflika. Il est vrai que vu le caractère pacifique de la manifestation, Facebook semble constituer, en quelque sorte, un régulateur de l’espace public. Il devient aujourd’hui une agora où les débats contradictoires sont en train de se produire », indique l’universitaire, non sans rappeler que la majorité des hirakistes sont des jeunes et des étudiants. FB, vecteur d’une révolution en marche ? En tout cas les pluies de commentaires et d’opinions qui pleuvent sans discontinuité sur ce réseau social tantôt convergent et tantôt divergent.

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