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Nationale

La retraite anticipée remise en cause

La retraite anticipée  remise en cause

Le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, veut mettre un terme à la retraite anticipée pour barrer la route aux travailleurs qui s’engagent dans d’autres emplois une fois ayant quitté le service public alors qu’ils n’ont pas atteint 50 ans.

« L’Etat paye leur pension de retraite alors qu’ils partent travailler ailleurs. C’est inadmissible. Cette situation, nous allons la revoir. Elle ne peut pas durer », a noté Sellal qui compte soumettre, avec ses partenaires de la tripartite, de nouvelles mesures qui réduiront l’hémorragie financière subie par la caisse de retraite.

Réviser le système des retraites anticipées, maintenir la politique sociale, améliorer l’environnement de l’entreprise, impliquer les banques privées dans l’investissement de l’économie, régler le problème du foncier, régulariser les opérateurs activant dans l’informel, etc., sont autant de points cruciaux sur lesquels s’est exprimé le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, lors de la 18e tripartite.

Sellal a prononcé un discours optimiste, rassurant mais ponctuée de prudence lors de la 18e tripartite (gouvernement-syndicat-patronat) tenue mercredi à Biskra. Il reconnaît, certes, la situation de crise due à la baisse des prix du pétrole, mais estime que l’Algérie a les moyens d’y faire face.

Il appelle à la conjugaison des efforts de tous pour réaliser la croissance et édifier une économie émergente. Après avoir noté que le Pacte national économique et social pour la croissance a scellé un véritable consensus entre patronat, syndicat et exécutif, il explique que cette tripartite vient couronner un long processus de dialogue sur la situation économique du pays.

« Durant ces échanges fructueux et instructifs, l’exécutif a partagé avec ses partenaires et interlocuteurs la réalité des données macroéconomiques et financières du pays, ainsi que le détail de son dispositif de riposte (cadrage économique à 2019 et vision prospective à 2030) face à la détérioration des cours des hydrocarbures, pour mobiliser la force de travail du pays afin de faire face aux défis qui nous attendent », a déclaré Sellal en guise de préambule.

« Dire la vérité, a-t-il poursuivi, c’est tabler sur un baril de pétrole à 45 dollars comme base d’élaboration de la loi de finances pour 2016 qui ira dans le sens de la croissance et non dans celui de l’austérité, car nous avons largement les capacités de résister et de nous améliorer. » Pour le Premier ministre, « il s’agit, avant tout, d’expliquer et de gagner l’adhésion de tous autour de l’objectif commun : le développement du pays ».

La retraite anticipée à 50 ans, c’est « inadmissible »

Le pays ayant besoin de l’adhésion de tous pour édifier une économie hors hydrocarbures, « comment pourra-t-il se passer d’une partie de ses travailleurs ? », s’est questionné le Premier ministre, avant de répondre que le système de départ en retraite anticipé ne peut rester tel qu’il est et qu’il sera revu.

« Il est anormal que des travailleurs cherchent à partir en retraite anticipée à 49 ou 50 ans. Ces gens peuvent encore travailler et le pays a encore besoin d’eux. Mais, eux, ils préfèrent partir en retraite ».
Sellal a tellement insisté sur ces départs en retraite anticipée que cela porte à croire que le changement ne tardera pas à venir. « L’Etat paye leur pension de retraite alors qu’ils partent travailler ailleurs. C’est inadmissible.

Cette situation, nous allons la revoir. Elle ne peut pas durer », a prévenu le Premier ministre. En revanche, il réitère le soutien indéfectible de l’Etat aux démunis par le maintien des différentes formules d’aide en place. L’Etat ne cédera pas sur les transferts sociaux.

La politique sociale maintenue

« Face à la contraction des ressources financières, le réflexe primaire ainsi que le calcul froid et cynique prôné par certains analystes voulaient que l’on procède de la manière la plus basique : si les revenus ont baissé de 47% l’année écoulée, des coupes dans les mêmes proportions doivent être opérées sur les dépenses, notamment celles non productives, à savoir les transferts sociaux.

Cette arithmétique macabre ne tient pas compte de la nature sociale et démocrate de l’Etat algérien moderne voulue par ses pères fondateurs et exprimée dans l’appel du premier Novembre 1954 », a affirmé Sellal, avant de renchérir : « Je puis vous assurer que l’homme politique qui matérialise le mieux l’attachement à ces principes, c’est bien le Président Bouteflika qui n’acceptera jamais que soit aliénée sous son autorité la dignité de l’Algérie et des Algériens ou remis en cause la vocation sociale et le développement économique de son Etat. »

Sellal ajoutera que l’Etat consacre annuellement 1 800 milliards de DA aux transferts sociaux et que la démarche du gouvernement vise à améliorer le pouvoir d’achat et poursuivre l’effort en matière d’action sociale et des programmes dans les domaines de l’emploi, du logement, de la santé et de l’éducation Les efforts de rationalisation, selon le Premier ministre, seront ciblés et épargneront les couches défavorisées, car « nous sommes pour un Etat fort, régulateur d’une société libre dans ses initiatives et solidaire des plus faibles. »

Les banques privées appelées à financer l’économie

Face à la chute des prix du pétrole qui ont induit une baisse des revenus de l’Algérie, la gestion rationnelle des finances publiques et les décisions d’anticipation permettent au pays de mieux encaisser cette baisse, selon Sellal, qui estime que c’est « à nous maintenant de transformer cette capacité de résilience en levier de transformation de notre économie vers la création de richesses et d’emplois ».

Il appelle les banques privées à participer à l’effort de développement national en finançant l’investissement et à sortir de simple financement du commerce extérieur, tout en exhortant les banques publiques à rationaliser la gestion des crédits à l’économie.

Le Premier ministre encourage les établissements financiers à accompagner les entrepreneurs et les porteurs de projets à travers le développement des crédits à l’économie qui ont certes, a-t-il noté, progressé de 22,7% en 2015, mais qui doivent encore augmenter car l’objectif est de permettre aux entrepreneurs d’investir plus.

Le secteur public doit manager comme le privé

Les entreprises publiques, selon Sellal, ne peuvent plus continuer avec une gestion qui ne sied point à l’entreprise moderne. « Il faut qu’elles pensent comme des entreprises privées.

On demande aux entreprises publiques de s’améliorer et d’avoir un management similaire à celui du privé. » Mais le Premier ministre a tenu à rappeler « l’obligation de lutter contre le phénomène de corruption et de dilapidation des moyens des entreprises », parallèlement à « l’action de sécurisation des cadres gestionnaires à travers l’amendement du code de procédure pénale » qui consacre la dépénalisation de l’acte de gestion.

Il explique que tous les efforts et les capacités sont orientés vers la réunion des conditions d’émergence d’une base productive et industrielle nationale, moderne et compétitive à travers l’amélioration de l’environnement de l’entreprise, qu’elle soit publique ou privée.

La promotion de la production nationale bénéficie, désormais, de la réintroduction, en sa faveur exclusive, du crédit à la consommation ainsi que de la mise en place du dispositif des licences d’importation.

Le problème du foncier bientôt réglé définitivement

Le Premier ministre a promis que « le problème du foncier sera réglé définitivement dans six mois », précisant qu’« une procédure simplifiée a été récemment mise en place pour encadrer la gestion du foncier industriel ouvert même à l’investissement privé » et que « les walis ont reçu des instructions fermes pour soutenir et accompagner les projets d’investissement ».

L’avant projet de loi relative à la promotion de l’investissement introduit, pour sa part, « de nouvelles dispositions incitatives, tout en clarifiant et en assouplissant les règles d’investissement avec le maintien de la règle du 51/49% ».

La création par le FCE d’un fonds d’investissement privé a été saluée par Sellal. Il souligne que « les dispositions des avant-projets de lois de finances, complémentaire pour 2015 et celle pour 2016, vont dans cette direction et visent l’optimisation des recettes du budget de l’Etat, une plus grande rationalisation des dépenses, le soutien aux entreprises, la facilitation de l’investissement ainsi que l’encouragement du secteur national productif, avec un objectif de croissance pour 2016 de 4,6%, illustrant cette volonté de favoriser la croissance, alors que les dépenses budgétaires globales continueront d’enregistrer des baisses.

Les actions visant le contrôle des importations s’intensifieront sans pour autant entraver les approvisionnements de l’outil de production ou la disponibilité des produits au niveau du marché national. »

Les opérateurs de l’informel appelés à déposer leur argent dans les banques

Un énième appel a été lancé aux opérateurs de marché informel par le Premier ministre, les invitant à régulariser leur situation « en toute confiance » et « sans avoir peur de représailles ».

« Une approche franche, sincère et honnête est développée en direction des acteurs de la sphère informelle pour les mettre en confiance et leur permettre de régulariser leurs situations à travers des dispositifs de mise en conformité simples, transparents et sans implications autre qu’un droit minime dont il doivent s’acquitter », a souligné Sellal.

« Je les encourage vivement à déposer en toute confiance leur avoirs dans les banques et à déclarer leurs salariés, non pas parce qu’ils sont obligés de le faire, mais parce qu’il y trouveront avantage et pourront investir leur argent dans le secteur productif », a-t-il insisté à l’adresse des opérateurs de l’ombre, saisissant l’occasion pour démentir les rumeurs selon lesquelles l’Algérie envisagerait de changer ses billets de banque. Se voulant encore plus rassurant, il ajoute que « notre patriotisme économique implique le soutien à tous les opérateurs nationaux, à condition qu’ils respectent les règles et qu’ils n’aient pas des pratiques de concurrence déloyale ».

Attention aux « fatalistes »

Le Premier ministre n’omet cependant pas de mettre en garde : « Je sais bien que les fatalistes risquent de douter de cette démarche, mais nous sommes déterminés à leur opposer un message d’espoir et de courage pas du tout naïf, mais fondé sur une parfaite connaissance des potentialités nationales et sur une foi inébranlable en nos concitoyens. Notre objectif est de mettre en place une économique moderne et viable. » 

Il ajoutera plus loin : « Nous savons tous qu’il y aura des résistances au changement auquel les habitudes ou les intérêts essayeront de s’opposer, mais on ne peut échapper à notre devoir : construire une économie forte sans compromission.

Ceux qui se complaisent dans la critique et poussent au renoncement et à la démission collective doivent savoir qu’ils ne servent pas leur pays et que leur véritable responsabilité est de s’approprier la chose publique pour que nous puissions tous contribuer au renouveau national. Je ne peux pas croire qu’il existe des Algériens qui se désintéressent de l’avenir de leurs enfants. »

Sellal ne finira pas son discours avant de rappeler que « quand ils se sont unis, les Algériens ont balayé le colonisateur et ont opposé à la barbarie et à l’obscurantisme la paix et la réconciliation.

Ce n’est sûrement pas une conjoncture économique, certes difficile, qui nous empêchera de bâtir l’Algérie du XXe siècle avec une économie réellement émergente. L’Algérie ne vacillera jamais avec le président Bouteflika et son gouvernement est là pour servir le peuple et défendre la pérennité de l’Etat quel qu’en soit le prix ».

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