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Nationale

La pause du hirak, une décision salutaire

La pause du hirak, une décision salutaire

Face à l’ampleur de la menace de pandémie du coronavirus, les voix de la raison commencent à se faire entendre pour appeler les Algériens à éviter les manifestations sur la voie publique.

Les quelques desperados qui martèlent à ceux qui veulent bien les écouter que le coronavirus serait une « ruse » du pouvoir pour affaiblir, voire tuer le hirak, auront eu la maladresse assassine de s’entêter à pousser le peuple à un suicide collectif au nom d’un idéal de changement qui cache en réalité des velléités malsaines de certaines parties hostiles à l’Algérie et à son peuple.

Ainsi, des journalistes, des avocats, des hommes politiques et des figures de proue de l’opposition sont montés au créneau depuis 48 heures pour appeler à la suspension du hirak au nom de l’intérêt général de l’Algérie et des Algériens.

L’article signé par Saïd Djaafer sur le site de Radio M a été le premier coup de salve. Sous le titre « Arrêter les marches est impérieux : le hirak doit nous aider à vaincre nos colères », Saïd Djaafer estime que l’« un des plus lumineux mots d’ordre du hirak a été ‘netrabaou gaa’, ou ‘ Ntwa3aw ga3’ (on s’éduque tous, on prend conscience tous). Avec cette crise planétaire due au coronavirus, nous le devons encore plus que jamais ». Pour lui, « c’est parce que le hirak nous a rendus meilleurs, plus intelligents et plus responsables que nous devons le décider : les marches et les rassemblements doivent être suspendus. Vainquons nos colères car nous nous aimons. Nous serons encore meilleurs et plus forts pour les batailles qui viennent ».

Le journaliste Nadjib Belhimer abonde dans ce sens. Car « la révolution pacifique ne mourra pas avec la suspension des manifestations », étant donné qu’« une position rationnelle de suspendre les marches est un plus pour la révolution pacifique ».

Une cascade de déclarations publiques sont venues soutenir ces appels. Soufiane Djilali est intervenu sur TSA puis à la télévision nationale dans les éditions du 19 h et du 20 h. La prudence et la responsabilité ne devraient pas être mises au même diapason que l’inconscience et l’irresponsabilité au nom d’une mobilisation pour le hirak, ce dernier étant un nouvel état d’esprit des Algériens après le 22 février 2019.

Abdelaziz Rahabi, diplomate et homme politique, lui emboîte le pas. Dans un post sur son compte Facebook, l’ancien ministre estime que « la suspension temporaire des marches, en raison des risques sanitaires avérés, s’impose dès lors comme un devoir national et patriotique ». « Cette mesure participera à préserver notre pays et notre peuple des graves conséquences sur la situation générale de l’Algérie et n’entamera en rien notre droit inaliénable et permanent à manifester librement pour une Algérie plus juste et plus forte », a-t-il insisté.

Mostefa Bouchachi, figure du hirak qui a brillé il y a quelques semaines par sa visite au domicile du leader de l’ex-FIS, Ali Belhadj, a également appelé via son compte Facebook à suspendre « temporairement les manifestations afin de préserver la santé publique et garder au hirak son caractère civilisationnel ».
Saïd Sadi, ancien chef du RCD, est lui aussi monté au créneau pour plaider la suspension des marches, car « en révolution, la raison prime la passion. Pour vivre libre, il faut être vivant ».
Plus direct, le leader actuel du RCD, Mohcine Belabbas, a écrit sur son compte Facebook : « Faire prévaloir et prioriser la santé des Algériens est de la responsabilité de tous ».

Même appel du côté du MSP. Le bureau exécutif présidé par Abderrezak Makri a demandé aux Algériens de surseoir aux manifestations du hirak au nom de l’intérêt général du pays qui traverse, à l’instar du monde entier, une crise sanitaire sans précédent.
La journée de vendredi sera véritablement un test non seulement pour le pouvoir politique, mais pour les Algériens eux-mêmes.
La santé publique de tous étant en jeu, les appels des apprentis-sorciers à l’escalade dans les manifestations pour les généraliser durant toute la semaine auront-ils des échos positifs auprès de ceux qui risquent d’être contaminés par le coronavirus, tandis que les meneurs se prélassent dans leurs salons en Europe avec une chance de prise en charge médicale plus importante que celle destinée aux Algériens ?
Le ralliement de la classe politique et de figures du Hirak aux mots d’ordre de prudence et de report des marches est un signe de maturité et de poursuite du principe pacifique et civilisationnel du Hirak algérien, n’en déplaise aux mauvais génies qui hantent la blogosphère.

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