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Nationale

La paix au Mali menacée par des tensions à Kidal : L’abcès tribal

La paix au Mali menacée par des tensions à Kidal : L’abcès tribal

L’entrée du Gatia à Kidal a suscité différentes réactions au sein de la population locale et des acteurs politiques de la localité. Parmi les déclarations, c’est bien entendu celle d’Alghabass Ag Intalla, voix autorisée de la CMA, qui retient l’attention tant elle tranche avec l’esprit de concorde et de réconciliation qui a prévalu durant les derniers rounds du dialogue inclusif inter-malien.

Sortie médiatique pour tempérer la démonstration de force du millier de combattants Imghad ou réelle fracture qui pourrait fragiliser l’accord de paix ? Kidal continue d’opposer les Maliens en exacerbant ses propres divisions. La médiation internationale tente cependant de promouvoir la sérénité dans la forteresse touarègue.

Mardi dernier, c’est le colonel Gamou, connu pour sa loyauté envers le pouvoir central de Bamako, qui conduisait les troupes du GATIA, le groupe d’autodéfense touarègue imghad et alliés affilié à la Plateforme, pour rentrer dans Kidal, la place forte touarègue tenue par différentes communautés touarègues.

Kidal reste depuis la rébellion de l’année 2012 administrée sous le magister de la noblesse Ifoghas, dont des cadres politico militaires du MNLA, influents au sein de la Coordination des Mouvements de l’Azawad, la CMA, branche dite radicale mais ayant finalement accepté le processus de paix en participant désormais à la mise en œuvre de l’accord d’Alger, entériné à Bamako en juin 2015.

Tout devait donc bien se passer puisque le GATIA avait obtenu un quitus de la part des chefs de la CMA pour son retour en terre kidaloise.

Mais, visiblement, la parade impressionnante de la colonne de véhicules chargés d’hommes armés de la Plateforme, n’a pas fait que rassurer les autochtones exposés jusqu’alors aux violences des terroristes. Par-delà, la réconciliation sous-jacente à cette entente entre les mouvances rivales touarègues, la question des rapports tribaux revient à la surface en menaçant encore une fois la cohésion du Septentrion.

Anachronisme

Taboue, cette dimension du conflit dans le nord du Mali échappe nécessairement aux médiateurs. La révolution qui secoue en filigrane la société touarègue progresse naturellement au gré des rôles respectifs des différentes communautés durant la rébellion. Or, il semblerait que la caste dominante a perdu de son autorité depuis qu’en son sein, des chefs charismatiques ont tissé des alliances avec la pègre terroriste internationale.

Yiad Ag Ghali a ainsi contribué à la chute de sa communauté en trahissant la spiritualité des Intalla qui, après la mort de Intalla Ag Attaher, le grand chef coutumier, a bien du mal à restaurer l’image sacrée respectée par les autres castes. Ni l’arbitrage des Chamanamas ni les métissages ou la proximité d’autres communautés non touarègues qui partagent l’espace sahélo-saharien n’ont su mettre fin à cette coexistence périlleuse de type féodal.

Certes, la CMA ou la Plateforme peuvent revendiquer la mixité de leur composante : il n’en demeure pas moins que les chefs obéissent toujours à ces prédicats tribaux. Société silencieuse et société secrète, la vaste et complexe famille touarègue vit une mutation non dite de ses mœurs ancestrales. Prix d’une quête de pouvoir politique et d’une lutte pour un territoire, la marche pour l’Azawad pourrait bien déchirer davantage les Touaregs que les réunir. Sans pour autant que le pouvoir de Bamako n’en tire bénéfice.

C’est pourquoi l’épineuse question de Kidal exige un traitement judicieux, tandis qu’une source crédible confie au Jeune Indépendant que les ambassadeurs des pays membres de la médiation en poste à Bamako devraient rencontrer, dans l’urgence, les chefs de la CMA et du GATIA pour crever l’abcès.

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