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La nouvelle réforme en Russie: Un tournant stratégique

La nouvelle réforme en Russie:  Un tournant stratégique

C’est un tournant stratégique dans l’histoire de la Russie post-soviétique. La réforme constitutionnelle soumise à l’appréciation des électeurs Russes a été approuvée, mercredi dernier, donnant lieu à un nouveau mode de gouvernance censé, selon ses concepteurs garantir, avant tout, une stabilité institutionnel dans le pays. 

Initiée par le président Vladimir Poutine, cette réforme a brassé l’adhésion d’une écrasante majorité des Russes qui façonnera désormais la conduite des affaires internes et modèlera la politique externe.
Cette ambition nécessitait, au préalable, le quitus des électeurs. Poutine a souligné à plusieurs reprises que la nouvelle mouture de la Constitution n’entrerait en vigueur que si elle obtient l’aval des électeurs lors d’un vote national.
Le referendum s’est tenu du 25 juin au 1er juillet avec un taux de participation de 67,97%. Les résultats officiels affichaient 77,92% des votants ayant l’ayant approuvé, soit presque 58 millions de Russes, tandis que 21,27%, soit environ 16 millions d’électeurs, l’ont désapprouvé.
Le scrutin s’est déroulé en présence de plus de 500.000 observateurs indépendants, notamment d’une délégation d’eurodéputés français à Moscou et en Crimée.

Le 11 mars dernier, le projet de loi fondamentale a été adopté par les deux chambres de la Douma (parlement russe) puis par les assemblées régionales. Prévu en avril, mais a été repoussé à cause de l’épidémie de coronavirus. Pour éviter une trop forte affluence dans les bureaux de vote sans miner la participation, le scrutin s’étale du 25 juin au 1er juillet.

Les nouveaux amendements de cette réforme qui sont entrés en vigueur le samedi 4 juillet ont scellé le choix de la politique interne de la Russie afin qu’elle puisse se consacrer aux affaires qui l’a préoccupent notamment les sanctions américaines, le conflit avec l’Ukraine, les crises en Syrie et à un degré moindre la Libye.
Cela sans omettre son déploiement en Afrique qui constitue un objectif géostratégique pour le Kremlin. 

Vladimir Poutine s’était, lui, à la veille à la veille du dernier jour du scrutin aux 110 millions d’électeurs pour les appeler à garantir « la stabilité, la sécurité et la prospérité » d’un pays qu’il se targue d’avoir rebâties après le chaos ayant suivi la chute de l’URSS.

C’est cette démarche qui est justement portée par une génération de cadres à Moscou qui ont perçu la débâcle de la Perestroïka imposée par Mikhaïl Gorbatchev comme une humiliante dérive.
Selon de nombreux commentateurs, le démembrement brutal de l‘Union soviétique a conduit à une crise économique et à l’apparition de la corruption sur le plan interne et a favorisé l’émergence d’un unilatéralisme américain sur le plan externe, un état des lieux aggravé par le laxisme de Boris Eltsin, ayant profité à une nomenclature jugée trop faible pour rebâtir le pays.

Il était devenu ensuite difficile pour la Russie de se redresser à un moment où la rébellion en Tchétchénie, soutenue par l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis, frappait en plein cœur de Moscou. 

Valeur patriotique
C’est ainsi que la nouvelle constitution exige de l’Etat d’inculquer aux nouvelles générations « le patriotisme, le civisme et le respect des anciens ».
Ces principes, censés fédérer les Russes, sont au cœur du système de valeurs patriotiques conservatrices du chef de l’État.
C’est justement ce qui a marqué les commémorations, le 24 juin à Moscou, la victoire de la Russie, au temps de l’Union soviétique, sur le régime hitlérien lors de la seconde guerre mondiale, au prix de 27 millions de morts, soit le bilan le plus lourd dans l’histoire de l’humanité.
La cérémonie qui était prévue le 9 mai a dû être décalée en raison de la pandémie du Covid-19. Ce qui a amené le haut commandement militaire russe a envisagé une parade quasi-restreinte et amputée du défilé des anciens combattants. Quelque 13.000 soldats et 200 engins ont été mobilisés pour cette parade terrestre et aérienne. 
Mais, Il ne s’agissait pas forcement d’une démonstration de force à l’égard des ennemis supposées ou réelles intra-muros ou extra-muros comme tend à le soutenir les contradicteurs de la Russie ou un signal avant-coureur sur l’issue des réformes soumises au verdict populaire.
La parade militaire sur la place Rouge à l’occasion du 75e anniversaire de la chute du Nazisme, constituait aux yeux de l’establishment russe, l’opportunité de rappeler à l’Occident que la victoire sur la barbarie nazie qui a remodelé la face du monde en 1945, était aussi l’œuvre de l’ex-Union soviétique dès l’opération Barbarossa et bien avant le débarquement en Normandie.

e vœu du Kremlin, souligné par le président Vladimir Poutine, était de battre en brèche les falsifications de l’histoire en occident qui déniait à la Russie son rôle dans la victoire durant cette guerre dévastatrice. Les chiffres officiels révèlent que les pertes militaires soviétiques représentaient 88% des pertes des alliés soit 10.7 millions de soldats. Moscou avait alors engagé durant le conflit jusqu’à 12 millions de soldats. « C’est notre peuple qui a su surmonter le mal terrible et total, qui a détruit 75% du nombre total des avions, chars, matériels d’artillerie de l’ennemi et, jusqu’à la fin, jusqu’à la victoire, a suivi son chemin héroïque, vertueux et infiniment sacrificiel », a affirmé Poutine dans son discours à l’occasion de la parade.

En convoquant l’histoire, le président russe s’ingénia à battre le rappel de la fibre patriotique chez les russes plus que jamais ciblés par les Etats-Unis à travers des Etats-ponts tels la Pologne ou l’Ukraine. Les commémorations de 1945 ont aussi été l’occasion cette année pour le président russe de ferrailler avec ses homologues occidentaux sur les responsabilités de chacun dans la Seconde guerre mondiale. « Le révisionnisme historique dont on observe les manifestations en Occident, avant tout concernant la Seconde guerre mondiale et son issue, est une chose dangereuse » car il déstabilise « les principes d’un développement pacifique » du monde tels qu’établis en 1945 par les Alliés, a accusé M. Poutine dans une tribune publiée sur les colonnes de The National Interest, une revue conservatrice aux Etats-Unis.

Dans cette contribution, le président russe accuse des Européens, Polonais en tête, de vouloir faire porter à l’URSS au même titre qu’à l’Allemagne nazie la responsabilité de la guerre. Prenant pour cible une résolution récente du Parlement européen dénonçant l’invasion et le dépeçage de la Pologne en septembre 1939 par l’Allemagne, le président russe répète que l’URSS n’avait d’autre choix car Britanniques et Français avaient cédé aux Nazis, lors des accords de Munich de 1938, et que les Polonais avait torpillé l’émergence d’une alliance entre Paris, Londres et Moscou.

Pour lui, « la faute de la tragédie qu’a souffert la Pologne repose entièrement sur les autorités polonaises », qu’il accuse aussi de complicité avec Hitler dans les mois précédent l’invasion.
Vladimir Poutine considère que la remise en cause du rôle soviétique dans la Deuxième Guerre mondiale participe à saper les fondements de l’ordre international né de 1945 et fondé sur l’ONU.

C’est sur ce terrain que les Occidentaux tentent à dépouiller l’histoire de la seconde guerre mondiale du rôle de l’armée rouge immortalisé pourtant dans plusieurs documentaires du célèbre cinéaste américain George Stevens lauréat de l’Oscar en 1952. 

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