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La moudjahida Sabiha Aïder, un éclatant symbole de patriotisme et d’humilité

La moudjahida Sabiha Aïder, un éclatant symbole de patriotisme et d’humilité

Sabiha Aïder est née en 1939 à Alger. D’une rare bravoure, cette Algéroise d’une générosité exemplaire a répondu, dès l’année 1956 alors qu’elle était à peine âgée de dix-sept ans, à l’appel de la révolution de novembre. Elle a combattu l’armée coloniale les armes à la main dans les djebels, aux côtés de ses frères moudjahidine.

Grièvement blessée à la tête par des éclats de grenade, elle a été découverte inanimée sur le champ de bataille par la soldatesque française. Revenue lentement, par miracle, à la vie, elle fut ensuite longtemps internée, retrouvant la liberté juste avant l’indépendance.

Par son noble engagement en faveur de la libération de l’Algérie du joug colonial, Sabiha Aïder demeure le symbole vivant du nationalisme et du patriotisme. Mieux encore, faisant preuve d’une humilité et d’une modestie extraordinaire, cette patriote de la première heure, une fois l’Algérie indépendante, a pris la ferme résolution de rester dans l’ombre, éloignée des médias ou encore des cérémonies officielles de commémoration, gardant pour elle seule le souvenir ardant de ces années héroïques au service de la nation.

Aussi, à ce jour, personne ne connaît Sabiha Aïder ainsi que les longues et pénibles souffrances et sacrifices qu’elle a subis et endurés pour la gloire de l’Algérie. En cette année 2014, alors que le peuple algérien célèbre justement le soixantième anniversaire du déclenchement de ce combat libérateur, il serait légitime, bien approprié, voire un devoir, d’évoquer son parcours héroïque, et ce, pour lui rendre hommage et lui témoigner de la reconnaissance.

Sabiha est née dans le quartier de Didouche Mourad, la Redoute

Le quartier de la Redoute, situé sur les hauteurs d’Alger (aujourd’hui El-Mouradia) constituait un creuset pour l’éclosion de grandes figures nationalistes dans les années 1940. Ce quartier a regroupé ainsi d’illustres noms de la Révolution dont le plus prestigieux est celui de Didouche Mourad. Ce héros de la Révolution habitait justement le haut de la rue des Mimosas, rue dans laquelle vivait la famille de Sabiha Aïder.

Sa maison était située vers le bas, en face de l’actuelle cité Diar Essâada, dont la construction a débuté dans le milieu des années 1950. Très nombreux ont été les habitants de cette rue à avoir activement participé à la guerre de libération nationale. On citera à titre d’exemple Mohamed Gacem qui, à vingt-deux ans, a été guillotiné pour avoir abattu le sanguinaire Frédy, commissaire du quartier de la Redoute.

Dans un milieu aussi fébrilement nationaliste, rares étaient les Algériens à être restés en marge de ce mouvement libérateur. Une association portant le nom de « Ettabia oua taâlim » sensibilisait les jeunes à la résistance au colonialisme, notamment par la culture et l’affirmation de l’identité nationale algérienne. Sabiha Aïder ne pouvait qu’y adhérer. C’étaient cependant les jeunes hommes qui étaient au premier rang, les filles demeurant en retrait. Mais la révolution de novembre avait besoin de tous ses enfants et la population féminine devait s’impliquer.

Cela devenait même un impératif pour le succès de ce vaste élan de libération du colonialisme. Comment faire admettre à la femme algérienne cette nécessité de participer ouvertement à ce combat dans une société musulmane extrêmement conservatrice.

C’est la douloureuse question qui s’est posée à Sabiha Aïder devant l’appel de la révolution de novembre. Sabiha était la jeune fille modèle de la société musulmane du quartier de la Redoute. Rangée, éduquée, discrète, extrêmement réservée dans son comportement comme dans son habillement, elle était aussi très digne avec, en plus, une profonde foi religieuse marquée par l’accomplissement des cinq prières journalières. Ce sont ces valeurs et ces qualités qui ont convaincu les parents de Sabiha de lui faire entièrement confiance et de l’autoriser à poursuivre des études d’infirmière. Et ce sont donc ces capacités professionnelles que Sabiha a mis au service de la Révolution.

Sabiha, la fierté de la famille Aïder

Sabiha n’a parlé à personne de son projet d’aller combattre le colonialisme, pas même à sa mère, Mériem, sa première confidente. Un jour, en 1956, elle disparaît subitement de la maison familiale. C’est la stupeur au sein de sa famille. Ses vertus et ses qualités morales étaient connues, mais demeurer sans nouvelles de leur fille, c’était intolérable pour ses parents et grands-parents. L’angoisse a duré de longues semaines jusqu’au jour où un émissaire du Front de libération national a sonné à la porte avec une lettre de Sabiha.

Avec des mots débordants et chargés d’émotion, d’affection et de sensibilité, la jeune fille consolait ses parents et leur expliquait sa juste et noble cause. « La famille Aïder peut être fière de moi, écrit-elle, je suis partie servir le révolution de novembre et ici, dans les djebels, la victoire finale est sûre et certaine ». Sabiha conclut en assurant à ses parents que sa conduite sera irréprochable, en harmonie avec la stricte éducation inculquée par eux ainsi que par les préceptes de la religion musulmane.

Elle est laissée pour morte au cours d’un accrochage avec l’armée coloniale

Pendant des mois, l’émissaire du FLN venait régulièrement apporter le courrier de Sabiha. Puis un jour, il disparut. Une nuit, la porte de la maison familiale des Aïder, sise 54, rue des Mimosas, fut violemment fracturée. Un détachement des sinistres parachutistes fit soudainement irruption.

La jeune sœur de Sabiha, réveillée en sursaut, fut la première à être sauvagement giflée. Puis, toute la famille fut regroupée pour un interrogatoire musclé. Les questions fusaient de toutes parts. C’était l’enfer pour la famille Aïder qui a eu à affronter, durant des heures, la violence et la sauvagerie des soldats de cette armée coloniale qui n’arrivait pas à admettre que la femme algérienne était maintenant, elle aussi, sur le terrain pour les combattre.

Les visites impromptues de ces parachutistes se poursuivirent encore pendant des mois, faisant office de punition et de sanction envers la famille Aïder, et ce sans que les parents de Sabiha sachent ce qu’il était advenu de leur fille. Les nouvelles sont venues plus tard. Sabiha est vivante. Son corps inanimée, gisant sur le sol, a été découvert par les soldats français après un très dur accrochage durant lequel la troupe de Sabiha Aïder a été malheureusement décimée.

Sabiha, en tenue militaire, était évanouie après un terrible impact de grenade sur la tête. En passant en revue les corps inertes des moudjahiddine, le regard d’un officier s’est attardé sur l’un d’eux, remarquant une longue tresse de cheveux débordant d’une calotte militaire. C’était Sabiha. Ce fut la surprise générale auprès des soldats de cette armée coloniale, qui était loin d’imaginer qu’une femme en tenue militaire faisait partie de ce rude combat meurtrier.

Elle fut transportée puis soignée non pas pour lui redonner la vie mais pour lui faire subir d’intolérables interrogatoires sur son parcours de combattante. Nombreux ont été cependant, parmi les officiers de l’armée coloniale, ceux qui ont reconnu la bravoure de cette jeune femme algérienne et lui ont rendu hommage pour ses sacrifices.

Une vie effacée après l’indépendance, éclairée par la satisfaction du devoir accompli en faveur de la nation

Après sa guérison, dont elle porte jusqu’à aujourd’hui des traces et des stigmates indélébiles, Sabiha a été internée de longues années avant de retrouver sa liberté juste avant l’indépendance de l’Algérie. Elle ne voulait pas tirer gloire de son passé de moudjahida. S’il y avait récompense, elle se suffisait de la haute satisfaction morale.

Pour elle, ne n’était que l’accomplissement du devoir. Pourtant, seul le Seigneur peut témoigner des souffrances endurées durant le parcours de son combat libérateur. Elle avait quitté un milieu familial douillet, confortable, aimée et respectée par les siens et par tout le voisinage, et ce pour vivre dans des conditions très dures marquées par de longues marches épuisantes, souffrant de la soif, de la faim, avec les conditions climatiques insupportables engendrées par la rigueur du froid en hiver et les chaleurs torrides de l’été.

Seule la foi en une victoire finale pouvait l’aider dans ces moments difficiles. Elle avait bien raison. Elle comptait aussi sur la solidarité des moudjahiddine qui lui ont témoigné une assistance sans faille.

Elle souffrait et savait en même temps qu’elle faisait souffrir sa famille. Ses parents vivaient douloureusement son absence. Pire, ils ont été martyrisés par les parachutistes qui venaient déverser sur eux leur colère et leur rage. C’était la rançon à payer pour la libération de l’Algérie du joug colonial. Elle en est fière et heureuse. Elle savoure aujourd’hui cette grande victoire de l’Algérie, en demeurant toutefois dans le cocon qu’elle s’est forgé. Sabiha a fondé une famille avec un illustre moudjahid.

Leur solide mariage dure depuis plus de cinquante ans. Pour ces actions sublimes au profit de la libération de son pays, le destin a voulu ainsi la récompenser par le bonheur d’un foyer durable et sans nuage. Son humilité, sa modestie, son effacement, son humanisme sans limite, sa générosité de cœur augmentent encore l’intensité et l’impact de son geste noble et désintéressé au profit de la nation algérienne. Son héroïque participation à la guerre de libération, même si cette grande moudjahida refuse de la faire connaître au grand jour, ne la dispense nullement d’appartenir authentiquement et réellement à la sublime famille des enfants de Novembre.

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