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Op-Ed

La mondialisation victime collatérale du covid-19

Aujourd’hui, ce ne sont plus les pays pauvres qui dénoncent les travers de la mondialisation dont ils en ont fait les frais, mais les pays riches qui avaient les bonnes raisons d’en faire le dogme inaltérable.

Les pays dits émergents tels la chine, le brésil ou encore l’inde, qui ont pu capter une partie des plus-values des multinationales en accueillant des industries aussi polluantes que faiblement rentables du Nord et qui n’ont pu « émerger du sous-développement » qu’en organisant l’exploitation sans merci de leur main d’œuvre très bon marché par les filiales autochtones des firmes multinationales, ces pays ont à présent de quoi se faire du souci lorsque le rebond post covid19 se produira dans les pays du Nord.

Ce sera, laisse-t-on entendre, le rebond anti globalisation ou plus exactement le rebond du patriotisme industriel européen.

Qu’adviendra-t-il du G20, une success story de la mondialisation heureuse ? Changera-t-il d’objet social ? de taille ou le fera-t-on passer par perte et profit ?

En France, alors que la courbe de la pandémie amorce sa croissance quasi exponentielle, des pénuries en équipements de protection individuelle sont signalées y compris dans les enceintes des hôpitaux de la capitale. On ne tardera pas à déplorer le manque d’infrastructures hospitalières d’urgence et le sous équipement de celles qui existent. La série noire continuant, on se rend compte médusés, que le niveau des stocks disponibles des produits médicaux sensibles déjà fort insuffisant, est carrément au rouge.

De quoi justifier les colères puis les doutes de la population sur la qualité de la veille sanitaire tant vantée, il y a quelque temps.

Pour ceux mis en sourdine par temps « calmes » c’est l’occasion de remettre sur le tapis la question de la couverture nationale en produits pharmaceutiques dont les plus vitaux d’entre eux, les anesthésiants et les médicaments dits d’intérêt thérapeutique majeur.

Si on prend enfin la pleine mesure de ce que certains considèrent comme de graves manquements, on pointe surtout les conséquences du « sous financement de l’hôpital » occasionnée par une politique de rationalisation de l’offre de santé, menée aussi par la gauche « inactivée » alors que la demande de soins ne faisait qu’augmenter.

Chez une grande partie des moyennes entreprises fortement imbriquées dans le schéma fragmenté de la chaine de production et de distribution induit par la mondialisation, on s’inquiète.
Ce n’est en effet, plus de l’effet de complémentarité ou de convergence du type gagnant-gagnant induit par la mondialisation qu’on discutaille entre esprits convaincus mais de la dangereuse dépendance d’importants secteurs d’activité, aux marchés extérieurs notamment en Asie, lesquels ont enregistré la montée en puissance de rivaux non moins hégémoniques que les traditionnelles puissances occidentales.

Trois actes se sont enchainés comme dans une scène théâtrale qui est désormais dans le quotidien de tous.

 -Déluge de rodomontades de la plus tonitruante des opposants politiques qui entend reprendre son rôle de deuxième sur le podium électoral, réquisitoires musclés des plus offensifs de la droite républicaine en mode camouflage de survie depuis 2017 et passes d’armes dans les coulisses passoires des lieux de la représentativité quasi gelée ou en service minimum, covid19 oblige.

Un monde médical en émoi et en déroute qui bouscule le monde de la politique et qui urge les décideurs pour qu’on place sans plus tarder, le cursus de la gouvernance sur l’indispensable recouvrement de l’indépendance sanitaire du pays en mettant en œuvre une politique de reprise du contrôle sur la fabrication des matières actives à usage pharmaceutique.

Après tout ce remous politico médical encore en cours, l’enjeu qui consiste à sécuriser l’avenir sanitaire du pays fait unanimité auprès de toutes les classes sociales.
Cependant, les considérations d’ordre financier qui se profilent à l’horizon, freinent déjà l’enthousiasme du plus grand nombre. On craint d’être astreint de porter le fardeau de la « force majeure » d’origine sanitaire au nom du patriotisme !

Le pays est désormais placé solennellement en état de guerre.
Il va falloir se faire bons patriotes et consentir les sacrifices nécessaires. L’ouverture non orthodoxe de la vanne budgétaire qui vient de ruiner une règle d’airain de l’U.E, n’est pas de l’argent « magique » !

D’accord, mais les erreurs des politiques économiques qui ont placé plus de quatre millions de salariés au chômage partiel pour on ne sait combien de temps, qui en répondront ?

À supposer qu’il s’agisse d’une guerre, c’est d’une guerre bien singulière qu’il s’agit, rétorque-t-on.

Car, peut-on combattre ce qu’on décrit comme un « ennemi invisible et insaisissable », un corona virus émergent, comme il en surviendra d’autres à l’avenir selon de pessimistes mais pas moins courageux épidémiologistes ?

Cet ennemi invisible qui « progresse » et qui assiège des villes entières n’a reçu qu’une seule et unique riposte, le confinement des habitants jusqu’à nouvel ordre !

Un nouvel ordre comme la promesse d’une terre « safe », qu’une armée bien spécifique a bien du mal à entrevoir. Les prestigieux laboratoires pharmaceutiques pointus du monde avancé et la médecine avec ses plus récentes et remarquables avancées thérapeutiques, guerroient en rangs dispersés sur fond de guerres d’égos médiatisées au ridicule, jetant le discrédit sur cette armée bien spécifique qui ne démérite pourtant pas contrairement aux passifs bureaucrates qui communiquent telles des litanies morbides de noires statistiques

Le patriotisme dont on se sert en temps de menace pour la paix afin de galvaniser des bataillons armés, n’est pour l’instant qu’une parabole empruntée au champ sémantique effrayant de la guerre, et ne fera tout au plus que l’effet d’un placébo.

En cette période de grande détresse, n’aurait-il pas mieux valu de puiser dans le champ sémantique plus réconfortant de la solidarité et pourquoi pas en appeler à la solidarité mondiale ?

Il faudra expliquer à ceux qui n’ont connu que le chômage, à ceux qui ont été atteints par le chômage sans possible rémission et à ceux qui perdront leur existence « d’utiles » comme chez les artisans, tous secteurs confondus, ces sacrifices que requiert le patriotisme ou plus exactement ce que leur coûtera le « rebond » post-covid-19.

En effet, la logique de délocalisation hors de l’U.E, des centaines d’industries n’avait pas pour unique objectif de rehausser davantage le niveau de vie pourtant très haut des consommateurs du nord, encore moins le but glorieux de faire reculer la faim et l’insalubrité qui continuent à faire des ravages dans les zones défavorisées du globe terrestre.

La logique de maximisation des profits en est le véritable nerf.
Les entreprises dites modèles qui l’ont adoptée en perçoivent les limites en plein bug sanitaire majeur.

Certaines catégories vont voler en éclats ou être revisitées, comme celles relatives aux produits à faible valeur ajoutée ou celle dite des produits à haute intensité technologique.

Les puissants États du Nord se sont réveillés en état de choc face à de nombreuses pénuries mettant en danger non pas seulement la sécurité sanitaire de leurs populations mais leurs structures socio-économiques et plus grave encore, le sort des vulnérables libertés publiques et individuelles est en jeu. Comment contenir le traçage numérique qui attire à présent de puissants financements ? À quel prix se fera le retour à la paix ?

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