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Nationale

La misère au cœur de la capitale

La misère au cœur de la capitale

Les bidonvilles demeurent à Alger un véritable problème socio-économique auquel les autorités essayent par tous les moyens d’y mettre un terme depuis pas mal de temps. Bidonvilles, voilà un phénomène qui existe depuis des décennies dans notre pays.

A l’instar de la capitale, les baraques ont poussé comme des champignons dans les grandes villes du pays. Consciente de la gravité du phénomène, l’État a lancé la « guerre » contre les baraques, cela remonte à l’an 2000. Depuis ce temps, des milliers de baraques ont été détruites et leurs occupants relogés dans des nouvelles Cités ayant toutes les commodités pour une vie meilleure. Mais le problème des bidonvilles n’est pas pour autant résolu, du moins pas avant 2018, selon les dernières déclarations du wali d’Alger Abdelkader Zoukh.

Au cœur du plus vieux bidonville d’Alger

La route nous a menés vers le bidonville de « Oued Ouchayah » situé dans la commune de Bachdjerrah, à l’entrée du bidonville, nous avons trouvé « Chikh Rabah », comme l’appellent les gens du quartier, un ancien moudjahid de 68 ans. Au début il a refusé de nous parler croyant qu’on était des agents du recensement. Mais dès qu’il a su que nous étions des journalistes, le sexagénaire nous a accueillis chez lui pour nous résumer la situation dans laquelle il vit depuis l’indépendance du pays. L’histoire de cet homme commence juste après le retour de la souveraineté nationale en 1962.

« Quelques mois après l’indépendance du pays, les autorités de l’époque, nous ont installé dans cet endroit à titre provisoire, mais comme vous le remarquez 53 ans après rien n’a changé », a-t-il déploré les larmes aux yeux. « Mes enfants ont tous vu le jour ici, maintenant, eux aussi possèdent des enfants. Mon seul souhait, avant de quitter ce bas monde, est que mes enfants et mes petits-enfants puissent avoir une vie décente et saine, loin de toute cette misère », a-t-il dit. 

Cette confession, nous informe de la profonde douleur de cette personne qui ne cesse d’espérer malgré tout. « Je vis dans ce triste lieu depuis mon jeune âge, je ne souhaite qu’à avoir un chez moi comme tous les êtres humains, je réside dans une tombe », a crié la femme de Rabah. « Depuis plus de dix ans que nous attendons d’être relogés, mais à chaque fois, les responsables locaux nous font des promesses qui ne sont jamais tenues. Et à chaque fois, seuls quelques habitants sont relogés.

On ne peut plus vivre dans cette baraque détériorée », a-t-elle dénoncé. « Je sais que l’État a construit des logements sociaux pour les gens dans mon cas, mais il existe une catégorie de personnes qui ont bénéficié et continuent de bénéficier de logements », déplore-t-elle. Les aveux de cette femme au visage ternie par la tristesse, la fatigue et le désespoir laisse à réfléchir pour essayer de comprendre comment des gens qui bénéficient de logements à maintes reprises ne se contentent pas et essayent par tous les moyens d’en avoir d’autres logements même si on devait pénaliser d’autres dans le besoin.

Le même cas, on l’a trouvé chez un voisin de « Chikh Rabah ». Bachir, un quadragénaire, sans emploi fixe, nous a aussi raconté sa version avec la crise du logement. « La réalité est que l’État a dépensé des milliards pour éradiquer ce fléau et donner une nouvelle image de la capitale, toutefois les mesures prises par les autorités ne sont pas suffisantes et elles sont loin de régler ce problème pour de bon », a indiqué Bachir. Il nous a informés qu’il est un des bénéficiaires de la prochaine vague de relogement que va connaitre ce bidonville.

« Je vis ici depuis plus de 15 ans, je ne vous cache pas ma joie d’avoir bénéficié enfin d’un logement qui pourra garantir une vie saine et décente à mes quatre enfants, mais les autorités doivent prendre de strictes mesures contre les gens qui bénéficient de logements à plusieurs reprises », a-t-il dit. Cette vérité on l’a entendu pratiquement chez toutes les personnes que nous avons croisées.

Or des gens nous ont assuré qu’avec l’établissement du fichier national pour recenser les bénéficiaires d’un logement ces pratiques ont nettement diminué.

La virée dans ce bidonville nous a révélé le désarroi quotidien des 800 familles qui résident dans ces baraques depuis l’indépendance pour certains.

Les baraques qui sont dans un état très dégradées représentent un réel danger pour ses occupants. Les images de trois fillettes âgées entre 3 et 6 ans faisant leur devoir à même le sol sur une petite marche devant l’entrée de leur modeste maison, avec un grand sourire…, la scène parle d’elle-même. Ainsi, le manque d’espace dans la maison n’a pas empêché cette fillette d’être studieuse. Elle a défié la misère et le manque de moyens pour qu’un jour elle pourra avoir un avenir meilleur et prometteur. En s’enfonçant dans le bidonville, le paysage devient de plus en plus pénible.

Les conditions de vie sont avilissantes. Le chemin est tellement étroit et impraticable qu’il ressemble au terrier que construisait les soldats au cours de la deuxième guerre mondiale. « Plusieurs fois quand une personne meurt on trouve des difficultés énormes à la faire sortir d’ici », lance un des habitants.

Relogements et protestations

Dans cette cité, la distribution des logements sociaux rime toujours avec les vagues de protestions. La liste des bénéficiaires soulève à chaque fois une large vague de protestations des citoyens mécontents, qui ont toujours eu recours à la violence pour exprimer leur mécontentement.

Situé dans un endroit sensible, les habitants « furieux » ont à plusieurs reprises eu recours à la violence par la fermeture du tunnel de « Oued Ouchayah », en lançant de projectiles sur les automobilistes qui étaient pris en otage. La fermeture de cette partie de l’autoroute en plein milieu de la journée pénalise ainsi des milliers de citoyens des heures durant.

Depuis près de six mois, la wilaya d’Alger a entamé une vaste vague de relogement, la première en son genre depuis l’indépendance du pays. Les autorités ont ainsi mobilisé des moyens énormes en vue d’éradiquer définitivement les sites anarchiques des bidonvilles. Toutefois des imprévus, tels que le séisme d’août dernier, ont fait que l’agenda du relogement soit changé.

Selon, les statistiques révélées par les services de la wilaya d’Alger, pas moins de 80 000 citoyens issus principalement de bidonvilles ont été relogés en 6 mois, ce qui représente 12 700 familles. De ce fait, lors de la dernière vague de relogement le wali d’Alger a indiqué que le quota alloué par l’Etat à la capitale est de l’ordre de 84 000 logements sociaux. Ces unités seront distribuées dans leur totalité avant la fin de l’année en cours.

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