-- -- -- / -- -- --
Op-Ed

La menace des algorithmes

Pour la première fois depuis leur apparition, les réseaux sociaux dépassent les journaux imprimés comme principale source d’information. C’est les résultats d’une étude publiée, lundi 10 décembre, par l’institut de recherche américain Pew Research Center et rapportée, notamment, par le journal Le Monde. Selon cette étude, un adulte sur cinq aux États-Unis, soit 20 % de la population sondée, affirme qu’il s’informe souvent sur les réseaux sociaux.

En revanche, ceux qui disent s’informer grâce aux journaux papier ne représentent que 16 %. Un pourcentage qui tend à décroître, poussé par les changements de comportements, surtout chez les nouvelles générations qui préfèrent le support numérique. On devine alors les conséquences sur l’avenir des journaux en papier dans un pays où la notion de coût relève du dogme « religieux ». Mais au-delà de la menace qui pèse sur l’information proposée par le support papier, l’enjeu concerne aujourd’hui et surtout, l’impact que nous subissons et subirons à l’avenir, du monopole dont dispose l’information qui n’émane pas des structures spécialisées dans le traitement médiatique, les rédactions en l’occurrence.

Que deviendra alors la presse dans quelques années ? Car en se substituant aux médias conventionnels, encadrés, hiérarchisés et soumis aux règlements, les réseaux sociaux s’érigent désormais comme une forme anarchique de l’information qui, non seulement vide le journalisme de son essence, mais menace sérieusement la structure sociale et, par extension, l’ordre établi. Aujourd’hui personne n’ignore le rôle des réseaux sociaux dans la manipulation des mouvements de foules observés pendant le printemps arabe. Les résultats sont connus, avec leurs lots de soulèvements, de révoltes et de révolutions. Aujourd’hui encore, avec les progrès enregistrés, le maillage est de plus en plus serré et par conséquent plus dangereux. Les réseaux sont accessibles à tout le monde et partout, peu importe qui vous êtes, où vous êtes, homme ou machine, un individu ou plusieurs, la plateforme vous offre gratuitement et sans limites ses services et la possibilité de diffuser tout type de message, même les fausses informations.

On ne compte d’ailleurs plus le nombre de fois, où des fakenews ont fait le buzz à l’échelle cosmopolite. Devant cette situation ne faut-il pas aujourd’hui, et plus que jamais, ouvrir un débat serein et responsable sur les conséquences de cette technologie qui ouvre la voie à tous les dérapages dangereux ? La question a été pourtant soulevée à mainte reprise, mais n’a trouvé aucun écho. On préfère parler d’une question délicate et complexe qui, ironie du sort, trouve sa persistance chez les défenseurs de la liberté d’expression, quand elle n’est pas soutenue par les géants du Net, qui sont d’ailleurs les seuls à tirer des dividendes, pour ne pas dire aussi un intérêt politique, du désordre médiatique occasionné, un désordre qui peut tout produire, sauf la Démocratie.

Commentaires
Email
Mot de passe
Prénom
Nom
Email
Mot de passe
Réinitialisez
Email