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Nationale

La mauvaise semaine de Saâdani

La mauvaise semaine de Saâdani

C’est une très mauvaise semaine pour Amar Saâdani, le secrétaire général du FLN. Après le quiproquo du fameux démenti sur le site du parti sur ses déclarations violentes à l’endroit de l’opposition, voilà que le patron controversé du vieux parti se met à annuler une visite de deux jours dans la wilaya de Sétif.

Une visite annoncée depuis quelque temps, car Saâdani devrait en profiter pour préparer la création de nouvelles mouhafadhas, suite à la décision du découpage organique. Au niveau du FLN, on savait que Sétif est une wilaya traditionnellement pourvoyeuse de cadres et militants de haute facture, dont le Bureau politique et le Comité central, les deux instances supérieures du FLN, ont toujours été pourvus de dirigeants.

C’est une tradition bien établie au sein des appareils du parti depuis l’indépendance, d’autant que cette wilaya est devenue pratiquement la deuxième sur le plan national, supplantant Oran, Constantine ou Annaba. Deux éléments majeurs ont consacré Sétif comme dauphine de la capitale : le nombre de sa population, le dynamisme de son économie et le climat des affaires qui y règne depuis pratiquement deux décennies.

C’est sans doute cette importance qui a poussé Saâdani à vouloir visiter cette wilaya et ses deux principales agglomérations, le chef-lieu et El Eulma. Or, cet agenda vient d’être perturbé par deux adversaires â Saâdani, tous deux natifs de Sétif. Le premier est Belayat Abderahmane, qui lutte depuis des mois pour la tenue d’une session extraordinaire du CC et maintenant pour un congrès afin d’élire un nouveau secrétaire général du parti « légitime et légal ».

C’est lui qui organise actuellement un vaste mouvement de contestation, rassemblant tous les adversaires de la direction politique du FLN. C’est lui encore qui vient de demander une autorisation auprès des services de la wilaya d’Alger pour y tenir un congrès « parallèle ».

C’est lui encore lui qui prépare une contre-attaque politique et judiciaire, puisqu’il s’apprête à déposer plainte auprès des juridictions spécialisées du pays pour confirmer « l’illégalité » de la nomination de Saâdani à la tête du FLN, lors d’une session en août 2013, la « non-conformité et l’illégitimité » des décisions prises par Saâdani depuis cette date avec les textes du parti, comme les statuts et le règlement intérieur.

C’est encore Belayat qui anime une coordination nationale regroupant toutes les sensibilités du CC, sorte d’état-major politico-organique ou d’un conseil représentatif des mouvements opposés à Saâdani, dont les membres avoisinent la vingtaine.

L’autre figure sétifienne s’appelle Moadh Bouchareb, un député devenu populaire auprès des médias, mais aussi au sein de la base du parti, depuis qu’il est entré dans un bras de fer avec Saâdani. Aujourd’hui vice-président à l’APN, grâce non pas à une nomination par le SG du FLN, mais à travers un scrutin à bulletin secret et donc légitimé par ses propres pairs parlementaires, Bouchareb est devenu une autre figure de proue de cette contestation interne.

L’erreur de Saâdani est de vouloir mettre la pression sur le président de l’APN, Ould Khélifa, pour « dégommer » ce vice -président et le remplacer par un autre « sage et partisan », alors que le règlement intérieur qui régit ce genre de situation est clairement défini.

Une pression qui a failli paralyser complètement un Parlement déjà fragilisé par son inertie et ses déboires politiques et moraux, sachant que le bureau de l’APN est le cerveau moteur de toute la machine APN avec ses commissions et ses sessions plénières. A cause de cette lutte entre Saâdani et Bouchareb, ce bureau ne s’est pas réuni pendant des semaines, mettant d’ailleurs mal à l’aise Ould Khélifa dans son rôle de « troisième » personnage de l’Etat.

Or, selon des informations internes au FLN, ce sont les appels au boycott de cette visite prévue par Saâdani de la part de Belayat et Bouchareb, qui a motivé le report. Tout le monde sait que le découpage actuellement mené par le SG sert surtout à créer de nouvelles mouhafadhas, la nomination de responsables régionaux pour favoriser l’émergence d’un nouvel équilibre politique interne qui serait d’une grande utilité lorsque le congrès sera organisé.

Il est évident que Saâdani cherche à créer un comité central dont la majorité serait issue de ses propres partisans et de ses alliés, ce qui lui permettrait de régner facilement jusqu’à l’année fatidique de 2019, celle de la présidentielle, sur laquelle le FLN voudrait peser de tout son poids, soit pour proposer son propre nom à la magistrature suprême, soit pour soutenir un autre candidat issu des appareils de l’Etat.

Or, un scénari pareil exige de la part de Saâdani l’arrimage d’une forte base à ses thèses, à commencer par les wilayas les plus peuplées, comme Sétif.

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