La France veut renflouer Barkhane avec des soldats du Sahel
Cinq pays du Sahel et la France sont en conclave virtuelle lundi et mardi lors d’un sommet à N’Djamena au Tchad pour débattre de l’avenir de Barkhane, l’opération militaire lancée sur les cendres de la défunte Serval pour «mener la guerre au terrorisme dans le Sahel». Le dispositif bat de l’aile et la France veut, au demeurant, impliquer militairement les pays de la région au vu des pertes en hommes et en matériels essuyées par ses troupes depuis 2012.
Les présidents du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad), reçus tous en tête en tête ces dernières semaines à Paris par le président Français Emmanuel Macron, sont annoncés présents à N’Djamena, tandis que Macron comme le président du Conseil européen, Charles Michel prennent part au sommet par visioconférence.
Huit ans après le début de la mise en place du dispositif de lutte contre le terrorisme dans les anciennes colonies Français au Sahel, le tableau demeure très sombre. La France, qui essuie des échecs militaires au Sahel face aux groupes terroristes requinqués par les mannes encaissées au fil des kidnappings, a envisagé d’autres pistes, se fixant comme objectif principal d’impliquer militairement des pays de la région.
Pour beaucoup, l’opération Barkhane a atteint ses limites alors que le terrorisme ne recule pas. Au lieu de se réduire depuis l’entrée des troupes française, le conflit s’étend géographiquement. Il a commencé en 2013 au nord du Mali, il s’est désormais étendu à l’ensemble du pays, à l’ouest du Niger, au nord du Burkina Faso et au Tchad avec l’apparition de l’organisation Boko Haram. Les attentats ont augmenté et avec eux les prises d’otages qui constituent une manne financière pour les ravisseurs étant donnée que la France paye rubis sur les ongles les rançons quelques soient les pots cassés sur le dos de la légalité internationale et la sidération des pays qui luttent contre le terrorisme comme l’Algérie.
La France incombe l’échec du dispositif aux pays du Sahel, pourtant démunis militairement pour désargenté pour pouvoir faire face au groupes terroristes, aux moyens de plus en plus nocifs.
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a estimé que «trop peu a encore été fait par les partenaires sahéliens », insistant sur la relance des accords d’Alger de 2015, « seul cadre politique pertinent du règlement de la crise malienne».
Acculé par une classe politique dénonçant le lourd bilan humain et financier de cette intervention et une opinion publique défavorable à plus de 51% selon un sondage Ifop, à la présence de militaires français au Sahel, la politique française dans cette région d’Afrique semble vouée à en perte de vitesse.
D’autant que selon le directeur Sahel du think tank International Crisis Group (ICG) Jean-Hervé Jézéquel, les terroristes « sont capables de faire le dos rond, de contourner le dispositif et de continuer comme avant». Compter sur un renfort militaire des pays de la région pour se substituer aux soldats Français serait un pari hasardeux qui ne ferait que prolonger la crise. L’Union Africaine avait à maintes reprises ressassé que la lutte contre le terrorisme au Sahel doit passer par la lutte contre le sous-développement et son corollaire la pauvreté, terreaux favorables au recrutement des trafiquants et des terroristes.
A cela s’ajoute un sentiment anti-français qui s’accentue dans la région avec des manifestations organisées à mainte reprise au Mali, au Centre-Afrique et au Tchad, pour dénoncer l’ingérence française et les conséquences désastreuses de la guerre menée par Paris, sur les économies des pays du Sahel.
La France hantée par son passé colonial, considère tous les pays du Sahel, notamment le Tchad comme sa chasse gardée. Et pour preuve, lors du conflit tchado-libyen, en 1986, sur les frontières, l’Elysée n’a pas hésité à bombarder les troupes de l’ancien dirigeant libyen, Mouammar Kadhafi. Une fois de plus, l’aviation militaire française est venu en aide à son allié fort de la région, le président tchadien Idriss Déby, au pouvoir depuis son putsch en décembre 1990 contre l’ancien président Hissène Habré, qui s’est exilé au Sénégal.
Paris ne semble pas se résigner au nouveau partage de rôle entre puissances agissantes en Afrique, qui se fait désormais entre Chinois, Russes et Américains.
La région du Sahel est au centre d’enjeux stratégiques pour les puissances occidentales qui y multiplient, depuis des décennies, leurs bases militaires, sous prétexte, de lutte contre le terrorisme.
La France possède à elle seule quatre bases militaires rien qu’au Niger, les Etats Unis en possèdent cinq et l’Allemagne une base militaire d’aides humanitaires, ce qui renseigne sur les velléités de chacun dans cette région.
A contrario, Pékin et Moscou ont pris des orientations qui rompent avec les postulats colonialistes de la France faisant de la région sa zone d’influence au grand dam des desiderata des populations locales désormais plus enclines à dénoncer cet état de fait en réclamant une ouverture, sans détours, sur la Chine et la Russie.