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Nationale

La France veut-elle se débarrasser de «ses» islamistes ?

La France veut-elle se débarrasser de «ses» islamistes ?

En mettant l’accent sur le souci des deux pays, notamment, oserons-nous presque l’affirmer, celui de la France « d’actualiser les conventions qui les lient », Mme Christiane Taubira en mission à Alger semblait porteuse d’une conduite que son pays désire mettre à exécution au plus tôt.

La ministre française de la Justice avait tenu aussi à préciser devant le garde des Sceaux algérien que les deux pays ont désormais une vision commune.

« Nous regardons vers l’avenir et nous sommes soucieux d’actualiser les conventions qui lient nos deux pays, lesquelles méritent aujourd’hui d’être retravaillées », a-t-elle dit, en précisant par ailleurs que « l’Algérie et la France n’ont pas de points de désaccord ».

« Deux points semblaient faire obstacle et étaient liés à des malentendus entre nos administrations », a assuré la ministre. En ce qui concerne les conventions qui vont être actualisées « celles-ci concernent la coopération judiciaire et l’extradition entre nos deux pays car notre perception est convergente », a expliqué Mme Taubira. Autres temps, autres mœurs…

Les attentats du 13 novembre dernier ont fini par réveiller la conscience outre-Méditerranée. L’Algérie qui a subi les affres du terrorisme durant la décennie rouge n’a eu de cesse d’alerter la communauté internationale, européenne notamment, sur les dangers transfrontaliers de l’extrémisme sous toutes ses formes. Un appel qui, rappelons-le, n’a eu d’échos que dans de rares cas. 

La France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne, pour ne citer que ces trois pays, avaient affiché alors des réticences si ce n’est un niet presque catégorique aux multiples doléances de l’Etat algérien rien que pour mettre fin aux manipulations de « militants » du FIS dissous, notamment ceux ayant basculé dans les actes de terrorisme sous la férule des groupes islamiques armés et qui, pour la plupart, étaient hébergés et jouissaient même de protections des chancelleries européennes, osant même appeler à partir de ces pays aux massacres d’Algériens.

Des dizaines d’entre eux reconnus coupables et condamnés par la justice algérienne ont eu droit à des « protections », au moment où des dizaines de milliers d’Algériens tombaient sous les balles assassines d’un terrorisme aveugle.

Hormis ceux dont l’implication dans des attentats ou des projets d’attentat sur le sol européen a été reconnue par la justice de ces Etats puis jugés in situ, aucun condamné par les tribunaux algériens n’a pu être récupéré par la justice algérienne.

Un exemple édifiant et qui suscite cette semaine justement la polémique en France est celui de Merouane Benahmed. Condamné en 2006 à dix ans de prison par le tribunal correctionnel de Paris, avec 26 autres islamistes, Banahmed était accusé d’avoir projeté des attentats dans ce pays entre 2001 et 2002 dans le cadre de l’affaire dite des « filières tchétchènes ».

Bien que condamné à mort par contumace par la justice algérienne, il n’a pu être extradé malgré la demande de l’Algérie. La Cour européenne des droits de l’Homme a jusque-là refusé son extradition sous prétexte qu’il encourait la mort.

D’ailleurs, Merouane Benahmed, sorti en 2011 après avoir purgé sa peine, continue de faire l’objet d’assignation à résidence. Transféré depuis d’une région à l’autre, Benahmed continue de susciter les réticences des habitants des villes où il est « imposé ».

La dernière en date est la ville d’Evron, au nord-ouest de la France où l’homme, âgé aujourd’hui de 42 ans, est arrivé, samedi dernier. Une arrivée difficile à accepter pour les habitants de cette ville et aussi pour le maire de la localité qui a déclaré aux médias de son pays ne « pas avoir eu le choix ». Une présence dont la France semble vouloir se débarrasser. Benahmed avait fui l’Algérie en 1999.

Un autre cas, celui du Franco-Algérien Djamel Beghal. Ce dernier a été condamné en France à dix ans de prison après avoir été accusé de fomenter des attentats contre des intérêts américains sur le sol français. Arrivé en France en 1987 dans le cadre d’une bourse d’études, il a été arrêté au milieu des années 1990 lors de perquisitions dans les milieux islamistes proches de la mouvance djihadiste.

Il sera impliqué dans plusieurs affaires et même reconnu proche d’un des frères Kouachi, présumés auteurs des attentats des 7 et 9 janvier 2015 à Paris. Les autorités de ce pays ont tenté maintes fois de l’extrader vers l’Algérie, mais la Cour européenne des droits de l’Homme s’était opposée sous prétexte qu’il encourrait des « actes de maltraitance et de torture ».

Dans ce cas précis, l’extradition d’ailleurs peut sembler ne pas intéresser l’Algérie puisqu’il n’a fait l’objet d’aucun mandat de recherche.

Ainsi donc, disposée à collaborer, et Tayeb Louh l’a laissé entendre, l’Algérie a encore une fois prouvé qu’elle n’est pas insensible à la sécurité des autres pays. « La coopération dans les domaines judiciaire et institutionnel est appelée à se développer davantage entre la France et l’Algérie, car il y a une volonté politique forte dans ce domaine », a précisé M. Louh au terme de ses entretiens avec son homologue française.

Il a précisé qu’un groupe d’experts des deux pays travaille dans ce sens pour parvenir à l’actualisation de deux conventions et faire ainsi face aux « défis » auxquels sont confrontés les deux pays.
Désormais tourné vers l’avenir, l’Etat algérien voudrait exploiter ce retour de manivelle pour contribuer à endiguer le phénomène qui a pris des proportions telle, qu’aucun pays n’est en mesure d’y faire face seul. La collaboration s’avère être une mesure stratégique…

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