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Nationale

La France aura- t-elle le courage de s’excuser ?

La France aura- t-elle le courage de s’excuser ?

L’historien français Pascal Blanchard l’a dénoncé à maintes reprises ; seule la France, parmi les puissances européennes colonisatrices d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, ne dispose pas de musée pour retracer son passé colonial.

Son hypothèse de travail : les Français n’assument pas ce passé douloureux pour les peuples colonisés et préfèrent s’accrocher aux mythes de la Grandeur de l’Empire, des mythes encore magnifiés dans les manuels scolaires et dans l’imaginaire collectif.

Partant de ce postulat, il est aisé de comprendre et de décrypter le comportement de la majorité des Français, élevés selon un récit négationniste concernant la révolution algérienne et l’indépendance de cet Etat conquis par le biais de massacres collectifs à partir de 1830. C’est ainsi que nous pouvons déceler le complexe algérien, durablement encré dans l’inconscient collectif français, 58 ans après le recouvrement de la souveraineté nationale en 1962.

Quid des excuses de la France pour son passé génocidaire en Algérie ? Cette revendication qui revient depuis des années sur la bouche des officiels algériens comme un leitmotiv, une condition pour normaliser les relations algéro-françaises, peut-elle être comprise comme un rêve inaccessible sensé apaiser les mémoires de ce côté de la Méditerranée.

Etant donné l’obstination française à refuser de regarder en face cette histoire commune, il sera donc vain d’espérer un changement d’attitude de l’autre côté de la Méditerranée.
 

La logique veuille que la mémoire collective algérienne continue d’entretenir le martyr de tout un peuple qui a subi une entreprise systématique d’acculturation, d’aliénation et de génocide. Ce martyr célébré par le peuple algérien ne se contentera pas de vagues et hypothétiques excuses qui d’ailleurs ne viendront pas. Les 132 années de crimes contre le peuple algérien, de crimes contre l’humanité n’ont pas besoin d’être pardonnées. Ils sont par définition impardonnables !

L’Algérien qui a vécu dans sa chaire ces meurtrissures et ces abominations n’a, au fond, pas besoin d’excuses ni de repentance, pas plus qu’un Arménien vis-à-vis des Turcs ou des Russes vis-à-vis des Allemands.

En allant de l’avant, l’histoire n’excuse pas et ne pardonne pas, elle s’écrit, elle s’égrène en cultivant la mémoire collective qui s’entretient en accumulant les expériences, les bonheurs comme les tragédies. L’histoire de l’Algérie est le récit d’une épopée anticoloniale contre une entreprise que tous les partis français avaient encouragé, de l’extrême droite à la gauche communiste.

Ce sont donc deux récits que tout oppose, car inconciliables. La violence du colonisé s’est élevé contre la violence du colonisateur, pour reprendre un concept fanonien. L’exigence algérienne d’excuses françaises ne peut effacer les crimes coloniaux encore moins le mythe des bienfaits de la colonisation.

A la violence physique, matérielle s’est substitué la violence symbolique, celle des récits et des mémoires. Et cette forme de violence est autrement plus complexe que la première. L’Algérie n’oubliera pas les affres de la colonisation, ça fait partie de son imaginaire et de la construction du récit national. Pas plus que la France ne pourra assumer sans complexe son passé très peu glorieux en Algérie, c’est le dernier vestige de sa chimérique grandeur passée.

L’avenir se perçoit avec lucidité, courage et passion. Ce triptyque permet aux peuples de se projeter. Si le peuple algérien peut puiser dans son passé pour le faire, et il a une chance unique en son genre pour les peuples du Tiers-Monde, le peuple français semble prisonnier d’une grandeur passée.
 

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