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Nationale

La feuille de route de la marche citoyenne

La feuille de route de la marche citoyenne

Le pouvoir semble tétanisé par la réaction du peuple qui vient pour la troisième fois sortir dans la rue pour rejeter dans la forme et dans le détail la lettre-programme du président Abdelaziz Bouteflika. Mis à part quelques ministres qui ont maintenu leurs activités, la majorité du gouvernement se confine dans un silence éloquent et une hésitations à se frotter à l’opinion publique.
D’ailleurs, l’un d’entre eux, le ministre du Tourisme, Abdelkader Benmessaoud, a eu maille à partir avec la population jeudi dernier à Tamanrasset lorsqu’il a été coupé par des citoyens venus assister à une célébration dans une salle de la ville. Le ministre a attendu longtemps avant de reprendre la parole et terminer son discours. Il a eu le tact de laisser la parole aux citoyens qui se sont exprimés librement.
Tout le gouvernement reste silencieux sur ces marches et surtout sur les revendications brandies par les manifestants. Aucune institution de la République n’a jugé bon de réagir, de répondre aux slogans et de dire « oui » ou « peut-être ». Ni le Sénat ni l’APN n’ont cru bon s’investir dans cette bataille de communication. Alors que des appareils et des organisations ont réagi à la protesta, ces deux institutions se sont murées dans un silence complice.
Du côté des partis de l’Alliance présidentielle c’est encore le profil bas et le silence radio. Ni le FLN, ni le RND, ni TAJ de Amar Ghoul et encore moins le MPA de Amara Benyounès ne sont en mesure de calmer la colère des citoyens, ou à tout le moins apaiser un tant soit peu leur révolte.
En face des manifestants, seul le vice-ministre de la Défense nationale, le général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah (est-ce son rôle ?) entretient un dialogue via la presse. Il n’y a que lui qui évoque cette crise, avec des symboles ou des messages codés, à travers des éditos de la revue de l’ANP, ou des allocutions lors de ses visites d’inspection dans les régions.
Que va-t-il se passer maintenant ? Des fuites organisées parlent d’un conciliabule entre les différentes parties du sérail. Des concertations qui ont déjà commencé pour arriver à trouver une solution gagnant-gagnant. Personne ne perdra et personne ne gagnera. Mais ce ne sont que des supputations.
En face, la « révolution des roses », comme veulent la qualifier certains observateurs, a atteint un tel degré d’organisation, de maturité et de responsabilité qu’on imagine mal sa fin proche ou son échec. De par sa forte mobilisation qui monte crescendo au fil des vendredis, la rue impose déjà sa « feuille de route » et son « timing », la préférant à celle du président Bouteflika ou à l’opposition qui a dû s’adapter à ses exigences. Le peuple algérien a voté contre le 5e mandat du président Bouteflika et contre tout le système auquel elle ordonne de dégager.
Le pouvoir n’est plus maître du jeu, n’a plus l’initiative et doit demeurer sur le qui-vive, affaibli par cette révolte qui monte. Mais qui sera le maître d’œuvre de cette reconstruction du pays au sens propre et au sens figuré ? Les partis de l’opposition discrédités ? La société civile en mal de reconnaissance ?
Des leaders désignés par la population, comme le suggère Louisa Hanoune, calquant cette revendication sur celle de la « révolution des œillets » au Portugal en 1974 quand la rue a chassé la junte militaire alors au pouvoir ? L’Armée nationale qui vient de plébisciter la rue et qui s’est dit solidaire de ses renonciations ?
Dans son dernier éditorial, la revue de l’ANP a indiqué que « l’Armée nationale populaire et le peuple algérien appartiennent à une seule patrie, pour laquelle les forces armées ont fait le serment de préserver et de défendre contre toutes velléités ». Cette dernière sortie de l’ANP est un signe que le « changement » voulu par le peuple est aussi porté par elle : « L’Armée nationale estime que le peuple est unanime sur le fait que la glorieuse Révolution de Novembre 1954 » et demeurera à tout jamais le berceau de nobles valeurs qui « ne sauraient sombrer dans l’oubli par l’effet du temps », dit-elle. Comme elle « demeurera attachée à ces valeurs » et « continuera à s’inspirer et à se nourrir des principes et idéaux de Novembre pour tout ce qui pourrait lui ouvrir la voie « vers l’édification d’une Algérie puissante, sûre et prospère », dit-elle. Clair et sans équivoque : L’ANP sera et demeurera à côté du peuple quel qu’en soit le prix et quelles qu’en soient les manœuvres de certaines parties. Plus loin, l’ANP fait montre de son aptitude à accompagner le peuple « doté d’un haut niveau de conscience et au fait des multiples défis et menaces actuels », qui a fait échec à un « projet terroriste » qui visait à saper les fondements de l’Etat, et d’assumer « la responsabilité de préserver leur legs après eux », ajoute-t-elle.

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