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Nationale

La face macabre du confinement

La face macabre du confinement

Le décompte est macabre. Vingt femmes ont été assassinées depuis le début de l’année. Des homicides intrafamiliaux atrocement commis contre des femmes dans plusieurs villes du pays. Des crimes qui soulèvent de nombreuses interrogations sur cette déconcertante facilité que trouvent des proches ou parents à assassiner les épouses, les soeurs ou les mères.

Pendant le confinement, la situation a pris de l’ampleur. Conséquence de la répercussion des dommages de la crise sanitaire que vit la société, cette situation est un véritable choc psychologique.Beaucoup de foyers en souffrent. µ
L’assassinat de toutes ces femmes par un père, un frère, un conjoint ou ex-conjoint aurait pu être empêché, si la société avait su et pu répondre aux nombreux signaux d’alerte annonciateurs d’un tel drame.

Cependant, le climat discriminatoire de la société a des impacts sur l’émancipation de la femme. Le poids de la tradition et le statut patriarcal laissent des traces durables. Depuis l’enfance, elle est mise dans une posture d’infériorisation, de soumission, d’une part, et elle est « balisée » dans l’idéalisation du frère et du père, parfois même du cousin, selon une culture ancestrale mais malheureusement toujours présente, d’autre part.

Contacté par le Jeune indépendant, le sociologue Nassar Djabi indique que le confinement a révélé un mépris et une oppression contre la femme.

Cette violence est souvent commise par l’environnement proche de la victime : c’est la famille, le voisinage, le mari, comme il a été le cas de ces 20 femmes tuées depuis janvier dernier.

« La violence contre la femme est un fond culturel, il y a une agressivité quotidienne permanente contre la femme, ce n’est pas nouveau » affirme-t-il, ajoutant que « la crise sanitaire et le confinement augmente le degré de cette violence, qui est accentuée pendant cette période, parce que les gens ne bougent pas. » 

M. Djabi évoque également d’autres raisons liées à cette violence : « comme la crise du logement, où la famille se retrouve confinée dans un espace réduit, dont la moyenne est de 50 à 60 mètres carrés pendant 24 heures avec les mêmes personnes. »

Ajouté à cela, l’homme se retourne contre le plus vulnérable . « Qui est le plus faible ? la femme et les enfants ! donc il s’attaque aux faibles et comme la tension est grande parfois, l’irréparable peut être commis : le crime. Bien entendu ce phénomène n’est pas uniquement propre à l’Algérien, il est mondial », dit-il.

Le sociologue attire l’attention sur le phénomène de la violence hors confinement : « Il faut voir les statistiques, on avait des milliers de femmes violentées chaque année, mais durant cette crise, la violence a augmenté. Une violence dont l’issue fatale est malheureusement le meurtre. Les rapports évoquent 20 femmes tuées ces dernier mois. » rappelle Mr. Djabi

Autres vecteurs de cette violence : « la drogue » et « l’alcool ». Ces deux éléments jouent un rôle important : « Depuis le début du confinement, suivi par le ramadhan, les débits de boisson sont fermés, idem pour les bars.
Des jeunes « frustrés » ne trouvent plus de fournisseurs pour leurs boissons alcoolisées, certains se sont retournés vers la drogue.
Il suffit de voir la quantité de drogue saisie ces derniers jours au niveau des frontières et ce qui est saisi n’est que 10% de la totalité en circulation. Le reste est distribué et consommé, ce qui offre toutes les conditions favorables pour des délits graves, comme les crimes » explique notre interlocuteur.

Pour empêcher toute cette violence et ces agressions caractérisées contre les plus faibles, le sociologue met en exergue l’importance de l’application de la loi : « il faut être sévère sur l’application des lois concernant les agressions contre les femmes. Il faut changer les mentalités, c’est un travail à long terme, ce n’est pas pour demain, mais il faut appliquer la loi » insiste-t-il, ajoutant : « il faudrait que le jeune algérien ou l’algérien comprenne cette équation toute simple : que si, il frappe sa femme, la loi le puni » et « frapper sa femme n’est pas une affaire privée… ».

« Il faut arrêter cette culture de s’approprier sa femme ou sa fille ou bien sa sœur, il faut s’attaquer au fondement de cette culture de permissivité ; parce que c’est TA fille, tu as le droit de faire ce qu’il te semble. TA femme donc c’est ton droit » conclut Mr Djabi.

Selon les derniers chiffres sinistres recensés par la presse, on évoque une vingtaine d’assassinat de femmes dans plusieurs wilayas. La plupart de ces féminicides ont été commis par le conjoint ou l’ex-conjoint, faisant usage d’arme blanche ou/et arme à feu.

Des femmes ont été égorgées à Oran, El Oued, Chlef et Saïda, par le conjoint ou encore à Skikda, où la victime a été égorgée par son ex-mari. A Tébessa, une adolescente a été assassinée jeudi dernier, égorgée par son père, alors que d’autres ont été battues à mort comme à Aïn Bessem dans la wilaya de Bouira, où une jeune femme de 32 ans, mère de trois enfants, a succombé à la violence des coups de poing que son mari, âgé de 38 ans, lui avait assénés. Un cas similaire à Tipasa : un autre homme, âgé de 30 ans, a assassiné sa femme, mère de ses enfants, de plusieurs coups de couteau mortels.

Selon les mêmes statistiques, deux femmes ont été tuées par arme à feu à Tlemcen et à Alger. Un père de famille de 60 ans a assassiné sa femme d’un coup de fusil de chasse avant de se suicider. A Bouzaréah, un policier a fait usage de son arme à feu pour tuer sa femme, mère de quatre enfants, en lui tirant quatre balles.

A Relizane, il s’agit d’un matricide. Une jeune maman a succombé aux violents coups de couteau que lui a portés son propre fils. L’assassin, âgé de 25 ans, serait atteint de troubles psychiatriques, selon les témoignages de son entourage.

A Bejaia, une jeune fille de 17 ans résidant à Tazmalt, a échappé à une mort certaine. Elle a été poignardée de trois coups de couteau dans le dos par son cousin paternel, âgé de 18 ans, suite à son refus de l’épouser.

A Guelma, une fillette d’à peine dix ans a rendu l’âme mercredi dernier, lors d’une séance de rokia très violente à son domicile. Le raqi a fait usage de méthodes de tortionnaires.

Cependant, cette résurgence criminelle n’a pas laissé indifférent les mouvements sociaux qui défendent le droit à la vie et qui exigent une protection réelle. Grâce aux réseaux sociaux, la résistance se met en place.

La parole « féministe » s’est fortement propagée dans l’espace numérique.

Une jeune génération d’activistes s’est emparé de la Toile et des réseaux sociaux pour défendre l’égalité entre les sexes. Cette parole participe à un vaste mouvement social pour l’émancipation des femmes. Comme le « collectif » spontané et bénévole, né à travers les réseaux sociaux, qui s’appelle : Initiative :« Nous avons perdu l’une des nôtres ».

C’est ce collectif qui a permis la rencontre de féministes de la jeune génération, dont l’attention est portée essentiellement sur la question des féminicides.

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