La discorde mémorielle entre l’Algérie et la France: Macron, les lobbys et Bardella – Le Jeune Indépendant
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Nationale Algérie-France

La discorde mémorielle entre l’Algérie et la France: Macron, les lobbys et Bardella

La discorde mémorielle entre l’Algérie et la France: Macron, les lobbys et Bardella

Il y a soixante-deux ans, l’Algérie recouvrait sa souveraineté nationale après une longue nuit coloniale. 132 ans de spoliation, d’aliénation, de massacres et de crimes que la France coloniale a commis avec bonne conscience, prétendument au nom d’une pseudo mission civilisatrice !

Plus de soixante ans après la victoire du peuple algérien sur un système colonial créé pour durer, voilà que l’épineuse question de la mémoire collective des deux peuples algérien et français fait polémique.

Si les Algériens, fort de leur révolution nationale triomphante sur le colonialisme ne cessent de dénoncer les crimes de la France en Algérie, appelant la partie française à reconnaitre ses crimes afin d’appréhender le futur, les Français eux, demeurent dans le déni lorsqu’il s’agit de l’Algérie.

Trois lobbys sont à la manœuvre pour alimenter le révisionnisme officiel : le lobby pieds noirs, celui des Harkis et enfin, les sionistes.
Le poids des lobbys

Le premier groupe de pression anti-algérien, le lobby pieds noirs, regroupe les nostalgiques de l’Algérie française, qui soit eux-mêmes ou leurs parents sont nés en Algérie durant la période coloniale.

Ce parti de la colonisation est encadré essentiellement par les anciens ultras de l’Organisation armée secrète (OAS) qui a pratiqué la politique de la terre brulée contre les Algériens après les accords d’Evian du 19 mars 1962.

De nombreuses figures de proue de l’OAS, parmi lesquelles Roger Holeindre, ont été dans le noyau dur du parti créé par Jean-Marie Le Pen, le Front national (FN), en 1972.

Le deuxième lobby n’est autre que celui des Harkis, ces supplétifs de l’armée française qui ont renié leur patrie pour rejoindre les forces coloniales dans la volonté vaine et chimérique de vouloir étouffer la révolution algérienne.

Après le recouvrement par l’Algérie de sa souveraineté, ces supplétifs se sont retrouvés parqués dans des camps en métropole, bien loin de l’idéal qu’ils avaient caressé en trahissant leur pays d’origine. Et comble de l’ironie, ces Harkis ont pris fait et cause pour le discours révisionniste qui n’a jamais accepté l’indépendance de l’Algérie.

De ce fait, ils continuent d’alimenter les polémiques et de dénigrer l’Algérie à travers des réseaux puissants dans les médias, l’économie et le mouvement associatif.

Le troisième, le lobby sioniste alimenté essentiellement par des Français de confession juive et généralement originaire d’Algérie.

Ce lobby dont la figure de proue n’est autre que le chanteur Enrico Macias utilise les médias et les milieux des affaires pour saboter toute tentative de rapprochement algéro-français. Evidemment, ce groupe surfe sur la vague du soutien inconditionnel à l’entité sioniste et de la condamnation de tout soutien à la cause palestinienne.

Ce lobby use et abuse de la comparaison entre l’Algérie et le Maroc pour vilipender Alger et encenser Rabat, qualifié d’ami sincère de la France et d’Israël à la fois.

Macron en dents de scie
Ce tour d’horizon des lobbys anti-algérien étant fait, il importe maintenant de se pencher sur le jeu de yoyo pratiqué par la France officielle à l’égard de l’Algérie, notamment sur les questions mémorielles.

Nonobstant les déclarations du candidat Macron en 2017 à propos du caractère criminel de la colonisation, une fois élu à l’Elysée, le même Macron qui a fait de la question mémorielle un point cardinal dans sa politique en direction de l’Algérie, n’a pas cessé de faire des va-et-vient selon les pressions des différents lobbys.

Si les gestes d’apaisements existent, notamment la restitution à l’Algérie des restes mortuaires des résistants martyrs en 2020, la reconnaissance de la responsabilité de la France coloniale dans l’assassinat d’Ali Boumendjel et de Maurice Audin, la publication du rapport Stora, les rétropédalages sont nombreux.

En 2021, et s’adressant à des jeunes, dans une mise en scène savamment orchestrée et surtout fuitée, Emmanuel Macron a déclaré que la Nation algérienne n’a jamais existée et que si elle existe maintenant c’est grâce à la France. Pis, il a accusé l’Algérie de vivre sur une rente mémorielle. Des propos qui ne passent pas !

La visite de Macron en Algérie en août 2022 a quelque peu aidé à dépasser cette discorde mémorielle, à la faveur de la mise en place d’une double commission algérienne et française qui travaille simultanément sur la question des archives, mais cela semble battre de l’aile notamment sur les questions relatives aux effets personnels de l’émir Abdelkader, une question qui a contribué à retarder, selon le chef de la diplomatie algérienne, Ahmed Attaf, la visite d’Etat que devait effectué le président Abdelmadjid Tebboune en France.

Sur cette question et sur bien d’autres encore, les Français jouent la montre grâce à des artifices juridiques. Un objet déclaré patrimoine national, par exemple, ne peut pas être sujet à des discussions sur sa restitution. Idem pour des objets propriétés privées.

Ces vices tant sur le fond que sur la forme font trainer les discussions pour clore le travail des commissions Zeghidi et Stora.

Quid du RN et de Bardella
Reste que la question qui mérite d’être posée est celle relative au devenir du contentieux mémoriel avec la victoire déjà annoncée du Rassemblement national (RN) successeur du Front national (FN) au second tour des législatives dimanche prochain et la nomination probable de Jordan Berdella, au poste de Premier ministre.

Cet arrière-petit fils d’un ouvrier algérien a, semble-t-il, la haine de soi. Et même avec les obligations d’un Etat et le domaine réservé au président de la République pour les affaires étrangères et de défense, les questions mémorielles entre l’Algérie et la France risquent de trainer davantage à défaut de voir les canaux de discussions et de réflexion sur cette question rompue.

En tout état de cause, les lobbys anti-algériens cités plus haut pourront, dans l’éventualité d’une cohabitation Macron-Bardella, travailler la main dans la main pour saborder toute tentative d’apaisement mémoriel entre Alger et Paris.

La France sera sans doute l’un des rares pays européens au passé colonial sombre à refuser de reconnaitre ses crimes pour ouvrir une nouvelle page d’histoire avec une Algérie plurimillénaire.

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