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Nationale

La détresse des travailleurs indépendants et journaliers

La détresse des travailleurs indépendants et journaliers

Suite aux mesures préventives décrétées pour faire face à la propagation du Covid-19, des travailleurs indépendants et journaliers, tels que les artisans, les chauffeurs de taxi, les vendeurs ambulants, ou encore les ouvriers du bâtiment, se retrouvent en chômage technique et subissent de plein fouet la crise sanitaire qui risque de les paupériser encore davantage.

En Algérie, où l’informel représenterait entre 40 et 50% du PIB et le secteur privé emploie près de sept millions de travailleurs, soit 63% de l’emploi total selon l’Office national des statistiques (ONS), la situation est inquiétante depuis la restriction des activités commerciales et la fermeture de commerces, la suspension des transports en commun et le confinement décrété à travers le pays.

Les personnes activant dans le secteur informel, les travailleurs journaliers et autres catégories vulnérables, attendent des mesures d’accompagnement durant cette période critique. Ces travailleurs s’inquiètent pour leur avenir.

La prise en charge de certaines catégories professionnelles touchées par la crise sanitaire est primordiale et doit se faire rapidement, car le télétravail est un privilège hors de portée pour des millions de travailleurs, particulièrement ceux qui vivent des métiers de l’économie informelle, a expliqué au Jeune Indépendant M. Mohamed Benazzouz, enseignant universitaire en économie.

« Cette catégorie doit être ciblée par une aide directe selon un mode opératoire qui tient compte du contexte de confinement et qui allie célérité et accessibilité », a précisé l’expert, relevant que durant les premiers jours du confinement, des personnes ont bravé le couvre-feu, justifiant leur acte par le fait que leur revenu doit être assuré au jour le jour, via des activités informelles.

Ces mesures de confinement, de limitation de circulation et de restriction des activités commerciales ont bouleversé la vie de certaines catégories professionnelles qui se sont retrouvées privées de ressources pour nourrir leurs familles. C’est le cas d’Abdelhakim, 35 ans chauffeur de taxi à Alger, qui a assuré qu’il se retrouve sans ressources depuis la suspension des moyens de transport. « J’ai quatre enfants en bas âge et aucune autre source de revenu. L’État doit nous trouver une solution. Mes économies sont maigres et on est à quelques jours du ramadhan », a-t-il déclaré.

Quant à Mounir, un quinquagénaire ouvrier du bâtiment et père de cinq enfants, a indiqué être au chômage depuis plus de vingt jours, se disant de plus en plus inquiet face à cette situation. « Je dois travailler pour nourrir les miens. Je n’ai pas le choix ».

Il a expliqué au Jeune indépendant que les entrepreneurs privés ont limité à dix le nombre d’ouvriers par chantier, qui pouvait en compter une trentaine avant le confinement. Soit deux tiers des ouvriers se retrouvent sans emploi.

« Les travailleurs dans ma situation se trouve tirailler entre deux choix, mourir du Covid ou mourir de faim », déplore-t-il, poursuivant : « Je cherche du travail chez des particuliers pour assurer la nourriture à ma famille, au risque d’être contaminé ».

De son côté, Nacer, coiffeue estime que les dommages collatéraux du Covid-19 ont touché des milliers de familles qui se retrouvent sans revenus. « Il y a beaucoup de familles qui, avant le confinement, joignaient à peine les deux bouts. Désormais, elles se retrouvent sans aucun revenu », a-t-il déclaré.

Assurant comprendre parfaitement que la situation sanitaire est très critique et que tout le monde est dans l’obligation de se confiner, Nacer a avoué continuer à travailler. « Je reçois mes clients en cachette, une personne à la fois. Je travaille sur rendez-vous et aussi je me déplace au domicile de mes clients ».

Pour sa part Islem, marchand de meuble à Draria (Alger), a dit craindre pour son investissement et aussi pour ses employés qui ont à leur tour des « bouches à nourrir ». Pour lui, il est de la responsabilité des autorités de trouver une solution pour ces gens qui vivaient dignement avant la crise sanitaire. « Aux dépenses familiales s’ajoutent les charges du magasin que je loue 130 000 Da par mois, les impôts et le salaire des employés », explique-t-il.

S’agissant de ses trois employés, il affirme avoir difficilement pu leur verser leur salaire de ce mois. « Le mois prochain, si rien ne change, je serais contraint de réduire les salaires de 50% ».

Cette crise sanitaire a enfoncé encore davantage, dans la misère et la précarité, des milliers de familles qui ne cherchent désormais qu’à survire. Elle a dévoilé une réalité amère qui impose l’engagement de tout un chacun pour aider les plus démunis à la surmonter.

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