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Nationale

La détresse des syriens en Algérie

La détresse des  syriens en Algérie

Dans les rues, à bord des trains, sur les routes et même dans les grandes surfaces, les réfugiés syriens, dont le nombre ne cesse d’augmenter, sont de plus en plus visibles. Quelques témoignages de ces réfugiés.

En Algérie, le nombre de réfugiés syriens a progressé entre 2013, 2014 et début 2015. Aujourd’hui ils sont plus de 35 000 à vivre en Algérie. Certains sont déjà à leur troisième année de présence. Les moins chanceux se sont installés dans les camps de réfugiés au niveau de Sidi Fredj, mais aussi dans d’autres villes du pays, tandis que les plus riches ont carrément acheté des maisons, notamment dans l’Algérois et l’Oranie, où ils ont entamé une nouvelle vie.

D’autres ont loué des appartements, des étages de villas ou, pour les plus bas revenus, une petite chambre dans des centres pour seulement 2 500 DA/ mois. A Alger, une bonne partie des réfugiés des guerres sillonnent les rues.

Dans les gares ferroviaires, dans les stations urbaines, en plein centre-ville, dans les tramways et un peu partout dans les communes, les réfugiés, en famille, squattent tous les quartiers d’Alger, quémandant nourriture et argent. Des scènes affligeantes qui donnent froid dans le dos, surtout devant le laisser-aller des services concernés qui devraient agir pour prendre en charge ces réfugiés. Lors de notre tournée, nous avons aperçu une famille de réfugiés syriens qui a élu domicile au square Port-Saïd, en plein centre d’Alger.

Composée d’un homme, de sa femme et de trois enfants, cette sollicite l’aide des passants. Venus de Tartous où les combats sont intenses entre l’armée syrienne, les terroristes de l’Etat Islamique (EI) et les insurgés, ce couple et leurs enfants ont débarqué à Alger voilà près d’un an, selon le père. Ce dernier nous a raconté son périple depuis que la guerre a dévasté les villes syriennes. Cette famille est originaire d’Alep où les combats avec l’Etat Islamique font rage.

Les déboires de la famille Abdoussalem Hannah

Abdoussalem Hannah Mahmoud nous a raconté ses souffrances et comment lui et sa famille, ainsi que beaucoup d’autres, ont gagné Alger . « Nous sommes originaires de Tartous, une ville côtière à 160 km de Damas. Dans cette ville, les manifestations anti-Assad ont débuté en 2011, entre la fin du mois d’avril et le début du mois de mai.

Aujourd’hui, les combats font rage entre l’armée syrienne et les groupes armés de Nosra, de Daech et l’armée libre », relate le père, se lamentant sur la situation actuelle de sa famille, de son pays et de ses proches. L’homme ne sait plus à quel saint se vouer, il est responsable de cinq personnes et doit subvenir à leurs besoins.

Le Square Port-Saïd est devenu un espace de vie pour les Syriens qui ont sauvé leur peau en gagnant Alger par voie maritime, mais à quel prix ! « J’ai payé une somme faramineuse pour sauver mes enfants et ma femme. Je ne peux pas vous dire combien, mais des dizaines de milliers de livres que j’ai déboursés pour arriver en Algérie après une escale en Egypte et en Libye », ajoute ce père de famille.

Cette dramatique situation des Syriens, qui n’ont pas encore le statut de réfugiés, n’a suscité, jusqu’à présent, aucune réaction officielle de nos responsables. En attendant, ils vivent de la charité des Algériens. A Birkhadem, les réfugiés syriens ont envahi les mosquées ; à El Biar, ce sont les boutiques qui sont leur cible. Selon plusieurs témoins, ces réfugiés, dont la majorité sont des femmes, s’adressent aux propriétaires de magasins afin de leur venir en aide.

« Des femmes munies de plusieurs papiers et de passeports bleus (Syriens) entrent et demandent aux clients et au propriétaire de leur donner de l’argent », nous a raconté un résident d’El Biar.

Un nouveau visage de la mendicité ébranle Alger

A bord des trains, dans les rues, sur les places publiques de la capitale, de plus en plus de réfugiés syriens déferlent pour collecter de l’argent auprès des passants. Pis, des enfants, accompagnés de leurs parents, s’essayent à la mendicité. Généralement âgés entre 4 et 12 ans, ils envahissent les trains de banlieue en quête d’argent. Une nouvelle mendicité est en train de s’installer à Alger.

Ils ont envahi, par centaines, les rues d’Alger et de Blida, à l’instar d’autres villes du pays, allant jusqu’à prendre d’assaut les trains de la SNTF. Dans les gares et à même les wagons, des familles entières mendient, devant des usagers quelque peu dans la gêne. Des enfants, par dizaines, sillonnent les rues de la capitale et les places publiques pour solliciter des Algérois qui de l’argent, qui de la nourriture.

Houssam, un enfant syrien de 6 ans, accompagné de ses trois petits frères, a fait le tour des gares pour collecter de l’argent. Venus de la ville de Homs comme beaucoup d’autres de ses concitoyens, lui et ses petits frères ont, depuis leur arrivée en Algérie, mendié pour subvenir à leurs besoins élémentaires, selon les propos de leur mère. Ils ont dressé une tente en plein centre-ville de Boufarik, aux côtés de dizaines d’autres abritant des familles maliennes installées sur les lieux depuis des mois.

C’est à partir de ces habitations de fortune que les Syriens, de tous âges, se précipitent vers la gare ferroviaire de Boufarik, devenue le nouveau lieu de mendicité. Femmes et enfants, hommes et vieillards montent dans les trains pour supplier les passagers de leur donner un peu d’argent.

Les mosquées et les gares ferroviaires prises d’assaut

La plupart des réfugiés syriens qui mendient sont des femmes. Ces dernières, très jeunes, s’adressent aux propriétaires de magasins afin de leur venir en aide, mais investissent également les entrées des mosquées pour quémander de l’argent auprès des fidèles. « Des femmes accompagnées de leurs enfants, munies de divers papiers et de passeports bleus (syriens), entrent dans les magasins et appellent à l’aide clients et propriétaires », nous a confié une femme originaire de Scala, sur les hauteurs d’Alger.

Rassemblés devant les entrées des mosquées de la commune de Birkhadem, les réfugiés syriens, en majorité des hommes, sollicitent, juste après la fin de la prière du vendredi, les fidèles afin de les aider financièrement. Brandissant des passeports bleus pour attester de leur origine, ils demandent aux fidèles de les aider à se nourrir, clamant qu’il ne leur reste pratiquement plus rien.

Selon une version colportée, la plupart des réfugiés syriens actuellement en Algérie sont des gitans « hadjer ». Une communauté qui connaît des mouvements migratoires à longueur d’année, ce qui explique, peut-être, le nombre aussi important de ces Syriens qui est venu se réfugier jusque dans l’Algérie lointaine, pays du « 1 million et demi de martyrs », comme ils se plaisent à la qualifier. Une communauté de grands voyageurs connue et reconnue.

Quant à la solidarité des Algériens envers les réfugiés, elle se passe de tout commentaire. La quasi-totalité répond favorablement et très généreusement à leurs doléances. Certains donnent de l’argent, d’autres les invitent carrément à partager leur table.

Les réfugiés syriens et les faux passeports turcs

Des ressortissants syriens sont entrés en Algérie avec de faux passeports fabriqués en Turquie. C’est ce que les services de sécurité ont découvert en décembre 2014. La découverte de ce grand trafic a eu lieu à l’aéroport Houari-Boumediene d’Alger.

C’est là que tout a commencé. Les services de sécurité ont appris l’existence d’un important réseau transnational de trafic de passeports établis à Istanbul en Turquie. Ce trafic vient d’être découvert par les gendarmes suite à l’arrestation de plusieurs réfugiés syriens qui tentaient de gagner la Tunisie via les frontières du pays avec de faux documents de voyage.

L’audition de ces ressortissants syriens a permis aux gendarmes en charge de cette affaire de comprendre le fonctionnement de ce réseau. Selon les investigations menées par les enquêteurs de Bir El Ater (Tébessa), ces ressortissants syriens sont parvenus à entrer en Algérie via les aéroports, notamment celui d’Alger, avec de faux passeports fabriqués dans la capitale turque, Istanbul.

D’après les révélations recueillies, ces Syriens ont acheté ces faux passeports auprès de trafiquants turcs spécialisés dans ce genre de malversation au prix de 700 dollars l’unité. C’est grâce à cette technique que les Syriens mis en cause sont parvenus à gagner l’Algérie via des vols Istanbul-Alger et Istanbul-Oran.

Les services de sécurité algériens ont mis la main, suite à l’enquête, sur deux Syriens en possession de deux passeports (portant la date de 5 juillet 2014) et qui, à leur tour, ont dévoilé le grand trafic. Aucun cachet de la PAF (police de l’air et des frontières) n’est porté sur les passeports trouvés sur les deux réfugiés, faut-il le souligner. L’enquête a démontré qu’il s’agissait de faux passeports.

L’arrestation des deux personnes a eu lieu, faut-il le signaler, dans la nuit du 25 décembre 2014, dans la localité d’El Thelijane sur la RN 01. A noter que les gendarmes motorisés ont été précédemment informés sur leur passage à bord d’un bus assurant la ligne Alger-Bir El Ater.

Le contrôle des documents de voyage par les gendarmes a éveillé les soupçons, d’autant plus qu’ils ne contenaient pas le visa d’entrée sur territoire national. Emmenés à la brigade territoriale d’El Thlijane, l’un d’eux a déclaré aux gendarmes que son nom est Kh. D, alors qu’en réalité il s’appelle M. T.

« Nous avons contacté la compagnie nationale Air Algérie pour connaître l’identité des deux Syriens, cela nous a permis de savoir leurs vrais noms et prénoms. Lors de l’interrogatoire, les deux Syriens ont avoué qu’ils ont acheté leurs passeports à Istanbul auprès d’un réseau transnational spécialisé dans la fabrication de faux documents en contrepartie d’une somme de 700 dollars pour une seule pièce ». C’est ce qu’a révélé une source sécuritaire.

De son côté, le nommé M. T a avoué, également, que son vrai passeport se trouve chez son frère qui possède un restaurant dans la commune de Bab Ezzouar, à Alger. Ce n’est pas tout, les personnes appréhendées ont déclaré aux enquêteurs qu’ils avaient l’intention de gagner la Tunisie par voie terrestre avant de rallier l’île de Lampedusa en Italie. Agés de 21 et 24 ans, les mis en cause répondent aux initiales M. T et S. A. Le premier réside à Istanbul et le second est natif de Damas.

Ils ont été placés sous mandat de dépôt jusqu’à la fin de l’enquête. Suite à cette affaire, les gendarmes sont sur le qui-vive au niveau des frontières, tandis qu’une alerte a été donnée aux responsables des aéroports du pays, du moment que les réfugiés syriens continuent de débarquer en Algérie, fort probablement avec de faux passeports.

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