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Culture

La culture, «un dur héritage» pour la ville des Ponts

La culture, «un dur héritage»  pour la ville des Ponts

L’événement « Constantine, capitale 2015 de la culture arabe » se termine, laissant les habitants d’une ville exposée à la critique sur leur faim. Si la Cité antique, du fait de son héritage millénaire, est restée égale à elle-même et a même réussi, par la splendeur de son relief, à séduire ses invités, rares ont été les manifestations culturelles à avoir suscité l’engouement populaire.

Le choix des sites pour la tenue des manifestations, souvent inaccessibles pour le simple citoyen, n’a pas arrangé les choses. D’ailleurs, quelques événements culturels ont eu lieu presque à huis clos, faute de public. C’est en tout cas l’image que l’on garde des journées culturelles arabes et algériennes.

Organisées dans le hall de la salle Ahmed-Bey (Zénith), situé sur les hauteurs de la ville des Ponts, très loin du centre-ville, ces journées n’ont pas pu drainer la foule, poussant certains invités de Constantine, dont ceux de pays arabes, à se plaindre du manque d’intérêt des habitants de la cité du Rocher pour leur culture.

Une salle Zénith, le premier hôtel cinq étoiles et une dizaine de structures réhabilitées

D’aucuns s’accordent à qualifier l’événement hérité par la ville des Ponts d’occasion inespérée pour donner un autre souffle à une cité à l’abandon.

Le Zénith, salle baptisée au nom d’Ahmed-Bey et conçu pour accueillir 3 000 personnes ; l’hôtel de la chaîne hôtelière internationale Mariott, premier du genre à être érigé dans une ville qui a longtemps souffert du manque d’infrastructures hôtelières ; le Panoramic et Cirta, deux hôtels mythiques réhabilités en sus de la rénovation d’une kyrielle de structures culturelles, à l’image du TRC, de la maison de la Culture Mohamed Laid-Al Khalifa, rebaptisée palais de la Culture, ou encore de la maison de la Culture Malek-Haddad, constituent en effet des acquis pour la ville, bien que d’aucuns s’accordent à dire qu’une fois passé l’événement, ces salles risquent de passer au stade de coquilles vides. 

Par ailleurs, des dizaines d’autres structures restent inachevées. Certaines ont même carrément été abandonnées, à l’exemple de la salle d’exposition prévue sur les hauteurs de la ville ou encore du musée d’art, dont l’emplacement en plein centre-ville a fait l’objet de découvertes archéologiques dont l’exploration est toujours au point mort.

La communication, parent pauvre de la manifestation

S’il y a eu un ratage flagrant durant l’événement, il est surtout à imputer au département de la communication. Depuis le début de la manifestation, nombre de scandales ont ébranlé ce service névralgique.

Le départ, au tout début de la manifestation, de la première chargée de la communication, Mme Fouzia Souici, a fait tache d’huile. Souici, en voulant alerter l’opinion publique sur de prétendues magouilles financières qui profitaient à des personnes « recommandées » d’Alger, s’est vu accusée de vouloir faire main basse sur le département en s’entourant de sa propre famille.

Son successeur, Aït Hamadouche, après avoir fait les frais d’une gestion du commissaire de la manifestation qualifiée alors d’approximative, a jeté à son tour l’éponge, avant que le service ne soit cédé à des personnes ayant gardé l’incognito et ayant excellé dans l’art de communiquer par le silence.

En effet, hormis les communiqués de l’ONCI, dont les chargés de la communication semblaient en tout cas bien au fait de leur mission, les journalistes, appelés par les chargés de l’information du commissariat à couvrir certains événements, étaient plutôt triés sur le volet.

Al-Madina pour remplacer Maqam

Prévue pour accompagner l’événement durant toute l’année, la revue Maqam, publiée au début de la manifestation, a été suspendue au cinquième numéro. Au mois de novembre 2015, la quinzaine de rédacteurs et autres maquettistes et photographes du magazine ont été priés de plier bagage et de quitter le CIP (le Centre international de presse).

32 millions de dinars avaient été alloués pour le magazine. Sur décision de Benchikh El-Hocine, la publication a été suspendue jusqu’à nouvel ordre ; un ordre qui ne viendra d’ailleurs jamais. Une gazette a alors été publiée par le commissariat à la place, intitulée Al-Madina.

Trois ministres de la Culture pour un événement

L’événement a vu le passage de trois ministres de la Culture. Préparée par Khalida Toumi, laquelle a tout fait pour l’imprégner de l’identité amazighe, la manifestation a finalement été entamée sans celle qui a eu pour tâche de suivre des projets lancés souvent à la hâte afin de permettre à la ville d’être au rendez-vous sans vraiment réussir son pari.

Sa successeur, Nadia Labidi, cinéaste, a vainement tenté de faire sortir la ville des Ponts de sa léthargie cinématographique ; néanmoins, aucune des salles de cinéma n’a été réhabilitée.

Son ambition personnelle, curieusement exploitée par la présidente du Parti des travailleurs, a eu raison d’elle environ une année après son intronisation à la tête du ministère. Elle a juste eu le temps de savourer le lancement de la manifestation en avril 2015. Le remaniement ministériel de mai 2015 l’a obligée à céder son poste à Azeddine Mihoubi.

Plus rodé à la méthode de gouvernance pour avoir déjà occupé le poste de ministre de la Communication, ce dernier a fait des apparitions plus fréquentes avec des propos souvent flatteurs et une action plus prudente. Mihoubi, quant à lui, a eu la charge d’honorer la clôture officielle de la manifestation.

Des spectacles inoubliables

Plusieurs haltes ont tout de même marqué la manifestation, à l’image du spectacle inaugural. L’épopée de Constantine reste l’un des moments forts de la manifestation. Merveilleusement exécutée par une pléiade d’artistes appelés des quatre coins du pays, l’œuvre, réalisée par Ali Aïssaoui, a, depuis, marqué les esprits. Idem pour la soirée commémorative de la mort de Warda, qui a vu le passage de grands artistes arabes, à l’instar de Saber Ribaï, Wael Djessar et Diana Karasone. 

Par ailleurs, quelques festivals tenus à l’occasion de l’événement ont fait rayonner la ville des Ponts, à l’exemple de celui du film arabe primé ou encore de celui dédié à la musique classique. On tente d’ailleurs, ici et là, de faire de ces rendez-vous des événements annuels pour la ville.

Malek Haddad, Malek Bennabi … Ahlem Mostaghanemi, les grands absents

Une quinzaine de colloques ont été organisés par le département colloques et congrès, et d’aucuns s’interrogent sur le fait que plusieurs enfants de la ville, dont le rayonnement au-delà des frontières ne fait guère de doute, puissent être ainsi ignorés.

C’est le cas du défunt Malek Haddad, dont l’œuvre littéraire en fait l’un des romanciers post-indépendance les plus influents, ou encore de feu Malek Bennabi, un penseur dont les travaux suscitent encore de l’intérêt de par le monde.

Pareillement pour Ahlem Mostaghanemi, dont l’aura à travers les pays arabes en fait l’une des écrivaines contemporaines les plus lues. Celle-ci espérait juste que l’on daigne la convier à prendre part à l’événement.

Les artistes de Constantine crient à la hogra

Ayant opté pour le boycott, plusieurs artistes de la ville des Ponts se sont dits marginalisés. Bien qu’avant la manifestation une série de rencontres aient été concoctées par les responsables du ministère de la Culture, dont certains ont élu domicile à la ville des Ponts – des rencontres qui ont abouti sur un programme à exécuter durant toute la période de la manifestation-, le commissariat a abandonné la piste locale pour non-respect par certains troupes et artistes de leurs engagements.

La statue de Ben Badis « indésirable »

Si la date du 16 avril, retenue pour le début de la manifestation, a pour but de mettre en avant le père du réformisme algérien Ben Badis, il y a une chose qui n’a pas laissé indifférents les habitants de la ville. Une statue grossièrement sculptée représentant le cheikh, érigée au centre-ville, a fait scandale.

Elle sera, moins d’une semaine après, enlevée. Offrande d’un entrepreneur ayant été chargé de « relooker » le centre-ville, la sculpture, taillée par soi-disant des artistes espagnols, a été conduite vers une destination inconnue.

Promesse a été faite alors aux artisans de la ville des Ponts qu’une récompense sera accordée à celui qui proposera une plus belle œuvre. Mais depuis, rien. Ben Badis a fait aussi parler de lui à quatre jours de la clôture de l’événement.

En effet, Hamid Grine, ministre de la Communication, a donné le coup d’envoi d’un feuilleton sur la vie et le combat du cheikh. Ce travail cinématographique sera mis en scène par Amar Mohcen, sur un texte de Zhor Ounissi et un scénario signé Rabah Drif.

Le sixième art, seul département à avoir tiré son épingle du jeu

Le Théâtre régional de Constantine, joyau architectural, a été l’une des rares attractions du centre-ville. L’animation non-stop qui a vu défiler des dizaines de troupes théâtrales venues des quatre coins du pays est à mettre à l’actif des chargés du département.

La quasi-totalité des travaux prévus au cours de la manifestation ont été réalisés et ont plutôt été agréablement les pièces accueillies par le public, dont Salah Bey relatant le vécu du beylek de Constantine durant le règne du bey Salah, ou encore la pièce tirée de l’immortelle chanson constantinoise El-Boughi.

Le satisfecit des responsables

Contrairement à Bentorki, qui a cru bon de dire que « les responsables » constantinois n’ont pas été à la hauteur de l’événement, Azeddine Mihoubi et Hamid Grine n’ont pas manqué de gratifier le travail fait durant toute la manifestation. Pour Mihoubi, l’année a été une réussite et a permis à la ville de reprendre le flambeau culturel.

Hamid Grine, pour sa part, a promis que les données relatives à la médiatisation de l’événement seront présentées aux organes de presse le 27 avril, à Constantine, par les responsables de l’Entreprise publique de la télévision (Eptv), de la Radio algérienne et d’Algérie presse service (APS).

Le ministre a affirmé, lors d’un point de presse animé au cours de l’annonce du lancement de la réalisation du feuilleton sur Ben Badis, que l’événement culturel « Constantine, capitale 2015 de la culture arabe », étalé sur une année, a été « riche et dense de par ses programmes » et a constitué une « opportunité pour la ville des Ponts de renforcer ses acquisitions culturelles ».

Bentorki fait le buzz

Le directeur de l’ONCI était déjà mal parti au début de la manifestation à la suite d’un malentendu avec le commissaire Benchikh El-Hocine concernant les prérogatives de chacun. Un clash dont fera d’ailleurs les frais toute la manifestation.

On pouvait en effet se rendre compte que chacun tirait la corde autant que faire se peut vers lui, et ce bien que les deux hommes aient tout fait, pour démentir ce qui se disait en organisant des conférences de presse communes.

Seulement, Bentorki n’a pas manqué, avant la clôture, de déraper. Le directeur de l’ONCI a estimé, dans une déclaration faite à un journal arabophone, que les habitants de la ville des Ponts avaient pris la manifestation « Constantine, capitale 2015 de la culture arabe » sous le signe de la « zerda », avant de rectifier le tir, deux jours plus tard, en tentant d’expliquer qu’il parlait des responsables.

Des centaines, voire des milliers de messages, ont été envoyés via les réseaux sociaux pour riposter. Bentorki est alors accusé d’être parmi les premiers à l’origine du gaspillage de plusieurs milliards de dinars au nom de la manifestation.

570 milliards de centimes dépensés

Le commissaire de la manifestation, Samy Benchikh El-Hocine, veut reverser un milliard de dinars au Trésor, a-t-il laissé entendre. Sur les 7 milliards de dinars (700 milliards de centimes) alloués par les autorités aux activités culturelles prévues au cours de la manifestation, 5,7 milliards ont été dépensés.

Benchikh, cachant mal son satisfecit, n’a pas manqué de préciser qu’il reversera le milliard qui reste au Trésor « pour, dit-il, en finir avec ce qui ce dit concernant les dépenses faites durant cette manifestation ». Se lavant les mains s’agissant du volet infrastructurel, lequel, selon lui, est du ressort des autorités de wilaya, Benchikh limite sa gestion au volet culturel.

Hormis le département théâtre et, à un degré moindre, celui des colloques et congrès qui ont été actifs, la majorité des manifestations culturelles, des semaines culturelles et des concerts ont été gérés par l’Office national de la culture et de l’information.

Une clôture sur fond de polémique

Une semaine de concerts a été prévue en guise de clôture de la manifestation « Constantine, capitale 2015 de la culture arabe », laquelle été marquée par des concerts d’artistes au cachet bien exigeant.

Les concerts de Madjda El-Roumi, Walid Tawfik et Diana

Karazone, grandiose au demeurant, n’ont pas manqué de faire le plein. Seulement, les langues se délient pour pointer du doigt des dépenses « farfelues », à un moment où il est demandé au citoyen de faire preuve de modération. Toutefois, beaucoup rappelle le soutien de Majda El-Roumi à l’Algérie en étant la seule à répondre présente durant les années de terrorisme, alors que la majorité des artistes boycottaient le pays.

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