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Nationale

Khedidja Krimi, spécialiste d’histoire contemporaine, au JI : «Le 1er Novembre a eu lieu dans un climat favorable»

Khedidja Krimi, spécialiste d’histoire contemporaine, au JI :  «Le 1er Novembre a eu lieu dans un climat favorable»

Dans la nuit du 1er novembre 1954, le Front de libération nationale (FLN) lançait ses premières attaques, donnant le coup d’envoi de la guerre pour l’indépendance de l’Algérie. Les autorités coloniales françaises, malgré les alertes reçues depuis des mois, ont minimisé ces événements, les qualifiant de simples « actes terroristes », révélant ainsi l’aveuglement du système colonial face à l’ampleur du mouvement national.

Pour Khedidja Krimi, maître de conférences à l’Université d’Alger 2 et spécialiste d’histoire moderne et contemporaine, cette date reste gravée dans la mémoire collective comme le point de départ d’une lutte décisive pour la souveraineté nationale, façonnée par les premières réactions françaises, les tensions politiques internes et le contexte international.

 

Le Jeune Indépendant : Comment les autorités coloniales françaises ont-elles réagi face aux premières attaques du 1er novembre 1954 ?

Khedidja Krimi : Les services de renseignement à l’époque coloniale incluaient principalement le 2ᵉ bureau et le service de liaison nord-africain (SLNA). Ces services avaient pour mission de surveiller la population algérienne dite musulmane, ses déplacements, ses contacts, d’analyser les mouvements religieux et politiques de ses élites, et d’établir des rapports réguliers. Le système de renseignement colonial ne se limitait pas à recueillir des informations sur les déplacements des Algériens à l’intérieur du pays, mais allait au-delà puisque, selon le droit colonial, les Algériens, où qu’ils s’installent, restaient des sujets soumis à la France.

Cela explique l’importance du témoignage de Jean Vaujour, directeur de la sûreté générale à Alger de juin 1953 à juillet 1955. Dans son livre De la révolte à la révolution (Albin Michel, 1985), Jean Vaujour souligne l’inaction du Gouvernement général en Algérie, lequel ne donnait pas suite à ses rapports. Ces derniers étaient rédigés à partir des informations transmises par ses émissaires au Caire, en Tunisie et au Maroc, et ne manquaient pas d’alerter les autorités coloniales sur le fait que l’Algérie risquait de connaître des troubles imminents.

Les premières réactions des autorités coloniales face aux actions menées le 1er novembre 1954 par le Front de libération nationale et l’Armée nationale (FLN/ALN) confirment, jusqu’à preuve du contraire, le témoignage de Vaujour. Un document de renseignement de trois pages, daté du 11 novembre 1954 et rédigé à Constantine, soit onze jours après le déclenchement de la guerre de libération, contient des informations sur certains dirigeants historiques de la Révolution et leurs activités au sein du mouvement national, notamment au sein du PPA/MTLD et de l’Organisation spéciale (OS). Parmi les noms cités figurent Zighoud Youcef, Saïd Boudjeroudi, Krim Belkacem et d’autres encore.

Dans un autre document, rédigé à Annaba et daté du 25 novembre 1954, le rédacteur confirme la volonté du Rotary Club de financer des milices antiterroristes à Annaba. Les rapports des agents de sécurité décrivant la situation générale sur la majeure partie du territoire s’accordent presque unanimement pour qualifier les événements de novembre 1954 de simples opérations terroristes menées par des groupes de malfaiteurs.

Cela permet de conclure que la discrétion et la confidentialité adoptées par les militants déclencheurs du 1er novembre 1954 étaient indispensables. L’administration coloniale, militaire et civile, ne prit pleinement conscience que le peuple algérien venait de déclencher une guerre sans merci pour recouvrer sa souveraineté nationale qu’après avoir intercepté quelques militants en possession de documents compromettants.

 

Les mouvements politiques de l’époque étaient-ils unanimes quant au contenu et aux objectifs du texte du 1er novembre 1954 ?

En ce qui concerne le mouvement national en Algérie, il est important de souligner que le Congrès musulman, qui s’est tenu à l’été 1936, a eu un impact positif sur le mouvement national dans son ensemble. La participation de Messali El-Hadj, le 2 août de la même année, a permis de tracer clairement la ligne de conduite révolutionnaire à suivre, malgré les querelles internes au sein du parti révolutionnaire et la pression extérieure représentée par l’impérialisme.

Cette orientation se retrouve dans la Proclamation du 1er novembre 1954 : « Plaçant l’intérêt national au-dessus de toutes les considérations mesquines et erronées de personnes et de prestiges, conformément aux principes révolutionnaires, notre action est dirigée uniquement contre le colonialisme, seul… ». Cela montre que le FLN avait ouvert ses rangs à toutes les tendances politiques, invitant chacun à se fondre parmi ses militants, les moudjahidine, pour servir la cause nationale.

 

Quels événements, tant internes qu’internationaux, ont poussé les militants du PPA-MTLD, connus sous le nom des « 22 », à déclencher la Révolution ?

On ne peut pas attribuer le déclenchement de la guerre de libération à un événement précis, si ce n’est la présence coloniale elle-même. Le 1er novembre 1954 marque véritablement le début de la fin de la résistance du peuple algérien contre le colonialisme instauré depuis 1830. Les massacres perpétrés contre des civils à Sétif, Guelma et Kherrata, le même jour que la célébration de la chute, ne furent qu’un maillon parmi tant d’autres de la résistance algérienne. Les rédacteurs du texte adressé au peuple l’ont clairement indiqué : « … En outre, pense un peu à ta situation humiliante de colonisé, réduit sur son propre sol à la condition honteuse de serviteur et de misérable surexploité par une poignée de privilégiés… ».

Cependant, le déclenchement s’est produit dans un climat international favorable, comme le souligne la Proclamation du 1er novembre 1954 : « … sur le plan externe, le climat de détente est favorable pour le règlement des problèmes mineurs, dont le nôtre, avec surtout l’appui diplomatique de nos frères arabes et musulmans… ».

 

Quels événements ont poussé les Algériens à prendre les armes ? Est-ce la défaite de la France à Diên Biên Phu, les massacres du 8 mai 1945, ou bien les résultats frauduleux des élections de 1947 ?

Les massacres du 8 mai 1945, auxquels toutes les forces coloniales avaient participé pour réprimer des manifestants sortis célébrer la fin des hostilités, ont laissé les populations prises au piège. Ce comportement génocidaire s’est ajouté à la longue liste des exactions commises contre le peuple algérien. Pour toute administration, les urnes représentent la voie universelle la plus sûre de la démocratie. Or, appliquer ce principe en Algérie, avec un parti politique représentant une masse populaire hostile à la colonisation, comportait de grands risques de renversement de situation. Cela explique la fraude électorale de 1947, orchestrée par Naegelen.

Quant à la bataille de Diên Biên Phu, dernier bastion de la résistance vietnamienne, elle infligea à la France un échec cuisant, la poussant à retirer ses derniers soldats du sol vietnamien. Malgré les nombreux points communs entre les sociétés vietnamienne et algérienne (colonisation, politique de l’administration, militantisme des élites), l’impact de cette bataille sur l’Algérie se limita principalement au retour de plusieurs centaines d’Algériens incorporés comme supplétifs dans l’armée coloniale. Ce phénomène a toutefois contribué indirectement à renforcer les rangs de l’Armée de libération nationale.



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