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Nationale

Khalifa : «une affaire montée de toutes pièces» 

Khalifa : «une affaire montée de toutes pièces» 

La journée d’hier restera sans aucun doute gravée dans la mémoire de tous ceux qui l’ont vécue dans la salle 1 du tribunal criminel
de Blida. Eh bien oui ! Elle restera gravée dans la mémoire des avocats, des journalistes, des accusés mais aussi des parents et proches de Me Rahal Omar, notaire poursuivi dans le cadre de l’affaire Khalifa Bank pour faux et usage de faux et contre lequel le procureur général avait, rappelons-le, requis vingt ans de prison ferme.

Présenté au président en charge du dossier sur un fauteuil roulant, pour dire son dernier mot, l’accusé le plus âgé, visage blême, adossé à la chaise et affaibli par la maladie a trouvé beaucoup de difficultés pour s’exprimer. Il a déclaré au président : « Je suis innocent des faits qui me sont reprochés. Je n’ai rien à voir dans cette affaire. Je sollicite un acquittement. S’il vous plait laissez-moi rentrer à la maison ! Je veux recouvrer ma liberté monsieur le président ! ».

L’émotion se lisait sur tous les visages, notamment des proches des mis en cause qui saluaient et souhaitaient du hall du palais de justice bon courage aux accusés qui jetaient pour leur part, des regards hagards et même des journalistes.

Tous les accusés qui se sont succédé à la barre pour dire leur dernier mot ont clamé haut et fort : « Nous n’avons rien à voir dans cette affaire. Les accusations portées à notre encontre, notamment au cours de l’instruction judiciaire, sont nulles et non avenues ; c’est pourquoi nous sollicitons purement et simplement des acquittements ».

AbdelmoumeneRafik Khalifa a, dans son intervention, a déclaré au président : « L’affaire est montée de toutes pièces sur la base de simples déclarations. Je souhaite que le tribunal soit juste et m’accorde l’acquittement car effectivement, je n’ai rien à voir dans cette affaire. On veut me coller une étiquette dont je ne suis pas porteur ! ».

Le procès, qui a occupé l’opinion publique pendant trente-cinq jours, a pris fin hier. Un procès qui s’est déroulé dans de très bonnes conditions du fait que les responsables de la cour de juridiction située en plein cœur de Blida ont mis tous les moyens humains et matériels pour réussir l’événement, notamment sur le plan organisationnel.

Une organisation qui a permis aux représentants de la presse grâce à la collaboration du procureur général adjoint Zaim Abdelaziz qui se chargeait de superviser tout qui se passait, que ce soit dans la salle d’audience ou dans son entourage.

La matinée d’hier a été consacrée aux plaidoiries des avocats de la défense des derniers accusés poursuivis dans le cadre de l’affaire dite « affaire Khalifa Bank et la caisse principale ». Plaidant tout au long de la matinée devant les membres du tribunal criminel de Blida présidé par Antar Menouar, en faveur de son client AbdelmoumeneRafik Khalifa, l’avocat de la défense, Me Lazer, contrairement à ses déclarations aux différents représentants de la presse qu’il allait dire beaucoup de choses, s’est contenté au cours de sa plaidoirie de se baser sur des questions purement techniques dans un seul objectif : détruire tous les chefs d’inculpation retenus à l’encontre de son client par le juge d’instruction et confirmés par la chambre d’accusation de la cour de Blida.

« Les vrais coupables en liberté »

Me Lazer a affirmé que « les trous financiers ayant entraîné la faillite puis la dissolution de Khalifa Bank n’ont pas été provoqués par son ex-propriétaire Abdelmoumene Rafik Khalifa, mais par d’autres parties qui n’ont jamais été inquiétées ».

L’avocat a pointé un doigt accusateur sur : « les cadres et fonctionnaires qui ont occupé des postes de responsabilité dans la liquidation de Khalifa Bank entre autres le liquidateur du groupe Khalifa, Moncef Badsi. Me Lazhar a affirmé qu’il s’agit d’un dossier « pénal imaginaire et démesurément exagéré », ajoutant que la dissolution de la banque « aurait pu être évitée » car non dictée par une cessation de payement mais par une décision « corrective ».

« Nous ne sommes pas face à une banqueroute simple mais à une mise en faillite de la banque par d’autres parties que Abdelmoumène Khelifa qui a toujours respecté sa solvabilité. Khalifa Bank n’a jamais atteint un niveau de liquidation et plusieurs témoins ont affirmé avoir perçu des intérêts considérables », a-t-il souligné dans sa plaidoirie s’agissant du chef d’accusation de « banqueroute frauduleuse « .

Tout en ajoutant que les clients qui se présentaient à la défunte banque lorsqu’elle était en activité percevaient leurs placements de « manière ordinaire », l’avocat a déploré que le parquet n’ait pas présenté les « preuves matérielles » corroborant ses accusations.

L’intervenant a, en outre, réfuté que son client ait usé de prête-noms s’agissant de l’activité de sa banque et mis en avant les investissements colossaux consentis « dans le cadre de la loi » par l’ex-milliardaire pour des projets dont l’utilité a profité à d’autres parties.

Khalifa Bank était « solvable »

Rappelant le témoignage de l’ex-administrateur de cette banque et anciennement ministre des Finances, Mohamed Djellab, dans lequel il soutenait que ladite banque « n’avait pas atteint la cessation de payement », Me Lazhar a précisé que son client avait pris des dispositions pour éviter cette situation, dont la suspension des petits placements.

Il a, en outre, noté que le retrait de l’agrément du commerce extérieur à la défunte banque puis la campagne médiatique qui s’en est suivie autour d’une prochaine dissolution, ont « achevé » à l’époque cette institution privée, dès lors que les placements avaient cessé et que ceux qui y avaient été effectués ont été retirés par leurs propriétaires, conséquence de ces donnes.

Plaidant, en outre, au sujet des chefs d’accusation d’ »escroquerie et d’abus de confiance » ainsi que de « corruption », l’avocat a estimé que les réductions proposées par l’ex-Khalifa Airways étaient une « pratique dictée par les lois de la concurrence » et que celle-ci évoluait dans un « environnement concurrentiel difficile », en raison du monopole exercé par Air-Algérie.

Mettant, par ailleurs, en avant les investissements de l’ex-propriétaire de Khalifa Airways pour la formation du personnel naviguant de la compagnie, Me Lazhar a relevé que c’est Air-Algérie qui a récupéré ces ressources humaines qualifiées et estimé, par conséquent, qu’il appartient au liquidateur du groupe défunt, Moncef Badsi, de récupérer auprès de cette dernière les sommes investies pour cette formation.

Quant aux recrutements effectués au sein de l’ex-Khalifa Airways, l’avocat a infirmé l’existence « forcément de liens » entre ces derniers et des placements de fonds auprès de la banque dissoute.
Me Lazhar est allé dans le même sens s’agissant de l’octroi des crédits par cette dernière à des clients pour y avoir effectué des dépôts, soutenant que la pratique est « raisonnable » et que ce qui ne le serait pas c’est de le faire « sans garanties ».

Reconnaissant l’éventualité que cela ait pu avoir lieu, il a précisé néanmoins que la proportion était « infime » tout en notant devant le président du tribunal qu’aucune loi « n’interdisait » ce type de procédures.

« Mon client avait une vision futuriste et Khalifa Bank était une entreprise citoyenne », avait-il relevé auparavant, déplorant que le parquet général ait construit ses accusations lors de son réquisitoire sur des « probabilités et présomptions », avant de requérir, au terme de sa plaidoirie, « l’humanisme » et le sens de la « justice » du tribunal lors des délibérations en prévision du verdict.

Le notaire M° Omar Rahal, qui n’a pu assister tout au long du procès car se trouvant hospitalisé au CHU de Blida en raison de la fragilité de sa santé s’est présenté sur un fauteuil roulant et a permis à son avocat de le défendre.

Ce dernier a, dans sa plaidoirie, soutenu que son client est innocent dans cette affaire et il se trouve non concerné par les chefs d’inculpation d’association de malfaiteurs, d’abus de confiance et de corruption qui lui sont reprochés au cours de l’instruction judiciaire.

A cet effet, il a dit : « Mon client n’a pu se défendre car à son retour de France où il s’est rendu pour des soins, il a constaté que son bureau a été mis sens dessus-dessous, d’une part, et d’autre part il n’a ni voyagé en avion, ni bénéficié de carte thalassothérapie, ni encore d’avoir eu des membres de sa famille comme employés à Khalifa ».

Après cette plaidoirie et avant qu’il ne se retire dans la salle des délibérations attendues d’ailleurs pour le 23 juin en cours avec ses deux conseillers, Mme Messekem Zahia et M. Laid Boukhobza et les deux membres du jury, le président Antar Menouar a demandé l’avis des avocats constitués dans cette affaire quant à la lecture des questions auxquelles devra répondre le tribunal. Sur les 14 000 questions qui seront posées lors des délibérations, 924 sont liées aux délits d’escroqueries et aux abus de confiance.

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