Khaled Boukhelifa au JI: La transition énergétique est "complexe" – Le Jeune Indépendant
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Energies

Khaled Boukhelifa au JI: La transition énergétique est « complexe »

Khaled Boukhelifa au JI: La transition énergétique est « complexe »
L'expert Khalida Boukhelifa

La transition énergétique qui est au centre des politiques énergétiques des pays a constitué un des thèmes majeurs de la 10e édition du NAPEC qui se tient à Oran du 8 au 11 novembre.

Plusieurs pays du monde se dirigent vers une économie décarbonée et chaque pays se fixe des objectifs et un échéancier pour atteindre le zéro carbone. L’Algérie, fortement dépendante des énergies fossiles et qui doit surtout garantir sa sécurité énergétique, doit aussi tenir compte du  facteur climatique. Khaled Boukhelifa, ancien directeur général au ministère de l’Energie, membre du bureau de l’Association algérienne de l’industrie et du gaz (AIG), revient, dans cet entretien accordé au Jeune Indépendant, sur la place de l’Algérie dans ce virage énergétique et surtout sur la capacité de répondre aux exigences du marché, notamment en matière de réduction de carbone, sachant que plusieurs pays se sont fixé un échéancier pour atteindre la neutralité carbone.

Le Jeune Indépendant : Le NAPEC revient dans sa 10e édition. Une occasion pour débattre et échanger sur les questions de l’heure dans le secteur énergétique. Un grand intérêt est accordé aux nouvelles énergies. Compte tenu de la vitesse avec laquelle avance la transition énergétique dans le monde, l’Algérie est-elle capable, à court terme, de répondre aux exigences du marché, notamment en matière de réduction de carbone ?

Khaled Boukhelifa : La transition énergétique, ça se passe à travers le monde. Compte tenu du nouveau contexte mondial dans le domaine de l’énergie, la majorité des pays veulent une économie décarbonée. Chaque pays s’est fixé des objectifs, à l’instar de l’Inde. Le pays a fait un plan d’action pour zéro émission de gaz carbonique en 2070, l’Union européenne pour 2050. Ils se sont fixé des échéances, et chaque pays a sa propre démarche, selon ses spécificités, pour atteindre l’objectif tracé. Cependant, la mise en œuvre qui semblait si simple s’avère compliquée.

La démarche a changé pour beaucoup de pays qui ont commencé la décarbonation, notamment avec la crise du gaz actuelle qui les ramène à la raison. Le gaz a encore une longue vie devant lui. Les compagnies pétrolières disent que la transition ne peut se faire sans elles et les énergies fossiles vont jouer encore un grand rôle à l’avenir. Leur démarche consiste à entreprendre des actions pour avoir un baril plus propre – capter le CO2, le stocker et le séquestrer – ou bien en recourant aux nouvelles technologies – capter et stocker ce carbone pour l’utiliser et produire du carburant à partir du CO2.

La question de la transition est donc complexe et spécifique à chaque pays. En Algérie, comme dans tous les pays du monde, on a affiché les axes de développement. Premièrement, nos réserves sont presque épuisées, il faut donc s’orienter vers d’autres ressources pour garantir la sécurité énergétique du pays. Il faut cependant prendre en compte la dimension environnementale. Nous avons un rôle à jouer, « un petit rôle » car nous ne sommes pas un grand pollueur.

Le pic oil arrive et si nous ne découvrons pas d’ici à 2030 de nouveaux gisements, nous aurons des difficultés. Il faut donc penser à autre chose. Nous pensons au nucléaire, nous pouvons faire deux centrales de 1 000 mégawatts sur 50 ans. Il y a aussi le programme des énergies renouvelables qui a été affiché mais très peu réalisé car les contours du programme n’ont pas été réfléchis. Nous sommes obligés d’aller vers un nouveau modèle de consommation énergétique, vers d’autres ressources. Nous avons des choses que nous pouvons mettre en œuvre.

Quels sont, selon vous, les segments qui permettraient à l’Algérie d’offrir des solutions moins polluantes ?

Ce que nous devons faire, ce sont des économies d’énergie en rationalisant la consommation. Il faut aussi produire mieux. Cela veut dire produire avec la même quantité de matière première un produit moins polluant et procéder aussi à la récupération du méthane. Le P-DG de Sonatrach, Toufik Hakkar, a parlé de la réduction des émissions de gaz à effet de serre à travers la réduction de torchage à moins de 1% à l’horizon 2030, sachant que beaucoup de gaz est rejeté dans l’atmosphère. Il y a aussi les énergies renouvelables mais nous n’avons pas la technologie et nous importons tout,  mais surtout n’avons pas de marché pour faire de grandes centrales d’énergies renouvelables.

Nous devons donc penser à réaliser de petites centrales photovoltaïques. Cependant, il faut surtout se fixer des objectifs réalisables et ne surtout pas oublier que l’Algérie a beaucoup investi dans les centrales à gaz. Pour les autres filières comme l’hydrogène, je pense qu’il est encore trop tôt pour en parler. Le chemin est encore long et puis, compte tenu des moyens et de la technologie, nous devrions nous concentrer sur ce que nous maîtrisons et essayer de diversifier nos ressources. Il faut ainsi rester en veille et suivre l’évolution dans le monde.

Beaucoup de pays sont passés au contrat «spot». Pourquoi l’Algérie reste toujours dans le long terme ?

Les gens qui tiennent ce langage ne connaissent pas le secteur.  Jusqu’aux années 2000, nous avons toujours travaillé avec des partenaires avec des contrats de 25 ans. Pour cela, beaucoup d’investissements sont réalisés : l’exploration, l’installation de surface, de pipelines… Si nous n’avons pas un contrat garanti dans le temps, nous ne pouvons pas faire ces investissements. Le client est là, donc nous faisons l’investissement. Sur cette base, nous avons développé le réseau de pipeline. Jusqu’aux années 2000, le problème ne s’est pas posé. Ensuite, l’UE a donné des directives pour faire un marché unique européen. Pour l’UE, les contrats à long terme sont anticoncurrentiels.

Mais quand ces contrats sont arrivés à terme, et après discussions, Sonatrach a pu avoir des contrats de 5 à 10 ans. Et c’était une prouesse. Quand il y a un contrat, nous pouvons programmer et faire des investissements, et avec le spot, il y a des risques. A l’avenir, il faut essayer d’équilibrer entre les deux démarches.

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