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Culture

Kaouther Adimi : La redécouverte d’une librairie

Kaouther Adimi : La redécouverte d’une librairie

Pour son troisième roman Nos richesses, l’auteure algérienne Kaouther Adimi a décroché, ce mardi 14 novembre à Loudun en France, le Prix Renaudot des lycéens.

Paru en Algérie aux éditions Barzakh et en France chez Le Seuil en août dernier, le roman Nos richesses sera choisi par des lycéens issus de 14 établissements des académies de Poitiers, Limoges et Nantes pour le Prix Renaudot, initié par l’association des Amis de Théophraste Renaudot de Loudun dans la Vienne en France.

Le jury s’est dit « séduit par un livre qui fait voyager dans le temps et l’espace et qui fait découvrir Alger ». L’auteure renvoie son lecteur au passé d’une librairie entre le 12 juin 1935 et le 19 octobre 1961, située dans le centre de la capitale (2 bis rue Cherif Hamani, ex-Charras) en ayant recours au journal intime d’Edmond Charlot son propriétaire, également éditeur. 

Quant à la fiction de l’ouvrage, elle se situe en particulier autour du personnage Ryad. Etudiant en architecture à Paris, ce dernier débarque à Alger en 2017 avec la mission de vider l’espace, se débarrasser des livres et du mobilier pour le réaménager en local de consommation alimentaire.

Ce ne sera pas aisé pour lui, il va se heurter au gardien du temple Abdallah qui va l’initier à la magie du lieu et à la solidarité des commerçants du quartier.

Peu à peu, le missionnaire se familiarise avec les mœurs des Algérois et le quotidien de la jeune génération dans la ville, il découvre, surtout, la valeur du livre et de la librairie.

En reconstituant le journal d’Edmond Charlot, l’écrivaine restitue avec minutie son activité d’éditeur, sur fond de censure, de rareté du papier et du monopole des grandes maisons d’édition poussant à la faillite des petites d’entre elles.

Un éditeur qui a également mis à disposition une bibliothèque de prêt et ouvert sa librairie Vraies Richesses aux rencontres littéraires, animées notamment par les auteurs Mouloud Feraoun et le poète et homme de théâtre Himoud Brahimi. Aussi, Edmond Charlot (1915-2004) est-il le premier éditeur d’Albert Camus, de Jules Roy, d’Albert Cossery et d’Emmanuel Roblès qui sont passés dans cette librairie. Sur sa vitrine, il a inscrit une devise qui résume toute la philosophie de l’ouvrage : « Un homme qui lit en vaut deux ».

Voilà un hommage à un homme qui sera témoin de faits marquants, relatant dans son journal plusieurs événements majeurs de l’histoire d’Algérie, notamment les massacres du 8 mai 1945, le déclenchement de la guerre de libération nationale, les attentats de l’Organisation de l’armée secrète (OAS) – qui a plastiqué à deux reprises l’une de ses librairies – ou encore son séjour en prison à cause de ses liens avec Albert Camus.

Tout au long de cette alternance entre le séjour de l’étudiant et le souvenir ravivé de l’éditeur-libraire, l’auteure rend également hommage à la littérature algérienne, confrontée cependant à une dure réalité, mais pas que.

En réinventant le journal d’Edmond Charlot, l’écrivaine a voulu extirper cet espace de l’oubli tout en faisant un trait d’union entre les époques et évoquer la question du patrimoine culturel.

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