Juba II revisité par la fiction : Fadila Melhag redonne voix aux oubliés de la Numidie
La romancière algérienne Fadila Melhag signe un nouveau voyage au cœur de l’histoire ancienne avec Juba II… Les mariées de Césarée, paru aux éditions Dar El Oumma. À travers ce roman, l’auteure propose une lecture singulière de la destinée du roi numide Juba II, où la rigueur du contexte historique se mêle à la liberté de la fiction pour interroger les notions d’identité, de pouvoir et de mémoire.
Loin des récits centrés sur les souverains et les conquêtes, Fadila Melhag choisit de déplacer le regard vers les anonymes, les esclaves et les marginalisés, ces personnages souvent absents des livres d’histoire mais qui, selon elle, portent la véritable mémoire des peuples. Une démarche littéraire qui offre une autre lecture de la Numidie antique et des bouleversements provoqués par la domination romaine.
Le roman s’ouvre sur une nature tour à tour paisible et menaçante, où les orages et les éclairs annoncent les drames de l’Histoire. C’est dans cette atmosphère que prend forme le destin de Juba II, arraché enfant à sa terre natale après la chute de la Numidie avant d’être élevé à Rome.
L’auteure revient sur la métamorphose du jeune prince devenu Gaius Julius Juba, nom reçu après l’obtention de la citoyenneté romaine. Derrière ce changement d’identité se dessine tout le conflit intérieur d’un homme partagé entre ses racines africaines et son éducation romaine.
À travers ce parcours, Fadila Melhag met également en lumière les limites de l’intégration de Juba II dans la société romaine. Malgré son érudition et sa proximité avec Octavien, le roi numide demeure à l’écart des cercles du pouvoir. L’auteure souligne alors son goût pour le savoir, ses recherches scientifiques, son intérêt pour les sources du Nil, ainsi que son mariage avec Cléopâtre Séléné, héritière des dynasties ptolémaïque et lagide.
L’ouvrage accorde aussi une place importante à la société numide. Dans le chapitre intitulé L’appel de la Touiza, la romancière fait revivre les gestes du quotidien, les travaux agricoles, le tressage des paniers et les valeurs de solidarité qui structuraient les communautés de l’époque. Une manière d’inscrire la grande Histoire dans la vie des hommes et des femmes ordinaires.