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Culture

Journées du film européen en Algérie: « Matares » et « Wallah ! Je te jure » en ouverture

Journées du film européen en Algérie: « Matares » et « Wallah ! Je te jure » en ouverture

La septième édition des Journées du film européen en Algérie s’est ouverte avant-hier à la cinémathèque d’Alger, avec la projection du long métrage « Matares » de Rachid Benhadj et le court métrage documentaire « Wallah ! Je te jure » de Marcello Merletto qui retrace le calvaire des migrants africains.

L’ambassadeur de l’Union Européenne en Algérie, Thomas Eckert, a affirmé dans son discours d’ouverture que «les flux migratoires sont depuis des années au cœur de vifs débats. Alors que sur les plans politique et médiatique, on souligne fréquemment ce que coûte la migration en termes de sécurité ou d’intégration des étrangers, on ignore souvent l’impact qu’elle peut avoir sur le développement des économies des pays accueillants mais aussi sur la vie des personnes migrantes et réfugiées.

L’objectif de cette semaine cinématographique, est selon Thomas Eckert de « poser le débat avec le public sur ce sujet en échangeant avec des réalisateurs européens et internationaux ».

De son côté Paolo Caputo, chef de mission de l’Organisation internationale pour la migration (OIM) à Alger a précisé : « il existe autant d’histoire de migration que de migrants. Chacun à sa propre histoire. Il faut se méfier de la généralisation des paradigmes lorsqu’on parle de migration ».

« Nous n’imposons pas de modèles. Nous collaborons avec les autorités algériennes sur les initiatives pour le renforcement des capacités, l’appui sanitaire et psychosocial, l’assistance aux déplacements. Nous assurons le retour volontaire et la réintégration des migrants », a expliqué Paolo Caputo.

L’exploitation des enfants et leurs rêves envolés
Le long métrage « Matares » raconte le quotidien amer de Mona, une Ivoirienne de 8 ans qui a fui son pays réduit en cendres, suite à une guerre tragique qui a coûté la vie à ses grands parents. Elle s’est installée avec sa mère à Tipasa, ou elle essaye de construire une vie paisible en attendant de rejoindre son père en Espagne.

Le chemin s’avère plus difficile. La petite fille est confrontée aux menaces d’un homme ivoirien, qui la force à mendier dans cette ville côtière algérienne réputée pour ses ruines romaines et ses multiples touristes. N’arrivant pas à faire la manche, Mona trouve une solution plus ingénieuse. Elle fabrique de belles couronnes de fleurs, qu’elle vend aux touristes et elle cueille des bouquets de fleurs pour un restaurant de la région.

La petite de confession chrétienne n’est qu’à ses premières peines. Elle se retrouve prise d’assaut par un petit garçon de 8 ans, Saïd, qui la chasse de son territoire, ou lui aussi se fait de l’argent en vendant des fleurs aux visiteurs. Elle sera humiliée, insultée et frappée par ce dernier. Mais Mona persévère. Elle a réussi à se faire une place dans le cœur de Saïd, qui lui aussi a été la cible d’un homme (algérien), qui l’utilise pour vendre de la drogue et tout autre chose.

Saïd est confronté aussi à des insultes et des violences physiques et sexuelles, qu’il subit quotidiennement de la part de cet homme qu’il appelle Tonton. Un jour, l’homme a trouvé Mona et lui a proposé de rejoindre son clan et de revendre pour lui, en échange d’un petit salaire. La petite désespérée accepte mais sans savoir qu’elle sera violée par ce pédophile.

Les deux enfants qui se sont lié d’une amitié indestructible, ont tout fait pour échapper à cet homme. Un jour, il les retrouve au milieu des ruines. Il s’est mit à frapper violemment le petit Saïd. Mona lui a planté un couteau dans le dos pour sauver son seul ami.

« Nous avons eu peur que ces réfugiés soient expulsé avant la fin du film »

Rachid Benhadj dira lors du débat qui suivit la projection que « nous avons tourné dans une période difficile. Nous avons eu peur que ces réfugiés soient expulsés avant la fin du film ». Et d’ajouter : « je voulais en autres, montrer comment les adultes exploitent les enfants et leur volent leurs rêves et leurs enfances ».

A propos du casting, le réalisateur à affirmé : « cela a été très compliqué, j’ai fait un premier casting, ou j’ai déniché un profil d’une petite fille, avec laquelle j’allais travailler. Mais elle a été expulsée. Alors, j’ai réalisé un deuxième casting, je cherchais une petite africaine auprès des ambassades, mais ce n’ai pas ce que je cherchais. Un jour, un ami m’a ramené Mona, une petite fille de six ans, alors que je cherchais une fille de 8 ans. Elle m’a menti sur son âge, afin de jouer dans le film ».

« La petite Mona est retournée en Côte d’ivoire peu après la fin du tournage. Je garde toujours le contact avec elle et sa mère. Elles vont bien » a-t-il confié

L’Europe à n’importe quel prix
Le film « Wellah ! Je te jure » réalisé par Marcello Merletto et produit par l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), a ensuite embarqué le public dans les villages du Sénégal, en passant par les gares routières et les ghettos du Niger envahis par le trafic de drogue, jusqu’en Italie. Les migrants sont prêts à payer n’importe quel prix pour atteindre l’Europe.

Durant 24 minutes, le film traite 16 différentes histoires de migration qui plongent le spectateur dans une autre réalité, avec des anecdotes et des noms de lieux connus et moins connus sur la grande carte de l’Afrique de l’Ouest, en passant par Agadez, Niamey, la Libye, le Sénégal et le Niger. Il montre aussi les longs remords de certains migrants et leur souhait de retourner chez eux.

Parmi des hommes et des femmes de couleurs qui ont leurs propres habitudes, le réalisateur s’est appuyé sur la musique et les paysages inoubliables comme toile de fond de l’inimaginable.

Marcello Merletto a réalisé 25 entretiens entre le Niger, le Sénégal et l’Italie, des scènes de la vie quotidienne alternent avec l’agonie et la douleur, des êtres humains entassés dans des camions pendant des jours, piégés et torturés en Libye, qui se retrouvent obligé à payer une rançon pour survivre face aux menaces.

Ces migrants racontent leurs déboires, après avoir laissé derrière eux leurs familles, et sont partis à la recherche d’un avenir meilleur. Ils affrontent des voyages, des deuils et des espoirs. Certains abandonnent et rentrent chez eux, d’autres meurent avant même d’arriver.

L’Algérie et la Libye, deux pays inhumains !
L’Algérie et la Libye sont exposées dans ce court métrage, comme de deux pays dangereux pour les migrants qui subissent le racisme, les violences, l’exploitation, et les agressions quotidiennes Certains de ces intervenants, racontent des conditions inhumaines et invivables en Algérie et en Libye. Ce qui loin d’être le cas. Ce qui a ouvert un grand débat auprès du public. Certains ont reproché au réalisateur de ne pas montrer d’autres situations où les réfugiés sont bien accueillis en Algérie et de ne pas avoir équilibré les histoires.

Thomas Eckert expliquera : « Je ne veux pas faire de commentaire sur l’histoire de la Libye de ces dernières années mais le problème est plus large. Même si vous avez évoqué les problèmes, justes ou pas justes, sur le manque d’autorité étatique en Libye, cela ne change rien par rapport à la migration dans les pays subsahariens. Les migrants étaient déjà là même avant l’OTAN et le reste. C’est plus compliqué. Il n’y a pas de solution simple. On ne peut pas dire que sans l’OTAN, il n’y a pas de migration ».

De sa part Ourdia Hadi, la représentante de l’organisation Internationale pour les migrants (OIM) en Algérie, dira : « Certains personnes veulent partir, d’autres veulent revenir. L’Algérie et la Libye étaient des pays de transit pour ces migrants. De plus en plus, ces deux pays sont devenus des pays de destination, et cela car ces migrants sont à court d’argent. Ils doivent travailler pour gagner de quoi traverser en Europe ».

Selon elle : « Le travail de l’IOM est d’aider les réfugiés qui fuient la guerre, la misère ou le climat, à migrer de façon régulière et sécurisée, et cela en travaillant en étroite collaboration avec le gouvernement. Nous permettons également à certains migrants de retourner chez eux en toute sécurité, en évitant le même parcours dangereux qu’ils ont emprunté ».

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