Journée d’étude au Musée national des antiquités: Quand l’IA se met au service de l’archéologie
Le Musée national public des antiquités et des Arts islamiques, situé au cœur d’Alger, accueillera demain une journée d’étude d’une portée exceptionnelle, organisée en partenariat avec l’Institut d’Archéologie et le Laboratoire de Construction Civilisationnelle du Maghreb Central de l’Université d’Alger 2. Placée sous le thème : « L’apport de l’intelligence artificielle dans l’étude des trouvailles des fouilles archéologiques : cas des sites antiques Mlakou et Thazribt Ath Hennou, wilaya de Béjaïa », cette rencontre scientifique réunira chercheurs, archéologues, ingénieurs et étudiants autour d’un sujet à la croisée du passé et des technologies du futur.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre des projets de fouilles archéologiques actuellement menés dans la région du Soummam, à Béjaïa, où les sites de Mlakou et Thazribt Ath Hennou, identifiés respectivement à l’antique Petra et à l’Oppidum Lamfactens, ont récemment livré des vestiges d’une valeur patrimoniale inestimable. Ces découvertes, réalisées grâce à une alerte citoyenne suite à des travaux d’infrastructure, ont donné lieu à une vaste campagne de fouilles scientifiques autorisée par le ministère de la Culture et des Arts, et dirigée par le professeur Arezki Boukhenouf, figure de référence dans l’archéologie algérienne.
La journée d’étude vise à explorer l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) dans l’analyse, la documentation et la conservation des découvertes archéologiques. Cette approche innovante marque une rupture méthodologique majeure avec les pratiques traditionnelles, en introduisant des outils numériques capables de modéliser en 3D les vestiges découverts, de numériser les données de fouille in situ, de restaurer virtuellement des céramiques endommagées et de gérer des bases de données complexes avec une efficacité inédite. Grâce à ces nouvelles technologies, l’archéologie franchit une étape importante dans sa modernisation et son ouverture à la recherche internationale.
Le programme scientifique de la journée comprend six communications articulées autour des résultats des fouilles et des innovations technologiques associées. Le professeur Boukhenouf et son collègue Ahmed Zouaoui ouvriront les débats avec une présentation détaillée des sites de Mlakou et Thazribt Ath Hennou, en retraçant leur importance historique, notamment à travers les événements liés à la révolte de Firmus contre Rome (370-375 apr. J.-C.), relatée par Ammien Marcellin. Viendra ensuite une conférence consacrée à la restitution 3D d’un secteur vinicole du site de Mlakou, menée par le Dr Kaci Azrarak et M. Khelifa Difi, qui démontreront comment la réalité virtuelle permet aujourd’hui de redonner forme aux activités économiques de l’Antiquité.
L’après-midi sera consacré à la présentation des méthodes d’enregistrement des données archéologiques in situ (Dr Abdelkader Guetaf et Mme Lamia Bourail), à l’étude du mobilier découvert (Dr Youcef Sid Idris et M. Yacine Ferhani), puis à l’apport de l’IA dans la restauration des céramiques (M. Mourad Abed et Mme Chabha Ouhachi). Enfin, le Pr Boukhenouf reviendra, aux côtés de la doctorante Sakina Ziram, sur l’utilisation des algorithmes pour la gestion des bases de données archéologiques, à travers une étude de cas sur le site de Mlakou.
Au-delà de la richesse scientifique des communications, cette journée constitue une tentative sérieuse de renforcer les passerelles entre sciences humaines et technologies numériques. La table ronde finale permettra d’engager une réflexion collective sur les défis éthiques, méthodologiques et institutionnels liés à l’usage de l’intelligence artificielle en archéologie. La séance de clôture proposera une synthèse des travaux et des recommandations pour l’avenir, dans une volonté affirmée d’inscrire l’archéologie algérienne dans une dynamique d’innovation constante.
Le Musée National Public des Antiquités et des Arts Islamiques, appuyé par l’Université d’Alger 2, affirme son rôle central dans la préservation, la valorisation et la réinvention du patrimoine culturel national. Cette démarche s’inscrit pleinement dans une vision contemporaine de la recherche, où mémoire et technologie collaborent pour faire parler les pierres anciennes d’un pays à l’histoire millénaire.