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Sports

Jamo Nezzar au JI : « Nos jeunes ont un énorme potentiel mais manquent d’encadrement»

Jamo Nezzar au JI : « Nos jeunes  ont un énorme potentiel mais manquent d’encadrement»

L’ancien champion de bodybuilding Jamo Nezzar, aujourd’hui célèbre coach sportif de haut niveau aux Etats-Unis, de retour dans sa terre natale, nous retrace son itinéraire ainsi que sa nouvelle expérience dans les réseaux sociaux où il partage son vécu et ses connaissances dans le sport avec les jeunes, dans cette interview qu’il nous a accordé en marge de son premier séminaire à Alger la semaine dernière

Le Jeune Indépendant : Tout d’abord, qui est Jamo Nezzar et comment est-il parvenu à être l’un des plus grands boldybuilders IFBB de sa génération ?

Jamo Nezzar : Il faut dire que j’étais un « Algérie-trotter », je suis né à Batna et j’ai grandi au sein d’une modeste famille algérienne. J’ai passé 7 ans là-bas, avant de plier bagage avec mes parents vers Oran où nous sommes restés 2 années. Ensuite, nous avons déménagé à Alger, où j’ai commencé à être très actif. J’ai joué au football, au basket-ball et au handball. J’ai eu un bac sciences mais j’ai voulu à tout prix faire l’ISTS de Dely Brahim mais ils ont refusé ma candidature. Ironie du sort, 30 ans après, je suis aujourd’hui à l’ISTS pour donner un séminaire. A l’âge de 18 ans, j’ai commencé à faire de la musculation juste pour être en forme, et c’est vite devenu une passion pour moi.  En 1988 j’ai décidé de quitter l’Algérie pour l’Angleterre afin de réaliser mon rêve d’être l’un des meilleurs bodybuilders au monde ; j’ai commencé à faire des compétitions et à monter sur les podiums et j’ai réussi à être un IFBB Pro. Après ça j’ai décidé de m’installer aux Etats-unis, là où toutes les grandes compétitions sont organisées, ce qui a donné un nouveau virage à ma carrière. C’était vraiment une magnifique expérience pour moi.

Comment le champion de culturisme s’est retrouvé comme l’un des meilleurs coachs de fitness des Etats-Unis ?

Après m’être retiré de la compétition, j’ai commencé à m’aventurer dans les entraînements athlétiques, et c’est comme ça que j’ai réalisé ensuite ma propre plateforme de fitness sur le web, « MyfitnessTribe » où j’ai dédié plus de 6 ans au coaching pour femme, puis j’ai créé ma propre salle de gym « Jamcore Gym », je me suis fait un nom dans le coaching au fil des années grâce à mon expérience, et puis il y a deux ans j’ai lancé JamcoreDz avec la page Facebook et le compte Youtube avec un contenu pour les Algériens et les pays francophones.

Justement comment vous est venue l’idée de créer JamcoreDz ?

C’était l’idée d’un ami algérien qui m’a demandé plusieurs fois de faire une vidéo en français ; au début je n’avais pas trop le temps à ça car j’avais énormément de boulot avec ma salle de gym et mon contenu pour les Américains ; y avait aussi la naissance de ma fille, mais j’ai fini par accepter et un beau jour j’ai fait une vidéo et là j’ai vu le nombre de fans exploser au fil des jours, 1 000, 2 000, 3 000 et aujourd’hui ils sont plus de 120 000 sur ma page Facebook. C’est parti d’une blague avec un ami pour aboutir à un truc sérieux qui prend maintenant l’essentiel de mon temps.

Paradoxalement vous êtes aujourd’hui plus connu en Algérie que lorsque vous étiez culturiste professionnel

Oui, c’est un peu normal ; lorsque j’étais professionnel j’étais assez discret, je ne voulais pas venir et m’afficher, j’étais beaucoup plus concentré sur mon objectif. On travaillait dur à l’époque, mais avec JamcoreDz je suis plus proche aujourd’hui de mes fans et je me donne à fond pour leur transmettre mon expérience dans le domaine. 

Vous avez donné votre premier séminaire pour vos fans en Algérie, pourriez-vous nous en dire un peu plus sur cet
événement ?

Mon but est de sensibiliser les gens afin qu’ils changent leurs mauvaises habitudes que ça soit dans leur alimentation ou dans leur façon de pratiquer le sport. C’est facile d’y parvenir, n’importe qui peut changer ; il suffit de se mettre au travail, moi je suis là pour les encadrer, nos jeunes manquent cruellement d’encadrement. Dans ce premier séminaire j’ai dû adapter mon intervention à notre mentalité algérienne, j’ai abordé plusieurs aspects, l’attitude mentale, l’entraînement homme et femme, la nutrition et les compléments alimentaires.

Votre séminaire a suscité un énorme engouement auprès des jeunes algériens qui s’intéressent au fitness et au sport en général ; quels conseils vous donneriez à ces jeunes ?

Le premier conseil, c’est la rigueur. Il faut prendre le temps pour s’instruire et lire. J’essaie de guider mes « followers » à travers mes vidéos et éclaircir les choses pour tout le monde et chaque type de corps ; il faut que la pratique de la musculation ou de tout autre sport soit dans le but d’améliorer son physique et se sentir bien dans son corps, et éviter d’utiliser les produits dopants qui nuiront gravement à la santé. Je sais que chez nous hélas, les jeunes manquent cruellement d’encadrement, et pourtant ils ont un potentiel énorme, mais avec le manque d’encadrement ils sont rapidement perdu. Malheureusement plusieurs coachs qui activent en Algérie ne sont pas qualifiés et donnent de faux programmes aux jeunes, c’est la raison pour laquelle beaucoup de débutants lâchent rapidement et ne pratiquent plus de sport car ils sont frustrés de leurs résultats. L’autre élément, le plus important, c’est l’environnement, il faut absolument s’entourer de personnes passionnées qui ont le même objectif que nous, qui vont vous pousser vers le haut, et non pas avec ceux qui n’ont rien fait de leur vie et feront tout pour que la vôtre soit aussi médiocre que la leur.

Mon conseil est de s’entourer d’une ou des personnes sérieuses qui vont vous encourager à garder votre sérieux et vous focaliser sur votre objectif principal.

Sur les réseaux sociaux vous êtes plus qu’un coach, vos fans vous considèrent un peu comme un grand frère qui donne des conseils sur la vie de tous les jours et partage ses expériences notamment dans vos « Cofee break » et les « Chit-chat » , comment vous êtes vous retrouvé dans ce rôle ?

En créant JamcoreDz il fallait que je propose quelque chose de différent de ce qui se faisait sur les autres pages ; pour moi quand je fais une vidéo c’est comme si que je m’adresse à mon frère, ma soeur ou à mon meilleur ami, je suis quelqu’un de très spontané. Tout ce que j’ai appris durant mes 30 années de sport je le donne à mes followers, je sais ce que ressent la personne qui regarde mes vidéos, j’essaie de faire passer plusieurs messages avec humour, je suis là pour parler de tout avec mes abonnés et pas que du sport, je viens de rentrer de Paris où j’ai donné un séminaire, j’ai été surpris par le retour des fans de différentes nationalités qui ont adoré mon contenu. Il y avait des Espagnols, des Français des Maghrebins des Canadiens, il y avait quelqu’un qui m’a marqué en me disant que la première chose qu’il fait en rentrant du travail c’est regarder mes vidéos pendant deux heures ça l’aide à oublier le stress d’une journée de travail, pour moi c’est un témoignage qui m’encourage à donner le maximum pour mes fans.

Vous avez été dans le circuit professionnel IFBB et avez concouru dans des compétitions de haut niveau. Vous etes le premier algérien à avoir atteint ce niveau après le décès de Mohamed Benaziza. Un mot sur cette légende du bodybuilding qui nous a quittés trop tôt 

Oui Momo Benaziza était une idole pour moi, j’ai commencé à monter avec les meilleurs au monde lors des compétitions en Angleterre, puis le championnat du monde avec la ferme intention de continuer ce que notre fierté de bodybuilding Mohamed Benaziza, que Dieu ait son âme, avait commencé en allant à l’Olympia.

Je devais rencontrer Momo trois semaines après sa mort, mais malheureusement il y a eu sa mort subite lors d’un tournoi aux Pays-Bas. C’est quelqu’un qui a consacré toute sa vie au bodybuilding, il a marqué toute une génération de bodybuilders ; tout ceux qui ont fait de la compétition avec lui m’ont dit qu’ils n’ont jamais vu un athlète pareil il faut savoir que Momo Benaziza faisait 1m69 avec 90 kg de masse musculaire sec ; c’est juste énorme pour sa taille, on n’a jamais vu autant de muscle sur une personne aussi petite de taille.

Dorian Yates, qui a été six fois Mr Olympia et l’un des plus grands champions de l’histoire du bodybuilding m’avait dit que ce qui l’a poussé à être ce qu’il a été durant sa magnifique carrière c’était bel et bien Mohamed Benaziza, c’était le seul qui a pu le battre dans une compétition avec Lee Haney, et après cette défaite Dorian Yates avait gardé la photo de Momo Benaziza et il l’avait plaquée sur le mur dans la salle de gym où il s’entraînait et c’est ce qui lui a donné la rage pour devenir ce qu’il a été, c’est-à-dire l’un des meilleurs bodybuilders de tous les temps. 

Justement Dorian Yates est un champion qui vous a marqué et vous a poussé à vous surpasser

Absolument ; Dorian Yates était mon compagnon d’entraînement, j’ai appris à me surpasser avec lui et à repousser les limites de mon corps, c’est un grand champion il a toujours gardé la tête sur les épaules, c’est un très bon ami à moi, on a toujours gardé le contact. D’ailleurs je vais le rencontrer bientôt à Londres. J’ai eu également le privilège de partager le podium avec d’autres champions comme Ronnie Coleman, Flex Wheeler, Kevin Levrone et plein d’autres.

Un dernier mot pour vos fans en Algérie et les lecteurs du Jeune Indépendant

Lisez, aujourd’hui il est facile de se documenter de trouver des conseils grâce à Internet, organisez vous et surtout entourez-vous de gens qui ont les mêmes objectifs que vous. Ce dont vous avez besoin c’est la discipline, comme je dis toujours à mes fans soyez comme l’élève qui est à la première table dans la classe et qui a toujours les meilleures notes, il faut s’organiser pour faire face à la vie et réussir dans tout ce qu’on entreprend. 

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