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Issad Rebrab, une “success story” et des énigmes

Issad Rebrab, une “success story” et des énigmes
Rebrab, une page qui se tourne

Il était adoré ou abhorré, admiré ou vilipendé. Mais, indifférent, il ne laissait jamais. Sa carrière d’entrepreneur à succès soulevait beaucoup de questions depuis le landerneau politique aux humbles foyers en passant par les milieux diplomatiques et économiques.

Quelques semaines après avoir fêté ses 78 ans, Issad Rebrab a annoncé sa décision de prendre sa retraite, après une vie dédiée à l’entreprise par ce diplômé de comptabilité. La décision, esquissée il y a deux mois, ne reste pas moins une surprise parce qu’elle n’était pas envisagée il y a deux ans lorsque le patron de Cevital a retrouvé sa tour de Bir Mourad Raids après un séjour de huit mois à la prison d’El-Harrach où il a eu à côtoyer deux anciens premiers ministres qui lui avaient planté quelques haies dans le champ de sa success story: Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal.

Dès la fin du mois en cours, il cède son poste de Président Directeur-Général de Cevital à son fils Malik, l’un des membres d’une fratrie qui compte quatre garçons et une fille, tous prospérant au sein du groupe familial. Un groupe devenu le deuxième contributeur aux impôts après le géant Sonatrach, grâce à un chiffre d’affaires de 4 milliards de dollars et des effectifs de 18.000 employés, selon son site internet.

Issad Rebrab est né au village Taguemount Azzouz, dans la wilaya de Tizi-Ouzou qui a donné au pays des contingents de cadres. Mais il est issu d’un milieu modeste. Sa famille n’a jamais figuré au sein de la bourgeoisie traditionnelle algérienne, possédant terres et biens. C’est là que réside à la fois son mérite et le mystère de son succès. Ne réussit pas en Algérie qui veut et M. Rebrab a réussi au-delà de toute espérance et cela soulève des questions.

Après des études de comptabilité en France, il commence comme salarié à l’aube de l’indépendance et crée son propre cabinet. Ce libéral convaincu se sent corseté dans un pays gouverné par l’économie planifié et administré et tourné vers l’URSS. Mais il explore les possibilités entrepreneuriales jusqu’à leurs limites: il crée successivement plusieurs entreprises, parfois en association avec des partenaires. Les plus connues seront Profilor, rendue célèbre par ses échelles métalliques, et Métal Sider.

Mais c’est au cours des années 90 qu’il prend son essor, reléguant derrière lui les Hamiani, Hamoud et autres familles bien plus nanties. L’envol a failli s’arrêter rapidement par la faute d’un Premier ministre.

Cevital, une puissance

Bélaid Abdesselem, arrivé dans un contexte de rareté de l’argent qui le pousse à envisager une économie de guerre, n’a pas voulu goûter aux effets d’un crédit de 100 millions de dollars accordé par son prédécesseur à l’ambitieux homme d’affaires. Il lui inflige un redressement fiscal et lui promet l’enfer.

Mais l’ancien patron de l’industrie industrialisante ne réussit pas à renflouer les caisses de l’Etat et refuse de rééchelonner la dette extérieure. Privant ainsi le pays de ressources pour renforcer le lutte contre le terrorisme, il est renvoyé sans ménagement.

Les affaires de M. Rebrab repartent. Il s’adosse au journal Liberté qu’il lance avec son ami Saïd Sadi, un homme politique aussi libéral que lui et bien en cour. Il s’impose comme une figure médiatique, multiplie les investissements en plein chaos. Les terroristes ruinent son entreprise Métal Sider de rond à béton, située à Larbaa, au cœur de ce qui était le Triangle de mort.

Il compense par l’importation. Sur ce sujet précis, il est accusé d’avoir importé des produits ukrainiens irradiés après la catastrophe de l’usine nucléaire de Tchernobyl. Les accusations glissent sur lui. Il crée le groupe agro-alimentaire Cevital.

Une fin de carrière mouvementée

Il est soupçonné d’être le prête-nom de grandes figures de régime parce qu’il obtient les crédits publics qu’il demande, les assiettes foncières pour les nouvelles implantations, les facilités douanières. Rien ne l’ébranle. Il soigne son image en sponsorisant des œuvres caritatives, des réalisations culturelles et des clubs sportifs.

A l’étranger, il rachète des entreprises en difficulté. En 1990, il est favorable à la candidature d’Abdelaziz Bouteflika dont les penchants libéraux lui correspondent parfaitement. Mais en 2004, il a semblé pencher pour Ali Benflis dans le duel de très haut niveau. Les problèmes commencent mais il est désormais trop important pour l’éliminer. Ça ne l’empêche pas de songer à des projets pharaoniques comme le port en eaux profondes de Cap Djinet au coût impressionnant de 20 milliards de dollars. Il ne le réalisera pas.

Ce ne sera pas le seul projet manqué: il y aura aussi le projet de village touristique de Béjaïa, le rachat avorté des usines MIchelin et du groupe El Khabar. Et puis le projet Evcon d’eau ultra pure qui lui vaut d’aller en prison pour “surfacturation”. Son image d’homme d’affaires intègre est écornée. Le sort réservé aux grévistes de Numilog la lacère. On apprend aussi que M. Rebrab use les cadres à une vitesse vertigineuse.

La fermeture du quotidien Liberté lui apporte une autre dose de discrédit qui le conduit à prendre cette décision de se retirer tout en continuant à prodiguer conseils à ses héritiers.

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