Israël lance une usine de drones au Maroc
C’est dans la discrétion la plus totale que le Maroc et Israël ont inauguré, récemment, une usine de production de drones, située dans la localité de Benslimane, à une cinquantaine de kilomètres de Casablanca. Le lancement de cette usine intervient dans des traités de défense signés entre le Makhzen et l’entité sioniste signé en novembre 2021.
Rabat et Tel Aviv n’ont soufflé mot sur cette information, mais celle-ci a été relatée par des sites militaires spécialisés en Occident. La démarche du régime marocain s’explique certainement par la conjoncture politique interne, marquée par le refus de l’opinion publique marocaine de la normalisation à une cadence accélérée, alors que le génocide dans la bande de Gaza se poursuit à ciel ouvert.
De plus, les récentes manifestations des jeunes et des chômeurs dans plusieurs villes du Royaume, contestant la crise économique et sociale, ont secoué le gouvernement et créé une ambiance froide au sein de la population, et ce en pleine compétition internationale sportive, la Coupe d’Afrique des nations.
Cette usine montre, encore une fois, le niveau atteint dans la coopération dans le domaine de l’industrie militaire de pointe entre Israël et le Maroc. Un partenariat dit stratégique qu’aucun pays, membre de la Ligue arabe et qui a normalisé ses rapports avec Tel Aviv, n’a conclu. Ni l’Egypte, ni la Jordanie, ni le Bahreïn, même les Emirats n’ont poussé aussi loin cette coopération dans le domaine de l’armement et du renseignement.
En quoi consiste ce projet ? Selon certaines informations diffusées par The Defense Post, Rabat a lancé cette usine pour fabriquer des drones innovants, en attirant l’aide de BlueBird Aero Systems, qui n’est autre qu’une filiale d’Israel Aerospace Industries (IAI). BlueBird est chargée de la production des drones, notamment le SpyX, qui joue un rôle central dans la surveillance de longue durée ainsi que dans les frappes ciblées. Outre les drones SpyX, d’autres systèmes tactiques y seront fabriqués, notamment pour renforcer les capacités de reconnaissance, de renseignement et d’interception de l’armée royale.
D’autres technologies et des équipements très poussés dans le renseignement sont prévus dans le programme de production dans cette usine. En plus des drones, cette dernière mettra en œuvre la technologie de satellites espions Ofek 13, fournis par des géants comme Airbus et Thales. Déjà, des officiers de l’armée marocaine sont en formation au siège de BlueBird, en Israël, pour acquérir une expertise dans ce domaine technologique.
Pour les experts militaires, au-delà de l’usine de Benslimane, le Maroc devrait acheter de l’armement, du matériel industriel pour développer le montage des appareils mais surtout intensifier les entraînements avec l’armée sioniste. Rabat cherche, à travers cette multiplication, des accords militaires avec Israël à produire une intégration militaire totale avec Tel Aviv, incluant tous les secteurs, espérant ainsi créer une influence régionale, notamment en Afrique de l’Ouest et au Sahel.
Cette stratégie marocaine a été bâtie après la visite en 2021 de Benny Gantz, alors ministre de la Défense israélien, au Maroc, et au cours de laquelle il avait menacé directement l’Algérie, pays voisin, créant une tension et une hostilité inacceptable.
Selon les experts militaires, l’inauguration de cette usine a des implications directes sur le conflit au Sahara occidental, occupé depuis 1975 par le Maroc. Ainsi, il a été constaté des tests des drones, notamment les Spy-X, dans la région de Smara, une localité sahraouie, non loin des frontières avec l’Algérie et la Mauritanie. C’est d’ailleurs, dans cette zone qu’ont eu lieu des raids sur des routiers civils et des attaques sur des camions transportant des marchandises, faisant plusieurs morts et des blessés, dont des chauffeurs algériens.
Pour les Israéliens, le territoire sahraoui occupé est devenu un grand laboratoire colonial pour tester les nouvelles armes, notamment les drones d’attaque et de surveillance, les Spy-X
Selon le rapport 2025 du Bureau sahraoui de coordination de l’action contre les mines (SMACO), 123 attaques de drones ont été recensées, causant la mort de plus de 160 personnes. Des organisations comme Who’s Profits ont dénoncé cette complicité sioniste dans ces bombardements et ces attaques, tandis qu’Aziz Hanaoui de l’Observatoire marocain contre la normalisation n’a cessé de critiquer cette coopération avec Tel Aviv, qui visent à renforcer les capacités répressives de l’armée marocaine contre la population sahraouie.