-- -- -- / -- -- --


Nationale

Incendies ravageurs à Tizi-Ouzou : Témoignage d’une rescapée

Incendies ravageurs à Tizi-Ouzou : Témoignage d’une rescapée

Ciel rouge, de gros et épais nuages de fumée, air irrespirable…C’est à ce «décor» que les habitants de la majorité des villages de Kabylie ont eu droit depuis la nuit du 9 août. Des incendies ravageurs sont passés par là. Des flammes de plusieurs mètres de hauteur ont dévasté tout sur leur passage. Des vies humaines, du bétail, des biens matériels et toute la végétation. La couleur grise a désormais pris le dessus et a remplacé le vert qui dominait auparavant. La population a vécu l’horreur et les gens ne sont pas près d’oublier ces jours «maudits». Témoignage.

Lamia, la vingtaine, a vécu des moments difficiles qui seront à jamais gravés dans sa mémoire. «J’ai vécu l’enfer. J’ai cru que c’était la fin du monde et je ne réalise pas que j’ai survécu à cette journée apocalyptique», nous confie-t-elle. Une vraie «tempête de feu» est passée par là.

Habitant le village Azrou-Kollal, à Aïn El-Hammam, dans la wilaya de Tizi Ouzou, elle revient sur une journée cauchemardesque. «La journée a commencé très tôt pour nous ce mardi 10 août. J’ai à peine fermé les yeux vu que j’ai suivi de très près tout ce qui se passait à quelques kilomètres de Michelet, soit à Larbaâ Nath Irathen. Les images des familles qui fuient leurs maisons m’ont laissée sans voix. A 4 h, j’étais sur pied.

Le courant d’électricité a été coupé par mesure de sécurité vu que de nombreux villages à Michelet étaient encerclés par les flammes. Des familles ont été évacuées», nous dit-elle. «J’ai eu vraiment de la peine pour eux et je ne sais pas quoi penser», nous fait-elle savoir, alors que le même scénario attendait les habitants de ce village martyr, qui sont partis au secours des habitants des villages en détresse et qui ont surtout participé aux opérations d’extinction des feux qui menaçaient l’hôpital.

A la mi-journée, nous dit-elle, les nuages de fumée avançaient petit à petit, et en quelques minutes, les flammes, déchaînées, étaient visibles. «Même avec le recul, je ne comprends toujours pas la vitesse avec laquelle les flammes se sont propagées», s’interroge-t-elle encore, d’autant que, selon les témoignages des personnes âgées, c’est un fait inédit. «De ma vie, je n’ai jamais vu des flammes qui avancent avec cette rapidité. Du jamais-vu !», nous dit Lamia, qui rapporte le témoignage d’un septuagénaire.

L’alerte a été donnée et les habitants ont quitté leurs maisons vers 14 h sous des cris de détresse qui émanaient d’ici et là. «J’ai à peine pu enfiler mes baskets. Tous se dirigeaient vers la sortie du village, sans pour autant savoir quelle direction prendre. Nous étions, à notre tour, pris au piège par ces flammes. Elles étaient juste devant nous et nous avons dû faire marche arrière et prendre le sens inverse, sachant qu’il était trop tard pour tenter de fuir en voiture», nous raconte cette étudiante, toujours sous le choc.

«La maison d’un villageois, située au centre du village, un endroit plus au moins sûr, a ouvert ses portes pour accueillir tout le monde. Les personnes âgées, les malades, les enfants étaient évacués en priorité», précise-t-elle, soulignant la grande mobilisation des jeunes qui ont affronté les flammes avec les moyens du bord. «Nous sommes restés deux heures ou plus, je ne sais plus. Nous entendions les pas de ces braves jeunes qui couraient dans tous les sens pour limiter les dégâts», précise Lamia, qui ajoute que dès que les flammes furent maîtrisées, ces mêmes jeunes nous ont rassurés : «La tempête est passée.»

L’heure est au bilan. «C’est là qu’on découvre la catastrophe. Nous ne reconnaissons plus les lieux. Tous les oliviers sont calcinés. La végétation est réduite en cendre. Aucune trace aussi des jardins potagers soigneusement cultivés. Nous n’entendions plus les chants des oiseaux», rapporte Lamia en pleurs. Mais la nouvelle du décès de quatre personnes a plongé tout le village dans l’émoi. «Un homme, la cinquantaine, sa femme et leur fille sont morts calcinés. C’est terrible. Nous ne nous remettrons jamais de ce traumatisme. Un quadragénaire a subi le même sort. Il a été retrouvé calciné après avoir sauvé ses parents d’une mort certaine», nous raconte la jeune fille toujours en pleurs.

Le lendemain, nous nous sommes réveillés sous un grand élan de solidarité. Des caravanes de solidarité ont sillonné toute la localité. Des aides affluaient des quatre coins de l’Algérie pour prêter main-forte à la Kabylie, anéantie du jour au lendemain. Lamia, avec des sentiments mêlés de peur, de désarroi, de colère…nous affirme que cette journée sera gravée à jamais dans sa mémoire et dans la mémoire collective.



Veuillez activer JavaScript dans votre navigateur pour remplir ce formulaire.

Cet article vous-a-t-il été utile?

Cet article vous-a-t-il été utile?
Nous sommes désolés. Qu’est-ce qui vous a déplu dans cet article ?
Indiquez ici ce qui pourrait nous aider a à améliorer cet article.
Email
Mot de passe
Prénom
Nom
Email
Mot de passe
Réinitialisez
Email