Incendies : Dans la fournaise, les soldats du feu tiennent le front
Par Sihem Bounabi
Sur terre comme dans les airs, la mobilisation ne faiblit pas face aux incendies qui ont embrasé plusieurs régions du pays. À Béjaïa et Jijel, particulièrement éprouvées, les pompiers sont engagés dans une course contre les flammes, soutenus par les unités de l’Armée nationale populaire (ANP) et les services forestiers. Objectif, reprendre le contrôle des foyers, protéger les populations et contenir les dégâts.
À Béjaïa et Jijel, deux des wilayas les plus durement touchées, pompiers, militaires, forestiers et moyens aériens travaillent sans relâche pour empêcher les incendies de poursuivre leur progression.
Dans ces zones fortement boisées, chaque heure compte. Les équipes de la Protection civile interviennent sur plusieurs fronts à la fois, avec pour priorité d’attaquer les foyers, de sécuriser les habitations menacées et de venir en aide aux populations exposées. Une intervention qui exige une coordination permanente, les incendies pouvant rapidement changer de direction sous l’effet du relief et des conditions météorologiques.
La lutte a été renforcée par un important appui aérien. Quatre avions bombardiers d’eau de type AT-802 ont été mobilisés, notamment pour combattre deux foyers à Taskena et Ziama Mansouria. Les appareils effectuent des rotations pour atteindre les zones les plus difficiles d’accès et freiner la progression des flammes, en complément des équipes engagées au sol.
La mobilisation se poursuit également dans les secteurs d’El Kseur et de Tichy, où les équipes restent engagées pour maîtriser les foyers et éviter leur extension vers les zones habitées.
À Jijel, la mobilisation demeure également importante. Les équipes doivent à la fois progresser sur le front des flammes et protéger les populations. Des opérations de reconnaissance et de surveillance sont menées parallèlement aux interventions d’extinction afin d’identifier les points à risque et d’éviter toute reprise.
Cette bataille intervient alors que le bilan humain officiel s’est alourdi. Douze personnes ont perdu la vie et 54 autres ont été blessées, selon le bilan communiqué par les autorités, principalement à Béjaïa, Jijel et Tizi Ouzou. Des témoignages recueillis sur place font toutefois état d’un bilan plus lourd à Jijel, qui devra être confirmé par les autorités compétentes.
L’ANP entre en renfort
Pour faire face à l’ampleur des opérations, l’Armée nationale populaire a engagé ses moyens aux côtés de la Protection civile et des services forestiers. La 5e Région militaire a ainsi mobilisé des moyens terrestres et aériens pour renforcer le dispositif de lutte.
Des moyens spécialisés ont été mis à contribution, notamment des avions bombardiers d’eau Beriev BE-200 ainsi que des hélicoptères lourds Mi-26 des Forces aériennes.
Cette mobilisation renforce les capacités d’intervention dans les secteurs où l’accès terrestre est particulièrement difficile. Elle permet également de multiplier les points d’attaque contre les foyers et d’agir rapidement lorsque les flammes menacent de gagner de nouvelles zones.
La coordination entre les différents corps engagés constitue l’un des principaux leviers de la lutte. Pendant que les moyens aériens s’attaquent aux foyers depuis le ciel, les équipes au sol progressent dans les zones sinistrées, sécurisent les périmètres et protègent les habitations.
Sur le terrain, les éléments de la Protection civile restent en première ligne. Leur intervention se poursuit au plus près des flammes, parfois dans des conditions particulièrement éprouvantes. Au-delà de l’extinction, ils assurent la mise en sécurité des personnes, la protection des habitations et la surveillance des zones déjà traitées.
Le travail se poursuit également après le passage des flammes. Les équipes doivent s’assurer que les foyers sont effectivement maîtrisés et prévenir toute reprise susceptible de relancer l’incendie. Une vigilance d’autant plus nécessaire dans les zones forestières où des points chauds peuvent persister sous la végétation.
Au moment de la mise sous presse, le bilan établi à 13 heures par la Direction générale de la Protection civile faisait état de 97 incendies enregistrés à travers le pays. Soixante-huit avaient été éteints, tandis que 29 demeuraient en cours d’extinction dans quinze wilayas.
Skikda comptait alors cinq foyers, Guelma quatre et Béjaïa trois. Jijel, Annaba, Mila, Souk Ahras et Tizi Ouzou comptaient chacune deux incendies. D’autres foyers étaient signalés à El Tarf, Tébessa, Constantine, Sétif, Médéa, Djelfa et Bouira.
Si la priorité immédiate reste la sauvegarde des vies humaines et la protection des biens, les incendies font également peser une lourde menace sur le patrimoine forestier. Massifs boisés, maquis et espaces végétaux sont exposés aux flammes dans plusieurs régions, particulièrement dans les zones montagneuses.
L’ampleur des dégâts environnementaux et matériels ne pourra toutefois être mesurée avec précision qu’une fois les incendies totalement maîtrisés. Les opérations de reconnaissance permettront alors d’établir les superficies touchées et d’évaluer les pertes enregistrées dans les secteurs forestier, agricole et résidentiel.
Pour l’heure, la consigne reste la même sur tous les fronts, tenir, contenir et éteindre. À Béjaïa comme à Jijel, les équipes poursuivent leur combat contre un ennemi qui ne laisse aucun répit. Dans les airs, les bombardiers d’eau multiplient les rotations. Au sol, les pompiers progressent au cœur des zones embrasées, tandis que militaires et forestiers renforcent le dispositif.
Une mobilisation massive pour tenter de reprendre le dessus sur les flammes et empêcher que le bilan humain et les dégâts ne s’alourdissent davantage.