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Op-Ed

In Salah ou la pédagogie de Ghardaïa

L’affaire du gaz de schiste n’a pas l’air de voir un dénouement immédiat. Tous les émissaires du régime sont retournés bredouille d’In Salah où toute une population s’opte le droit de valider tel projet, jugé bon dans ses approches environnementales et sociales, ou de rejeter tel autre supposé nocif pour les mêmes raisons.

Il est clair que dans toute cette tempête régionale ce sont les projets inscrits dans la fouille de route de la politique du gouvernement qui prennent un sérieux coup de massue. Face à l’ambivalente logique des décideurs d’aller au bout du raisonnement à même de calmer les esprits, c’est à l’insoumission de la population de squatter l’espace médiatico-politique.

Comme si, en raisonnant par l’absurde, comme si, donc, un Etat d’un pays aussi fort, aussi grand que l’Algérie aurait besoin de ce souque à la corde, qui ne dit pas encore ses conséquences, pour imposer ses épreuves de force. C’est à se demander vraiment sur les intentions d’un pouvoir qui a laissé derrière son récent passage à Ghardaïa une région méconnaissable, vidée de son brassage culturel, économiquement appauvrie, socialement divisée et dont personne ne parle aujourd’hui.

Toute une pédagogie à retenir.

Il est vrai que le problème n’est pas de la même nature. Que la population du sud ce sont ces tribus caractérisant un tempérament de « docilité » collé au sable et que sans avertir montrent soudainement une tête de bique refusant de s’ouvrir à une richesse qui appartient à tout le pays, non pas à une seule région pour qu’elle s’arrache le droit d’en recourir ou pas.

Certains, plus que jamais c’est le moment, parlent de manipulation. Qu’une faction du pouvoir au sein du pouvoir lui-même, à définir ce qu’est le pouvoir, chercherait, à travers l’épisode d’In Salah, de chasser une autre maintenue par Paris et acolytes nouvellement enrichis…

Dans un pays comme le nôtre, un pays où la communication n’est pas encore dans le sacrosaint des gouvernants, toutes les hypothèses sont plausibles et retenues. Y compris les spéculations traduites par les théories du complot. Dans ce cas de figure, les comploteurs réussiront une chose : Le pourrissement.

Celui qui va aboutir à déclarer, pour raison et sécurité de l’Etat, la zone quadrillée et militaire, au mieux soumise à un laissez-passer administratif. Zone interdite à ses propres habitants, abusés par des semaines de soulèvement infructueux, de grève de la faim…
C’est la pédagogie de l’Etat dont les appareils mis à sa disposition réussiront toujours à lui sauver la face lorsque le langage de la force est mis en avant.

Il reste l’autre alternative : exiger pacifiquement un débat national. Un débat qu’animeraient des scientifiques, spécialistes et politiques, un débat aboutissant sur un référendum reflétant dans la transparence la voix du peuple. A condition encore une fois que la sincérité de l’Etat ira jusqu’à avouer au peuple tous les contrats qu’il a déjà établis avec ses « bénédictins » à la recherche du dieu… schiste.

A défaut, In Salah ne sera que l’autre visage de Ghardaïa : une région plus affaiblie et plus appauvrie qu’elle ne l’était.

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