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Nationale

Importation de blé avarié : des enquêtes en cours

Importation de blé avarié : des enquêtes en cours

Si les incidents répétitifs liés à l’importation de blé tendre avarié, survenus récemment, sont considérés par certains observateurs comme «un scandale», d’autres experts y voient l’obligation de diligenter des enquêtes poussées pour mettre fin à ce genre de pratique devenue courante dans le commerce international. Suite à la découverte du blé mélangé au charbon au port de Ghazaouet, l’expert consultant en agriculture et conseiller à l’export, Aissa Manseur, a affirmé au Jeune Indépendant que les autorités doivent faire preuve d’une tolérance zéro pour la protection de la santé du consommateur. La justice s’est justement saisie de ces affaires. Plusieurs responsables en charge de l’importation du blé ont été entendus par les enquêteurs durant les derniers jours.

«L’Algérie importe annuellement jusqu’à 13 millions de tonnes de céréales dont 7 à 8 millions de tonnes de blé tendre. Les achats se font par l’acheminement de ces grandes quantités à partir des pays fournisseurs en partie. Ainsi, les ports algériens accueillent annuellement plusieurs cargaisons de céréales, notamment du blé. Le hasard a fait que deux cargaisons successives, en l’espace de moins de deux mois, étaient entachées par des produits qui les rendent impropres à la consommation», a déclaré l’expert. Selon ses précisions, des manquements peuvent survenir de part et d’autre lors de l’opération d’importation.
«Une telle pratique est courante dans le commerce international. Le fournisseur peut tricher sur la marchandise vendue et l’importateur peut ne pas veiller convenablement au contrôle de la marchandise réceptionnée», a-t-il expliqué.
«Le refoulement des cargaisons de blé avarié peut arriver dans le monde du commerce international. Ainsi, en 2019, l’Egypte a refusé de réceptionner 60 000 tonnes de blé français parce qu’il contenait un taux excessif de champignons», a-t-il ajouté pour étayer ses dires.

Une enquête poussée s’impose

Cependant, le spécialiste en agriculture a estimé qu’afin de situer les responsabilités dans un cas pareil, une enquête poussée s’impose et les services compétents se doivent d’éclaircir la situation et de déterminer les circonstances de cette transaction commerciale «pas du tout saine», surtout qu’il s’agit d’un produit alimentaire stratégique.
Il a expliqué que le fournisseur peut tricher et tenter d’écouler sa marchandise de moindre qualité, qui ne répond pas aux exigences du pays importateur, s’il trouve preneur avec la complicité de l’importateur. Ce  qui, selon lui, pourrait être «sans doute une affaire de corruption».
«On doit sévir et combattre énergiquement ce phénomène avec la force de la loi et bannir à jamais ce fournisseur fraudeur de toute transaction commerciale à l’avenir», a souligné l’expert.
Par ailleurs, M. Manseur a jugé «inutile» de dramatiser en évoquant du blé «empoisonné» dans la sphère publique.
«C’est insensé d’évoquer cette thèse qui sème la panique. Lorsqu’on parle de blé empoisonné, on donne l’impression que c’est une opération commanditée avec préméditation. Dans des affaires de ce genre, la loi doit être appliquée dans toute sa rigueur, et celui qui ferme les yeux sur ces dérives par complicité doit être puni vigoureusement pour que ce soit une leçon pour ceux qui voudraient céder à la tentation», a-t-il estimé.

Des frontières hermétiques face à toute marchandise non conforme

Pour ce qui est des mesures à mettre en place pour protéger le consommateur d’éventuelles dérives dans ce type de transaction, le conseiller à l’export considère que seul un contrôle rigoureux au niveau des frontières pourrait intercepter toute marchandise non conforme au cahier des charges engageant les deux parties.
«Il faut savoir que tous les produits alimentaires qui franchissent nos frontières maritimes, aériennes ou terrestres sont soumis à un contrôle par des agents spécialisés en la matière. Les cargaisons ne seront autorisés à être débarquées que si elles ne présentent aucune détérioration de la qualité requise», a soutenu l’interlocuteur.

L’importation du blé par l’OAIC, a-t-il dit, est soumise à un cahier des charges qui détermine avec clarté les exigences et les normes de qualité requises. L’incoterm choisi par les deux parties dans la transaction commerciale précise donc les droits, les devoirs et les responsabilités de chacun en cas d’incidents imprévus. Ainsi, toute défaillance dans les normes prescrites entraînerait un refoulement de facto de la marchandise concernée.
L’expert a mis l’accent sur l’accomplissement de l’enquête sans léser une quelconque partie.
«Il ne faut surtout pas prendre à la légère ou fermer les yeux sur des pratiques qui peuvent nuire à la santé des consommateurs. Mais je répète qu’il ne faut léser aucune partie sans avoir les résultats de l’enquête afférente», a-t-il conclut.
Il convient de rappeler que l’OAIC a connu, en un mois et demi, deux incidents liés à  l’importation de blé tendre avarié, comme il a été rapporté dans les éditions précédentes du Jeune Indépendant. La première cargaison, contenant  30 000 tonnes de blé tendre importé de Lituanie, a été réceptionnée au port d’Alger et a conduit  au limogeage, à la fin de novembre 2020, du directeur de l’OAIC, Abderrahmane Bouchacha. Quant à la deuxième affaire, elle est intervenue il y a une semaine lorsqu’une quantité de 2 600 tonnes de blé tendre en provenance d’Estonie a été découverte mélangée à du charbon au port de Ghazaouet (wilaya de Tlemcen). Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, avait chargé le ministre des Finances, Aymen Benabderrahmane, de procéder à un audit au sein de l’OAIC, alors que le ministre de l’Agriculture, Abdelhamid Hamdani, avait affirmé qu’une enquête était en cours.

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