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Op-Ed

Impardonnable

Voilà qu’encore une fois, le secrétaire général de l’Organisation nationale des Moudjahidine (ONM), Saïd Abadou, demande à la France de « présenter des excuses » pour les crimes commis contre les Algériens et les préjudices moraux et matériels subis durant la longue période coloniale.

La France, arrogante et raciste, est fière de son passé colonial en Algérie pour l’avoir canonisé dans une loi scélérate en 2005. Lui demander des excuses équivaut à lui tendre la perche pour nous renvoyer des réactions aussi exécrables et voyous que le « bras d’honneur » de l’ancien ministre de la Défense Gerard Longuet.

Or, les crimes français en Algérie sont impardonnables et expugnables. Les excuses ne suffiront jamais à expier les crimes français en Algérie, encore moins satisfaire la victime et lui rendre justice, car les horreurs commises pendant 132 ans en Algérie ont été planifiées et décidées au plus haut niveau de l’Etat.

C’est l’Etat français qui agissait tout au long de l’occupation et sous toutes les formes en tant que détenteur du droit d’opprimer, de tuer, d’avilir et d’asservir des populations entières.

Les massacres de civils en parallèle des spoliations ont été exécutés par des militaires zélés, avec l’aval de responsables politiques ayant le sentiment d’agir en tant que race supérieure contre des « barbares » et des « sous-hommes ». Le 28 juillet 1885, Jules Ferry, alors président de l’Etat français, décrétait haut et fort, devant le Parlement que « les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures ». C’était la justification donnée aux atrocités françaises en Algérie. Nul n’ignore que le colonialisme est un crime contre l’humanité. Le crime contre l’humanité, tout comme le génocide et le crime de guerre, est aussi un crime d’Etat.

C’est le cas aujourd’hui en Palestine. Le crime contre l’Humanité est un crime qui porte atteinte aux droits humains, c’est-à-dire que le criminel ne traite pas ses victimes comme des êtres humains et souvent bien pire qu’un animal. Les Algériens n’avaient de ce fait aucun droit de contester leur condition ni de la remettre en cause, y compris par les moyens pacifiques.

Le tribunal de Nuremberg de 1945, qui eut à juger les crimes nazis, qualifia le crime contre l’humanité comme : « l’assassinat, l’extermination, la réduction en esclavage, la déportation, et tout autre acte inhumain inspirés par des motifs politiques, philosophiques, raciaux ou religieux et organisés en exécution d’un plan concerté à l’encontre d’un groupe de population civile ».

 Il est pire que le génocide. Dans le génocide, la population disparaît alors que dans le colonialisme on la maintient en survie pour l’exploiter et l’humilier. Le colonialisme est le crime des crimes : impardonnable, imprescriptible et inexpiable.

C’est la matrice de tous les crimes de masse : on parquait les Algériens dans des camps de concentration, on les massacrait, on rasait et brûlait leurs terres, ils étaient astreints au carnet de voyage pour circuler dans leur propre pays. Dans les tribunaux, ils étaient toujours coupables et le témoignage d’un colon ou d’un Français valait mille témoignages d’Algériens arabes. Le code de l’indigénat, ce monstre juridique, était d’ailleurs la démonstration toute cristalline du racisme français à l’égard des Algériens.

Alors comment peut-on demander à la France de s’excuser de crimes qui sont par vocation impardonnables. M. Abadou devrait ranger son cassandre car aucun Algérien digne de ce nom n’acceptera les excuses de la France, encore moins lui pardonnera. 

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