Ils étaient nombreux à s’y rendre : Les enfants s’en donnent à cœur joie au SILA
Cette année encore, les enfants ont volé la vedette au Salon international du livre d’Alger (SILA). Entre ateliers créatifs, lectures captivantes et rencontres avec des auteurs, les plus jeunes visiteurs ont fait du pavillon jeunesse un lieu vivant, joyeux et plein d’espoir pour l’avenir du livre.
Sur l’esplanade du palais des Expositions, un joyeux brouhaha envahit les allées du Salon international du livre d’Alger (SILA). Des enfants tirent leurs parents par la main, les yeux brillants devant les stands colorés, les affiches de contes et les montagnes de livres illustrés. Dans le pavillon Ahaggar, dédié aux éditeurs algériens et étrangers spécialisés dans le livre d’enfants, l’odeur du papier neuf se mêle aux rires et aux voix enthousiastes des jeunes lecteurs.
Il est à peine 10h30, et déjà les familles affluent en nombre. Le SILA devrait attirer cette année encore une foule record : près de 3 millions de visiteurs, selon les organisateurs. Dans les allées, impossible d’avancer sans croiser des enfants les bras chargés de livres ou des parents à la recherche du stand de leur maison d’édition préférée.
« C’est notre troisième visite depuis l’ouverture ! », sourit Samira, institutrice venue avec ses deux filles. « Elles adorent les histoires et les ateliers de dessin. Ici, on apprend tout en s’amusant ». Autour d’elle, les petites feuillettent avec émerveillement les ouvrages colorés proposés par les éditeurs.
« Moi, j’ai acheté le Trésor du désert et des livres de Sherlock Holmes ! », lance fièrement Racim, 12 ans, venu de Boumerdès. « J’adore les enquêtes et les mystères. A l’école, on lit surtout des manuels, mais ici je peux choisir ce que j’aime vraiment », confie-t-il, avant d’ajouter : « Je veux apprendre à réfléchir comme Sherlock, à observer les détails et à trouver des solutions. Plus tard, j’aimerais écrire mes propres histoires de détective ».
Pour Fatima, bénévole dans un atelier de dessin, ce sont ces moments qui donnent tout leur sens à l’événement. « Quand un enfant repart avec des étoiles dans les yeux, c’est qu’on a réussi à lui transmettre quelque chose. Ce Salon est devenu un espace de rêve pour eux », a-t-elle affirmé.
Ces scènes se répètent d’un stand à l’autre. Certains éditeurs ont même aménagé des coins lecture décorés de coussins et de dessins, invitant les enfants à s’asseoir, lire, colorier ou écouter des contes.
Le livre, un plaisir à partager
Pour les parents, le Salon n’est pas qu’un lieu d’achat mais une rare occasion de partager un moment culturel en famille. « Je préfère emmener les enfants ici que dans un centre commercial », confie Mourad, père de trois enfants. « Le livre éveille leur curiosité et leur ouvre l’esprit », ajoute-t-il.
« On redécouvre le plaisir de lire ensemble », affirme Karima, mère d’un petit garçon de six ans. « Il me demande maintenant de lui lire des histoires chaque soir », ajoute-t-elle.
Beaucoup saluent aussi la richesse de l’offre pour enfants : contes algériens, bandes dessinées locales, encyclopédies illustrées, ouvrages bilingues… une diversité qui séduit petits et grands.
Contrairement aux idées reçues, le livre papier garde toute sa place. « Il ne faut pas croire que les tablettes ont tout balayé », explique le gérant de Dar Mizouar, occupé à servir une file de parents. « Les ventes ne sont pas énormes, mais les parents dépensent volontiers pour leurs enfants », souligne-t-il.
Même constat au stand de El-Maktaba El-Khadra (la Bibliothèque verte), spécialisée dans les histoires tirées du Coran et du patrimoine algérien. « Avec des réductions de 10 à 15 %, les familles n’hésitent pas », affirme-t-on.
Le livre parascolaire en tête des ventes
Autre tendance forte, c’est le succès du livre parascolaire. « Je suis venue pour acheter des livres qui aideront mes enfants à améliorer leur niveau scolaire », témoigne une mère de famille.
Plusieurs maisons d’édition confirment, en effet, que ces livres sont les plus demandés lors de cet événement culturel. « Nous avons dû réapprovisionner nos stocks dès le deuxième jour », indique l’un des responsables de la maison d’édition Echihab. « Les manuels de lecture et les exercices de français se vendent particulièrement bien ».
Du côté de Flites Editions (Médéa), l’enthousiasme est le même : « C’est ici que naissent les lecteurs de demain », confie un éditeur dont le catalogue compte une trentaine de nouveautés en anglais.
Le pavillon enfants ne se limite pas aux éditeurs algériens. Des maisons égyptiennes, libanaises, jordaniennes et européennes y présentent leurs nouveautés.
Le SILA séduit aussi par sa dimension éducative et interactive : de nombreuses écoles profitent de l’événement pour organiser des excursions pédagogiques, tandis que les associations proposent des visites guidées et que les maisons d’édition multiplient les ateliers, origami, théâtre, écriture, dessin… « J’ai appris à fabriquer un marque-page ! », raconte fièrement Yasmine, 8 ans. « Je vais le mettre dans mon livre préféré », dit-elle.
Pour beaucoup d’enseignants accompagnant leurs classes, ces sorties sont une belle manière d’allier plaisir et apprentissage. « Le SILA, c’est une école à ciel ouvert », confie la directrice d’une école primaire d’Alger. « Les enfants découvrent le livre autrement, en dehors du cadre scolaire. Ils apprennent sans s’en rendre compte, et c’est ce qui rend l’expérience si précieuse ».
A l’extérieur, sous les tentes, des spectacles de marionnettes et des quiz littéraires attirent les foules. Chaque coin du Salon vibre d’activité, transformant le SILA en un véritable espace de découverte.
Entre rires d’enfants et discussions passionnées d’adultes, le SILA se transforme en un grand espace de transmission culturelle. « Quand je vois autant d’enfants autour des livres, je me dis que tout n’est pas perdu », souffle Nadia, enseignante à la retraite, venue de Bab Ezzouar. Et au moment de quitter les lieux, beaucoup promettent déjà de revenir l’an prochain. Car au SILA, le livre ne se lit pas seulement, il se découvre et se partage en famille.