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Monde

Il y a 75 ans se dessinait le monde de l’après-guerre: L’esprit de Stalingrad

Il y a 75 ans se dessinait le monde de l’après-guerre:  L’esprit de Stalingrad

L’histoire joue parfois des tours qu’elle seule détient le secret. Pour les soviétiques hier, les Russes et les Chinois aujourd’hui, l’histoire se répète. Au lieu d’être considérées comme des puissances alliées parce qu’elles ont fourni un véritable effort de guerre, contre le nazisme et le fascisme entre 1941 et 1945, et contre la pandémie du coronavirus en 2020, voilà que les politiques euro-américains, au nom d’une pseudo-supériorité atlantiste, présentent les puissances eurasiatiques comme source de péril : rouge puis jaune.
Or, l’histoire inscrit toujours les errements des puissances hégémonistes occidentales peu enclines à tirer les enseignements mémoriels. 

Déjà en 1945, alors que les armées soviétiques investissaient Berlin pour débusquer le Führer dans son bunker, la propagande américaine avait commencé à préparer l’opinion publique américaine et européenne à une nouvelle guerre, froide cette fois-ci, avec un nouvel ennemi l’Union soviétique. Pour les spin doctors de Washington et de Londres, il fallait préserver l’effort de guerre pour booster l’économie et de s’assurer la domination au niveau international. Cette ambition outre-Atlantique ne pouvait se prendre toute sa mesure sans créer un épouvantail permanent qu’on agite au grès des circonstances et des manœuvres avec une armada de propagande qui frise l’hystérie. Dans la psyché collective américaine, l’espion russe pouvait se loger partout y compris dans la salle de bain. 
Washington ne voulait pas de système international bipolaire. L’Union soviétique avec ses 22 millions de morts dans le Seconde Guerre mondiale ne devait pas, du point de vue atlantiste, jouer le rôle qui lui revenait légitimement dans la direction du monde post-1945. Nonobstant les zones d’ombres du stalinisme en URSS lui-même et en Europe de l’Est d’une manière plus globale, l’Union soviétique a tellement été diabolisé uniquement dans le but de contester son leadership dans la gouvernance bipolaire du monde de l’après la conférence de Yalta. Pourtant c’est justement à Yalta que le leader soviétique accepta de porter assistance à Roosvelt dans sa guerre contre le Japon, faisant preuve de solidarité dans la lutte contre le fascisme. Or, n’était-ce l’abnégation de la Russie à Stalingrad, la victoire des alliés n’aurait jamais eu lieu ou peut-être que la seconde guerre mondiale se seraient prolongée pendant des années. Dans la bataille de l’ancienne Tsaritsyne (baptisée Stalingrad en 1925 avant d’endosser définitivement en 1961 le nom de Volgograd) qui a duré neuf mois, les soviétiques avait alors démontré aux alliés lors de la bataille de Stalingrad que la Wehrmacht n’était pas invincible. Les victoires successives de l’armée rouge contre d’abord la 6e armée nazie conduite par le général Friederich Paulus à Stalingrad puis contre le reste des troupes nazie de Bulgarie, Pologne jusqu’à Berlin.

La salve collective
Voyant se concrétiser une arrivée certaine des troupes de Staline à Berlin avant les alliés coincés dans le bourbier des Ardennes belges, les alliés avaient tenté de stopper son avancée en invitant la Luftwaffe (avion allemande) à lancer ses attaques contre les troupes qui se trouvaient alors à 800 km de la capitale du 3e Reich. Or, ces manœuvres n’ont pu changer le cours de l’histoire. Le rôle de la Russie était décisif dans la chute du régime d’Adolf Hitler de l’aveu des européens de l’époque. En 1945 les Français étaient 57 % à considérer l’URSS comme la nation ayant le plus contribué à la défaite de l’Allemagne nazie. Le 75e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale intervient dans un contexte inédit et truffé d’incertitudes. En ce printemps 2020, la « guerre » contre le Covid-19 a suscité des interrogations quant à la nature du monde et des relations internationales.
Aujourd’hui, avec la pandémie du coronavirus, et en l’absence de gouvernance unipolaire du monde, le leadership américain étant fortement contesté dans les faits, une nouvelle charge politique et médiatique anti-russe et anti-chinoise est orchestrée depuis les principales capitales du bloc atlantiste. Le président américain Donald Trump a donné le ton, l’écho est venu de Paris, Berlin et Londres. Le fait que Macron, Meckel et Johnson lui ai emboité le pas, cela suppose une étroite coordination pour lancer la salve !
La rhétorique anti-chinoise construite sur l’origine du coronavirus, crée, selon ses promoteurs, dans un laboratoire chimique de Wuhan, et celle anti-russe construite elle, sur la convocation du mythe du péril rouge après l’acceptation par l’Italie de l’aide médicale et militaire proposée par Vladimir Poutine, font partie de la même logique de diabolisation à desseins géopolitiques. En effet, la crise sanitaire mondiale a dénudé le système stratégique atlantiste, montrant se limites et ses carences, d’abord à quelques-uns de ses membres, à l’instar de l’Italie.
Le fait que Rome se tourne vers Moscou et Pékin, car délaissé par Washington, Bruxelles et Paris, est révélateur de la fin d’un cycle historique pour le bloc occidental. L’émergence des contours du bloc eurasiatique, véritable moteur des BRICS, avec la stratégie chinoise de la Ceinture et de la Route (la nouvelle Route de la Soie) comme catalyseur des forces de ce bloc en devenir.
La hantise de Trump est celle de ses alliés européens est de voir le plus de pays possible, et surtout en Europe, se tourner vers l’Est afin de rebâtir leurs économies mise à mal par les répercussions de la pandémie. Pis, le locataire de la Maison blanche n’est pas loin d’accuser les pays qui ont accepté l’aide russe, et son pays même en fait partie, ironie du sort, de se transformer en alliés de Moscou à défaut de devenir l’œil de Moscou !
C’est ainsi que l’histoire de répète. Mais la donne de 2020 n’est pas celle de 1945. Trump n’ayant pas l’intelligence de Roosevelt, et Poutine n’étant pas cruel comme Staline, le sens de l’histoire se trouve changé, et avec la dynamique du monde de demain qui ne sera plus forcément celui de l’Empire américain. 

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