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Culture

Karim Tahar une icône de la chanson et de la boxe

Karim Tahar une icône de la chanson et de la boxe

Il s’appelle Tahar Khalli mais il est connu sous l’appellation de Karim Tahar. Il est né le 17 octobre 1931 à Sidi Aïch, à Béjaïa. Toutefois, Karim Tahar est un Algérois d’adoption, car il a rejoint Alger dès l’âge de huit ans, où il vit encore aujourd’hui.

Ce nonagénaire, encore très alerte, réside à El-Biar. Pour des raisons non déterminées avec exactitude, Karim Tahar n’est vraiment connu que dans les milieux artistique et sportif et surtout de ceux jouissant du statut intellectuel. 

Et pourtant, Karim Tahar a eu une vie très mouvementée, tant sur le plan de la chanson que sur le plan de la boxe. Il est aussi un moudjahid authentique. Il s’est mis sous la bannière du FLN dès que cette organisation a appelé à la lutte contre la France coloniale. 

Une partie du profil de Karim Tahar a été dévoilé jeudi dernier, dans l’après-midi, à l’occasion de l’hommage qui lui a été rendu à la maison de la Culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou, à l’initiative de la direction de la culture, à sa tête Nabila Gouméziane, en collaboration avec la maison de la Culture Mouloud-Mammeri. 

En effet, c’est à cette rencontre, qui a vu la présence d’une pléthore d’artistes, tels que Rabah Ouferhat, également premier responsable du Syndicat des artistes, et Tahar Taleb ainsi que des universitaires tels que Youcef Merahi, le directeur de la jeunesse et des sports de la wilaya, Nabila Gouméziane bien sûr et tant d’autres personnalités du monde de la culture et des sports, que le public tizi-ouzien a découvert une partie de la vie de cet illustre personnage, et ce grâce à la conférence animée dans ce sens par le Dr Mouloud Ounnoughène, intitulée «Karim Tahar, l’artiste double». 

Il convient d’abord de signaler que ce titre a trouvé son essence dans la double fonction dont s’est merveilleusement acquitté Karim Tahar, à savoir celles de la chanson et de la boxe. 

Concernant ce noble art, il y a lieu de savoir que Karim Tahar a croisé une multitude de boxeurs dont bon nombre d’entre eux ont subi un K.-O. (knock out). C’est aussi cette passion pour le noble art qui a conduit Karim Tahar à faire non seulement deux fois le tour du monde, mais aussi à faire la connaissance de certaines légendes de la boxe, à l’instar de feu Mohammed Ali. Il a fait la rencontre de celui-ci aux Etats-Unis. Selon le témoignage de Karim Tahar, ce fut une véritable osmose entre lui et le légendaire Mohamed Ali. Il a aussi rencontré la star du cinéma français feu Jean-Paul Belmondo, puisque celui-ci était connu aussi pour son côté boxeur. «J’ai connu également le père de Jean-Paul Belmondo qui était, quant à lui, un artiste en sculpture», a déclaré Karim Tahar. 

Toujours sur le volet du noble art, l’assistance a appris, à l’occasion de cet hommage qui lui a été rendu, que Karim Tahar a arbitré en 1974, à Cuba, le match de boxe qui opposa un Américain à un Russe. Et sur les 45 candidats qui se sont présentés pour arbitrer ce gala de boxe, la commission de sélection a retenu Karim Tahar. Bien sûr, vu sa parfaite connaissance des règles de la boxe, les instances nationales et internationales ont chargé Karim Tahar d’accomplir plusieurs missions dans ce cadre précis.  

Avant de clore ce chapitre portant sur la boxe, même s’il est loin d’être exhaustif, il serait intéressant de relever cette anecdote dont l’intérêt historique est certain. Au début des années 1950, juste avant le début de la guerre d’indépendance nationale, Karim Tahar était sur le ring en train d’affronter un sparring-partner. «D’un uppercut foudroyant au menton, j’ai mis K.-O. mon sparring-partner. Soudain, une voix en arabe algérien se fit entendre dans la salle : Est-ce que moi, je peux monter sur le ring pour t’affronter ?. Quoi ?, ai-je répondu au jeune homme qui, visiblement, était nerveux et surtout sûr de lui. Je veux t’affronter pour te montrer de quoi je suis capable, a poursuivi le jeune homme.

Après un moment d’hésitation, les responsables laissèrent le jeune homme monter sur le ring. Dès qu’il est monté sur le ring, j’ai deviné que le jeune homme n’était pas un boxeur mais un bagarreur de rue. Un boxeur en position de combat met en avant ses mains alors que ce jeune homme a mis en avant sa tête.

C’est pourquoi, dès que le gong a sonné, je l’ai mis K.-O. d’un uppercut au menton. Cependant, juste après avoir repris ses esprits, au lieu d’enlever ses gants en signe d’abandon, le jeune homme a insisté pour la reprise du combat. Et, encore une fois, je l’ai mis K.-O. dès que le gong a sonné», a raconté, tout ému, Karim Tahar. «Et c’est à cette occasion, a-t-il poursuivi, que j’ai découvert que le jeune homme qui m’avait défié était Ali La Pointe». Toujours selon son témoignage, Karim Tahar et Ali La Pointe devinrent des amis.

Ali La Pointe a même demandé à Karim Tahar de l’initier à la pratique de la boxe. «Cependant, il était trop impulsif ; ce qui ne lui permit pas d’apprendre ce noble art. D’ailleurs, un combat de boxe opposa plus tard Ali La Pointe à quelqu’un qui maîtrisait cet art. Et comme la première fois, Ali La Pointe s’avança vers son adversaire la tête en avant, d’où un uppercut qu’il reçut en pleine figure et qui le mit K.-O. Cependant, hormis son impulsion, Ali La Pointe nourrissait de grands sentiments patriotiques d’où son empressement à voir les Algériens prendre les armes contre la France coloniale», a-t-il ajouté. 

Karim Tahar a aussi levé le voile sur l’appellation d’Ali La Pointe. «Ce nom La Pointe est celui d’un quartier de Miliana où le chahid est né et non la Pointe Pescade à Alger, comme certains l’ont toujours cru», a révélé Karim Tahar.  

Le père de la chanson kabyle moderne 

Pour ce qui est de la chanson, kabyle notamment, Karim Tahar y a également laissé son empreinte. En effet, c’est lui qui a introduit dans les années 1940 le style dit «moderne», et ce au grand dam des conservateurs. Une anecdote à ce sujet : alors que le jeune chanteur et son orchestre travaillait une partition musicale, voilà que Cheikh Nourredine, ivre de colère, fait irruption dans la salle : «C’est quoi ce charivari insultant la chanson kabyle ?», en s’adressant aux musiciens, particulièrement à Karim Tahar. Après un long et méchant discours, Cheikh Nourredine a fini par quitter la salle. 

Il convient de noter que Karim Tahar a fréquenté de grandes personnalités nationales et internationales tels que Missoum, Amari Maâmar, Mohamed Iguerbouchène, Kamel Hamadi, Cherif Kheddam, Mohamed Abdelawahab, Hamada Abdelwahab, Fraid El Aâtrach, José de Suza, Pierre Devevey, Edith Piaf et tant d’autres. 

 Selon le Dr Mouloud Ounnoughène, c’est en 1947 que Karim Tahar a enregistré sa première chanson intitulé Itidj Maradichrek (Quand le soleil se lève) ; chanson qui a connu un grand succès. S’ensuivirent d’autres au fil des années telles Yestrou ouine ousinara yemmas (Est triste celui qui n’a pas connu sa mère) ; Ya Habiba (Chère amie) ; Quâlbi aâlach ? (Mon cœur, pourquoi ?) ; Je chante pour toi.

Il convient de signaler que Karim Tahar, surnommé «Tino Rossi de chez nous» a chanté en kabyle, en arabe et en français. Le Dr Mouloud Ounnoughène a diffusé quelques extraits des chansons de l’artiste. En l’écoutant, on découvre que la voix de Karim Tahar ressemble beaucoup à celle de Cherif Kheddam. 

Par ailleurs, le public dans la salle a insisté auprès du Dr Mouloud Ounnoughène pour qu’il fasse un livre sur la vie et l’œuvre artistique de Karim Tahar, homme qu’il compara à feu Sugar Ray Robinson pour avoir porté double casquette : la musique et la boxe. Le boxeur américain, en sus d’être homme du ring, excellait aussi dans la musique. Il jouait fort bien de la trompette et de la clarinette. A cette demande du public, le nonagénaire, qui est toujours alerte, a donné son OK. Son historiographe aussi. Donc, ce livre, qui sera certainement un best-seller, sera prochainement sur les étals des librairies. 

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