Il était une fois l’USM Blida : Grandeur et décadence
Dans le championnat algérien, il y a des clubs, même disparus ou relégués dans les divisions inférieurs, oubliés des intérêts médiatiques, et loin des feux de la rampe, ne laissent personne indifférent, tellement leur histoire est riche, dense et captivante. Leurs dirigeants, leurs joueurs et leurs staffs techniques avaient fait les beaux jours de beaucoup de grands clubs, comme le Mouloudia d’Alger, l’USMAlger, le Waboufarik, le Mouloudia de Constantine, l’USMAnnaba…
Ces clubs aujourd’hui disparus des radars médiatiques mais toujours ‘’vivants’’ sont, entre autres, l’Escadron de Guelma (ESG), pour la région est du pays, et le club légendaire de la Mitidja, l’USM Blida. Mustapha, mon ami et voisin de quartier, le somptueux Zabana de Blida, un adepte d’El Djemiaa, me tarabustait depuis un moment pour évoquer dans une page sportive de la presse nationale le passé prestigieux de l’USMB, se morfondant que son club de de cœur patauge dans les divisions inférieures.
Et, à Place Toute ou à Placette Laarbeb (l’ex-place des arabes) ou à Bab Essebt (cette ancienne porte du 16eme siècle d’où on se dirigeait naguère pour aller au souk hebdomadaire qui n’avait lieu qu’un samedi, sur la route de La Chiffa), bref, dans toutes les places fortes des amoureux de la balle ronde et du prestigieux club musulman de la ville des Roses, on se morfond et on se met à rêver au retour des temps bénis des grandes rencontres de football et des clubs prestigieux qui affrontaient le club local, aux couleurs blanc et vert. La ville n’a-t-elle aps deux grands stades, dont le légendaire Brakni ou Mustapha Tchaker ?
L’USMB est une histoire, et cette histoire est née durant la colonisation, entre les deux grandes guerres, en 1932, une dizaine d’années après la naissance du Mouloudia d’Alger, le CS Constantine (1926) et l’Union sportive musulmane d’Oran (1926). Le club musulman, qui est venu apporter un peu de baume au cœur des Algériens qui trimaient pour les colons et les riches européens dans une riche et fertile plaine de la Mitidja offerte par l’administration coloniale, dès l’entrée à Alger en juin 1830 du Duc de Bourmont, aux riches spéculateurs, capitalistes et autres colons français.
On peut dire, à l’instar du Mouloudia d’Alger et des autres clubs musulmans nés juste après la première guerre mondiale, que l’USM Blida, à travers le sport, avait, elle également, un agenda politique, culturel de sensibilisation et de prise en charge des jeunes pour la lutte et l’opposition par le sport à la domination socialement écrasante du colon.

L’USM Blida 1941-1942
Cette USMB là avait de l’allant et de la prestance, et dès ses premières années, entre 1930 et 1940, El Djemiaa allait faire parler d’elle et conquérir les cœurs des Blidéens, des gars de Boufarik, d’EL Affroun, de Hadjout (l’ex-Marengo où Camus a tué sa mère dans un hôpital minable), de Mouzaïa, Miliana… C’était alors le grand club musulman de la Mitidja qui allait, au milieu des années 1940, accéder en division d’Honneur, palier des grands clubs pieds noirs et rejoindre le MCA. A cette époque, celle des années 1940-1950, il y avait notamment les Baldo, Zaragoci, Abdelkader Mazouz, Maâmar Ousser, Mustapha Begga, M’hamed Sebkhaoui ou Ahmed Zahzah, Rachid Hadji, Boutata (gardien de but) ou Mokhtar Dahmane, alors que l’ex-virtuose du MCA, Smail Khabatou a pris la barre technique et comme soigneur Rabah Hamou. Allah Yerhemhoum.
Nous ne citerons pas tous les anciens joueurs du club le plus emblématique de la Mitidja et de la région centre du pays, par respect à tous ceux qui ont porté fièrement les couleurs du club, depuis sa naissance au plus fort de la nuit coloniale jusqu’à nos jours. En 1956, El Djemiaa suspend toute compétition dans le championnat, tout comme le Mouloudia d’Alger, car c’étaient à l’époque les deux seuls clubs musulmans qui évoluaient au palier supérieur, la division d’Honneur avec les clubs européens.

L’USMB en 1963
Après l’indépendance, le club a connu des hauts et des bas, avec des succès retentissants, mais, surtout, plusieurs rétrogradations….Jusqu’à la dernière, ….Comme elles sont loin les paroles de cette belle chanson de Hadj Mahfoudh sur l’USMB et le MCA….Pleure l’USMBlidéenne sur ton passé tombé si bas… Ahhh comme disait Hadj Mahfoud dans sa chanson..In challah Ya Rebbi, Enssar l’USMB, djemiaa islamya fi chamal Ifriquia…
Il faut réécouter cette belle chanson dédiée au club musulman de la ville de Sidi Ahmed El Kebir…pour comprendre tout le feeling, l’amour qu’on a pour ce club pas comme les autres, celui d’une ville qui a servi, après la chute en janvier 1492 de Grenade, de refuge aux réfugiés andalous, et, qui, bien avant l’arrivée de la colonisation française, avait rayonné dans toute l’Algérie avec son art culinaire, musical, religieux (à Blida des mosquées hanafites avaient existé jusqu’à récemment) et culturel….
Et puis ce club révolutionnaire, où avaient évolué des Martyrs de la révolution comme Mustapha Tchaker, les frères Brakni et tant d’autres, avait porté en lui tous les malheurs des ‘’Damnés de la Terre’’, de ceux qui avaient transité par l’hôpital psychiatrique de Blida (HPB) du fait du système colonial qui broyait les âmes et les consciences, et qu’une jeune équipe médicale, sous la direction de Frantz Fanon et son assistant Abderrahmane Aziz, tentaient d’apaiser les souffrances. Etait-il alors étonnant, sinon incongru de voir, tous les dimanche, les guerriers de l’USMBlidéenne mater et rabattre le caquet des clubs européens…C’était, sur un stade de football, une autre guerre que menait l’USMB, jusqu’à accéder au plus haut palier, et rejoindre le Mouloudia d’Alger en division d’Honneur…Quelle belle épopée….
Histoire d’une descente aux enfers
L’Union sportive musulmane blidéenne accède en 1947 à la prestigieuse division d’honneur, où évoluaient à l’époque coloniale les grands clubs pieds noirs ou européens, dont l’ASSaint-Eugène, le GSA ou le redoutable Galia, le RUA d’Albert Camus ou le FCBlidéenne. L’USMB rejoint ainsi le MCA, l’autre club musulman, qui charrie à chacun de ses matchs des milliers de supporters. Les deux clubs musulmans, celui de la Casbah d’Alger et celui de Douerates, la vieille médina de Blida avec sa mythique mosquée Ben Saadoune, vont alors évoluer dans une division où les premières places sont chères, et autant le Mouloudia que l’USMB se prêtent main forte contre les clubs des européens.
C’est ainsi qu’en 1952, l’USMB devait fatalement rétrograder, mais son sort était entre les mains du Mouloudia, qui croisait alors le fer contre le redoutable GSA, le puissant club européen du plus grand propriétaire terrien du Sahel algérois, Henry Borgeaud, qui possédait, outre le domaine de la Trappe (Cheraga) et ses vignobles, l’usine de tabacs et allumettes Bastos, à la rue Mizon, à Bab El Oued.

L’usmb en 2005
Affronter le GSA c’est donc affronter les milieux bourgeois et extrémistes des pieds noirs, mais qu’importe, le MCA était déjà un grand club et respecté, avec un terrain fétiche, le stade Saint-Eugène, qu’il partageait avec l’ASSE de Zouba et Mohamed Maouche. Cette année-là donc, le Mouloudia a gagné un match absolument fantastique, historique en battant (1-0) le Galia dans un stade Municipal archicomble, près de 20.000 spectateurs. Une victoire qui a enfanté beaucoup de fierté au sein des familles algéroises avec ce but magnifique du regretté Smail Khabatou, qui rejoindra après l’USM Blida et fera des ravages dans les défenses des clubs français.
Cette victoire du MCA sur le GSA a permis à l’USM Blidéenne de se maintenir en division d’Honneur. Et, une semaine après le match historique contre le club français, le Mouloudia perd devant le club fétiche de la Mitidja (1-2) au sein duquel opéraient des joueurs talentueux, autant algériens qu’européens, mais plus proches des musulmans que des pieds noirs comme le gardien de but Zaragoci ou le joueur Baldo.

Un enthousiasme et des espoirs de renaissance
Et, dans cette division d’Honneur des années 1940-1950 de la Ligue d’Alger, il y avait alors deux clubs musulmans, le MCA et l’USMB pour dix clubs français, dont le GSA, l’ASSE, l’OHD et le Racing Universitaire d’Alger (RUA).
L’USMB, il faut le dire et le répéter était un grand club, peut-être beaucoup plus pendant la période coloniale avec des joueurs talentueux, qu’après l’indépendance.
Né dans la tourmente de l’avant-seconde guerre mondiale, le club fétiche de la Mitidja, de toutes les villes et villages du sud de la capitale, jusque vers Djelfa, Médéa, Miliana, l’USMB a été un des grands clubs musulmans, avec le MCA au centre du pays, qui avaient combattu la colonisation sur les terrains de football et sur le plan politique, culturel et artistique.
Car la coquette ville de Blida, El Belda pour ses natifs, avait des artistes de talents comme Hadj Mahfoudh, Abderrahmane Aziz, Mohamed Touri, Bachtarzi, Stambouli, Bourahla, qui étaient également de grands supporters et mécènes de l’USMB, un club qui avait en face de lui le club local rival, celui des européens, le Football Club Blidéen qui avait il faut le reconnaître d’excellents joueurs, dont des musulmans.
Le parcours du club a été, cependant, émaillé de périodes grandioses, de succès tonitruants, mas également de périodes sèches, de disette. Né en 1932, après une période de maturation qui durera quatre ans (1928), l’USMB participe à sa première coupe d’Afrique du Nord en 1933, et, en 1938, elle accède en division 2 (ligue départementale d’Alger).
En 1941, elle remporte le championnat d’Alger de Division 1, puis remporte en 1945 la coupe départementale d’Alger, et, en 1947, accède enfin en Division d’Honneur rejoignant les frères du MCA. Il faut préciser que durant l’époque coloniale, les deux seuls clubs musulmans, algériens, étaient le MCA et l’USMB dans la ligue d’Alger. Les succès se suivent pour la formation blidéenne, celle des Musulmans, avec une demi-finale de la coupe d’Afrique du Nord en 1954, et la fin des compétitions en 1956.
Après l’indépendance, le club connaître des aventures diverses, avec cette relégation en D2 en 1967, puis en 1972, accession en Division 1. A l’issue de bien des déboires dans les années 1970-1980 après un changement de nom, l’USMB revient en division 1 en 1992, et joue la finale de la coupe d’Algérie en 1996, et, dans la foulée enregistre sa première participation à une coupe arabe.
Mais, comme si le club était damné, l’USMB replonge dans ses travers et rétrograde pour la troisième fois de son histoire post indépendance en nationale 2, en 1996. Sursaut d’orgueil ou feu de paille, le club blidéen revient en D1 une année après, en 1997, et, en 2003, rate de peu le championnat d’Algérie, terminant au pied du podium. Entre 2004 et 2019, année de la seconde relégation en division 3, l’USMB va connaître une douloureuse descente aux enfers.
Aujourd’hui, le club cher aux Blidéens, symbole de cette ville si accueillante et si empreinte d’empathie pour ses visiteurs et les admirateurs de ses chanteurs, comme Dahmane Ben Achour, surnommé le Rossignol de Blida, Hadj Mahfoudh auteur de la célèbre chanson sur l’USMB dans les années 1940, les artistes-peintres comme Martinez ou Baya, et ses comédiens dont Abderrahmane Aziz ou Touri, est balloté en inter-wilayas, et trime dur pour retrouver l’élite. Un gâchis !
Victime de son histoire, de son passé et de ses rênes inachevés, le grand club de la Mitidja se doit d’opérer un sursaut, de se réveiller et aller à la conquête d’une accession parmi les clubs de l’élite footballistique nationale. C’est le moindre mal qu’on souhaite à ce club où évoluaient de grands joueurs, qui avaient hissé haut l’étendard Algérien sur les terrains de football autant durant l’époque coloniale avec un étincelant Smail Khabatou, qu’après l’indépendance.
Il faut juste que l’esprit des Fondateurs retrouve ses droits parmi un club cher à tous les amoureux de la balle ronde de ce côté-ci de l’Afrique.
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