Ukraine: Hystérie altantiste contre la Russie
Qui a intérêt à déstabiliser l’extrême est-européen ? Avec ces bruits de bottes en Ukraine, une partie de jeu d’échec semble engagée entre Russes et Américains avec en arrière fond des dirigeants européens aux prises à de graves crises politiques ou en passe d’entamer une campagne électorale en vue d’une réélection.
Véritable dindon de la farce, l’Ukraine se trouve, à son corps défendant, au centre de manœuvres qu’il a entretenu, il y a peu de temps, et qui le dépasse de très loin aujourd’hui. Nous sommes bien loin de l’euphorie atlantiste de l’Euro-Maïdan, où tout semblait très facile avec l’appui des faucons néoconservateurs américains. Il s’agit désormais de renégocier les termes d’un traité de sécurité collective globale en Europe, objet d’un bras de fer entre Washington et Moscou.
C’est une véritable hystérie qui s’est emparée ses derniers jours des médias et des politiques occidentaux. Son objet ? Une prétendue volonté russe d’envahir l’Ukraine. Cette facilité avec laquelle les Occidentaux tentent de faire vendre leur plan est tout simplement ahurissante. Et pour cause ! Les déclarations se suivent et se ressemblent : de la Maison blanche au 10 Downing Street en passant par l’Elysée, tous crient que Poutine veut et va envahir l’Ukraine. Une hérésie destinée à entretenir une diversion sur les véritables de la crise entre Moscou et l’Occident!
Sinon comment expliquer cette propagande antirusse ? Il y a au moins trois raisons à cette hystérie collective occidentale : pousser la Russie dans ses ultimes retranchements afin de l’affaiblir, renforcer la position de l’alliance atlantique et contrôler les routes de l’énergie en Europe. Telle une réponse du berger à la bergère, les Occidentaux ont répondu aux garanties de sécurité demandées par la Russie avec une rare violence.

Macron et l’Ukraine pour booster sa campagne électorale
Le 17 décembre 2021, Moscou avait présenté des projets d’ententes avec les États-Unis et avec l’Otan contenant entre autres, des clauses sur les garanties de sécurité et le non-déploiement de missiles de courte et moyenne portée à distance de tir de l’autre partie. Aux termes de l’accord, l’Otan devrait renoncer à s’élargir à l’Est, et notamment à intégrer les anciennes républiques soviétiques, conformément aux engagements pris par l’ancien président George Bush Sr avec Mikhaïl Gorbatchev en 1990.
Même si la Russie de Boris Eltsine avait accepté l’élargissement de l’Otan aux anciens pays membres du pacte de Varsovie, l’actuel président russe entend rester ferme notamment par rapport à un éventuel élargissement à l’Ukraine et à la Géorgie. Ce qui mettrait les grandes villes russes notamment Moscou à portée des missiles atlantistes.
Fin janvier, le président russe Vladimir Poutine avait déclaré lors d’un entretien téléphonique avec son homologue français Emmanuel Macron que les réponses déjà avancées par l’Otan et les Etats-Unis sur ses préoccupations en matière de sécurité n’étaient pas de nature à le rassurer. Vladimir Poutine a indiqué qu’il étudierait en détail les propositions de Washington et de l’Alliance atlantique, eu égard aux tensions à la frontière ukrainienne, avant d’envisager des initiatives ultérieures, selon les agences de presse russes.
Le branlebas de combat de Biden
L’entourloupe atlantiste a été de porter l’attention sur des manœuvres russes aux frontières avec l’Ukraine pour intoxiquer l’opinion publique mondiale quant à une volonté belliqueuse russe à l’encontre de son voisin de l’ouest. Le branlebas de combats de Joe Biden et de Boris Johnson avec leurs alliés néerlandais, polonais et roumains contraste d’ailleurs avec la posture ukrainienne.
Le 28 janvier dernier, le Président ukrainien Volodymyr Zelensky a même accusé Washington et l’Otan de créer la «panique», notamment avec leur couverture médiatique du sujet. «Avons-nous des chars dans nos rues? Non», a-t-il affirmé, niant toute attaque «imminente» des Russes. «Je suis le Président de l’Ukraine, j’y suis basé et je pense que je connais mieux les détails d’où je suis», a-t-il insisté.
Mais sous la pression britannique, le même Zelensky a déclaré le 1er février la création d’une alliance tripartie Grande-Bretagne-Pologne-Ukraine. « Nous créons un nouveau format de coopération politique en Europe », a-t-annoncé le 1er février, devant les élus de la Rada, le Parlement de Kiev. Une coopération tripartite afin de «renforcer la sécurité régionale […] dans le contexte de l’agression russe», précise de son côté le Premier ministre ukrainien, en compagnie de son homologue polonais, Mateusz Morawiecki. «C’est un moment où toute l’Europe et le monde occidental doivent s’unir autour de la cause de la souveraineté, de l’indépendance et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine», a déclaré le responsable polonais.
Ce dernier a promis de transférer à l’Ukraine les systèmes portatifs de défense aérienne et les drones, rejoignant les pays atlantistes qui ont envoyés des divisions et des armes soit en Ukraine soit dans les pays limitrophes membres de l’Otan.
En outre, le Premier ministre polonais, au nom de la Pologne en situation de pénurie de gaz, a proposé à l’Ukraine un projet commun de gazoducgazoduc Un gazoduc est une canalisation destinée au transport de matières gazeuses sous pression, la plupart du temps des hydrocarbures. Selon leur nature d'usage, les gazoducs peuvent être classés en trois familles principales : 1- gazoducs de collecte, ramenant le gaz sorti des gisements ou des stockages souterrains vers des sites de traitement. 2- gazoduc de transport ou de transit, acheminant sous haute pression le gaz traité (déshydraté, désulfuré, ...) aux portes des zones urbaines ou des sites industriels de consommation 3- gazoducs de distribution, répartissant le gaz à basse pression au plus près des consommateurs domestiques ou des petites industries. pour pouvoir obtenir du gaz provenant de la Norvège, qui, d’ailleurs, réduit sa production année après année en raison de l’épuisement des gisements. L’absurde situation dans laquelle un pays de transit investit dans un tuyau pour obtenir du gaz par la mer et quatre frontières à coût égal a été appréciée par les experts locaux, mais pas par le Premier ministre ukrainien, qui a confirmé vouloir investir de l’argent dans un projet apparemment fautif et insensé.

Johnson prêt à étouffer l’Ukraine dans ses bras
Pour sa part, le très contesté Premier ministre britannique Boris Johnson est prêt à étouffer l’Ukraine dans ses bras. En guise d’avance, il a promis des armes à Kiev, a dit beaucoup de mots encourageants pour soutenir les pertes anti-russes, et a apporté 88 millions de livres «d’aide», en fait des prêts, pour «réduire la dépendance à l’énergie russe». Ils seront probablement investis dans le tuyau polonais dans le cadre de l’ancrage de l’axe politique Londres-Varsovie-Kiev, tant dit dans les trois capitales, mais les documents ont été reportés pour de bonnes raisons – la maladie du chef de la diplomatie britannique.
Les biens immobiliers de Zelensky à Londres
Il est évident que Londres, après sa sortie de l’UE, se préoccupe peu de la sécurité sur le continent européen et mène sa propre ligne de politique étrangère très conflictuelle. Les Britanniques sont presque devenus le principal atout de la guerre en Ukraine et le principal acteur de la politique étrangère à l’intérieur du pays, dépassant même les États-Unis. Déjà que Zelenski et son entourage sont «sous le coup» des services secrets britanniques, depuis sa visite au siège de MI-6 en octobre 2020 et l’achat de biens immobiliers chers sur Baker Street rajoute à la dépendance de Kiev à Londres. En plus des avantages politiques de provoquer un conflit aux frontières de la Russie, Londres bénéficie déjà de l’Ukraine sur le plan commercial. Ainsi, les négociations entre Zelenski et Johnson ont porté sur l’élargissement de la zone de libre-échange bilatéral, et en fait sur la substitution des produits ukrainiens par des produits étrangers.
D’ailleurs, la seule voix dissonante dans le camp occidental est celle de l’Allemagne. Berlin grand partenaire de Moscou en matière d’énergie ne veut pas mettre la charrue avant les bœufs. Le social-démocrate Olaf Sholz n’a pas rejoint le concert antirusse. Les intérêts allemands ne sont pas forcément ceux des Etats-Unis ou de la Grande-Bretagne.
L’Ukraine, cheval de Troie de l’Otan aux frontières de la Russie, remplira une triple fonction : plateforme de déploiement atlantiste, verrou pour le transit du gaz russe vers l’Europe et vassal des Anglo-saxons dans leurs entreprises antirusses. L’historien militaire français Laurent Henninger, n’est pas allé par quatre chemins: «Ses alliés n’en ont rien à foutre (sic) de l’Ukraine». «Le peuple ukrainien est le dindon de la farce dans cette histoire. C’est atroce, d’ailleurs, car il ne le mérite pas», a-t-il rajouté.