Hydrocarbures et électricité : L’Algérie accélère le déploiement de sa stratégie en Afrique
L’Algérie poursuit le déploiement d’une stratégie énergétique ambitieuse visant à renforcer son influence économique et politique sur le continent africain. A travers une série d’accords de coopération et de projets structurants dans les domaines des hydrocarbures, de l’électricité et des infrastructures énergétiques, le pays cherche à consolider sa présence sur plusieurs marchés africains, tout en affirmant son rôle d’acteur régional de premier plan.
Cette dynamique s’inscrit dans une vision plus large portée par les autorités algériennes, qui misent sur les capacités de leurs entreprises nationales, notamment Sonatrach et Sonelgaz, ainsi que sur des partenariats stratégiques avec plusieurs pays africains et arabes. L’objectif est de transformer l’énergie en « un outil de diplomatie économique » capable de soutenir l’intégration régionale et de favoriser le développement de nouveaux marchés, a fait savoir un rapport publié par la plate-forme spécialisée Attaqa.
Au cœur de cette stratégie figure le renforcement de la coopération avec l’Egypte. Les deux pays ont récemment franchi une nouvelle étape dans leurs relations énergétiques avec la signature d’un mémorandum d’entente portant sur l’approvisionnement en pétrole brut algérien. Cet accord vise à sécuriser les flux de brut vers les raffineries égyptiennes tout en ouvrant la voie à une coopération élargie dans les domaines de l’exploration, de la production et du raffinage.
Dans la même dynamique, Alger et Le Caire ont conclu un contrat pour le développement du champ pétrolier de Hassi Bir Rekaiz, pour un investissement estimé à près d’un milliard de dollars. Le projet prévoit notamment la réalisation d’une unité centrale de traitement du pétrole brut d’une capacité de 31 500 barils par jour, ainsi que des installations destinées au traitement du gaz et des eaux de production.
L’Algérie entend également s’appuyer sur son partenariat avec l’Egypte pour étendre son action à l’échelle continentale. Dans cette optique, le ministère de l’Energie et des Energies renouvelables a engagé des discussions avec le groupe égyptien Elsewedy Electric afin de développer des projets communs en Afrique dans les secteurs de l’électricité, de l’ingénierie et de la fabrication d’équipements énergétiques.
Les deux parties étudient, par ailleurs, la création d’une société commune chargée de réaliser des projets à l’international, notamment sur le continent africain. Cette initiative s’inscrit dans la volonté d’Alger de diversifier son offre à l’export en misant davantage sur les services énergétiques et l’ingénierie, au-delà de la seule exportation de pétrole et de gaz.
Parallèlement, l’Algérie poursuit le renforcement de sa coopération énergétique avec la Tunisie. Les discussions portent notamment sur la réalisation d’une centrale électrique à cycle combiné d’une capacité de 1 400 mégawatts, qui serait la plus importante du pays voisin. Les deux parties poursuivent également leur collaboration dans le domaine de l’approvisionnement en électricité.
La stratégie algérienne s’étend également à plusieurs pays africains. En Libye, l’Algérie a livré en mai 2026 une cargaison de 132 000 barils d’essence afin de contribuer à atténuer les tensions observées sur le marché local des carburants.
En Côte d’Ivoire, un accord de coopération a été signé pour développer les partenariats dans les secteurs de l’énergie et des mines. Celui-ci couvre plusieurs domaines, notamment l’exploration, la production, le raffinage et le développement des chaînes de valeur liées aux hydrocarbures et aux ressources minières.
Au Mozambique, Alger participe à un projet de centrale électrique d’une capacité de 1 000 mégawatts. « Les autorités algériennes estiment que cette infrastructure pourrait permettre au pays d’accroître ses exportations d’électricité vers plusieurs Etats voisins, renforçant ainsi son rôle énergétique dans la région », estime-t-on dans le même rapport, qui met en évidence le rôle clé de l’Algérie dans sa coopération avec les pays voisins.
L’Algérie intensifie également sa présence dans la région du Sahel, notamment au Niger, où le Groupe Sonelgaz réalise actuellement une centrale électrique à Niamey et accompagne plusieurs projets liés à la modernisation des réseaux électriques, à la formation des ressources humaines et à la digitalisation du secteur. Cette coopération s’inscrit aussi dans le cadre du projet de gazoducgazoduc Un gazoduc est une canalisation destinée au transport de matières gazeuses sous pression, la plupart du temps des hydrocarbures. Selon leur nature d'usage, les gazoducs peuvent être classés en trois familles principales : 1- gazoducs de collecte, ramenant le gaz sorti des gisements ou des stockages souterrains vers des sites de traitement. 2- gazoduc de transport ou de transit, acheminant sous haute pression le gaz traité (déshydraté, désulfuré, ...) aux portes des zones urbaines ou des sites industriels de consommation 3- gazoducs de distribution, répartissant le gaz à basse pression au plus près des consommateurs domestiques ou des petites industries. transsaharien reliant le Nigeria à l’Europe via le Niger et l’Algérie, rappelle-t-on de même source.
Au Tchad, Alger a exporté sa première cargaison de gaz de pétrole liquéfié et signé un accord portant sur la réalisation d’une centrale électrique de 40 mégawatts. Le partenariat prévoit également des actions de formation et de transfert de compétences dans le domaine énergétique.
En Mauritanie, les deux pays travaillent à la relance de leur coopération dans le secteur des hydrocarbures, notamment à travers l’approvisionnement en carburants, la réhabilitation de stations de distribution et le développement de projets d’interconnexion électrique.
A travers l’ensemble de ces initiatives, l’Algérie affirme progressivement sa volonté de devenir un acteur central de l’intégration énergétique africaine. En misant sur l’exportation de son expertise, de ses équipements et de ses services, le pays cherche à renforcer son influence sur le continent tout en consolidant sa position dans un environnement marqué par une concurrence croissante entre puissances régionales et internationales.