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Nationale

Hommage au Dr Salah Mouhoubi : «Tu as tiré ta révérence loin des feux de la rampe»

Hommage au Dr Salah Mouhoubi : «Tu as tiré ta révérence loin des feux de la rampe»

Il y a un an, jour pour jour, disparaissait à jamais, et certainement pour une vie meilleure auprès de notre Créateur Allah le Tout-Puissant, mon regretté papa Dr Salah Mouhoubi, économiste, expert financier, politologue et écrivain de renom. Je me souviendrai aujourd’hui, 15 septembre 2014, d’un triste jour qui sera gravé dans la mémoire de sa famille et de toutes les personnes qui l’ont connu et aimé lorsqu’il avait rendu son dernier souffle à l’hôpital de Béni Messous. Par la faute de la bêtise humaine.

Inutile de rappeler que Dr Salah Mouhoubi, au-delà de son profil d’expert international, connu et reconnu par ses pairs des quatre continents, est un homme d’une humilité exemplaire. Il aimait les « petites gens », comme il aimait à se qualifier lui-même lorsqu’il évoquait sa personne, sa vie, son parcours de père, de grand-père, de frère, d’époux fidèle et surtout de « fils aîné », dans la mesure où ma grand-mère est toujours en vie. 

Je n’oublierai jamais la mine joviale, rassurante, pesée et une capacité d’écoute exceptionnelle de l’homme que fut mon cher papa. Sa probité, son honnêteté intellectuelle, son comportement avec autrui, étaient remarquables, d’abord au niveau des différentes institutions de l’Etat où il a eu à occuper de hautes charges (ministère des Finances, Banque d’Algérie, Présidence de la République en tant que chargé de mission auprès de Liamine Zeroual), mais aussi dans d’autres organismes tant nationaux qu’internationaux à l’image du Centre monétaire africain dont le siège est à Dakar (Sénégal) où Dr Mouhoubi a eu le privilège d’occuper le poste de Directeur-général adjoint.

Il ne faut pas omettre que cet homme honnête, humain, simple et bon, mais aussi au fort caractère, ne se lassait jamais -par la plume ou de vive voix lorsqu’il était invité sur les plateaux des télévisions- à s’impliquer dans le bien-être de « sa » chère Algérie », « mon pays bien-aimé » que nous avons libéré, de force, des griffes de la colonisation française. Il disait que notre pays a toutes les capacités de s’imposer en tant que puissance régionale « crainte et respectée » dans le concert des nations, notamment au niveau régional. Il dénonçait toute ingérence dans les affaires de « notre chère Algérie ». C’était cela l’esprit Mouhoubi. 

Cela étant dit, je tiens à remercier toutes les personnes qui étaient à ses côtés, surtout durant les derniers jours de sa maladie. Ces personnes qui ont tenu à accompagner mon papa jusqu’au bout. A toutes ces gens-là, je dis : Merci et que Dieu vous garde ! Je n’oublierai jamais le rôle qu’avait tenu ma très chère mère pour son dévouement à mon défunt papa.

Elle a été sa compagne fidèle, affectueuse, douce et attentive envers mon papa, et ce durant les 26 ans de leur vie commune. Je tiens également à citer parmi les « Grands » mon très mari, Djamel, que papa considérait comme son « propre fils ». Je citerai aussi ma grand-mère, mes tantes et mes oncles, et toute la famille, ainsi que ses amis, et pour terminer ma fille Cérine, que papa appelait « ma copine, mon porte-bonheur ». Il était fier d’être grand-père, malheureusement ce bonheur a été de courte durée.

Je voudrais tant rappeler, à l’attention surtout des jeunes générations, que Dr Mouhoubi a laissé pour la postérité une multitude de contributions journalistiques, de dizaines d’interviews, et a à son actif pas moins de 25 livres dont une vingtaine consacrée à l’économie, aux méfaits du mondialisme et à la politique monétaire et financière. Et le reste sont des romans de fiction. Il disait toujours à moi, et à mère : « Ma plume ne s’arrêtera que lorsque je ne serais plus de ce monde ». Son dernier roman qu’il m’avait dédicacé s’intitule « Une femme et deux amours ».

Un livre époustouflant et profond, qui dépeint ses rapports entre sa femme, sa fille…Une très belle histoire d’amour basée sur la réalité qui caractérisait notre petite famille (j’étais la fille unique du couple, ndlr). Le départ de mon père, Allah yerrah’mou, fait de moi quelqu’un qui a perdu non seulement un père, mais un frère, un ami, un confident… Papa était ma vie, mon souffle, ma raison de vivre.
Il disait que je lui ressemblais sur « pas mal de points ». Je n’oublierai jamais une phrase qu’il employait souvent lorsqu’il voulait me taquiner : « Je suis l’objet de ma fille ; elle fait de moi ce qu’elle veut, et je ne peux lui résister, car étant la seule femme de ma vie ! ».

Avant de clore cet hommage, je tiens fermement à souligner que mon père, Dr Salah Mouhoubi, est mort « bêtement ». Oui, j’assume ces propos. Mon défunt papa a été ravi à l’affection des siens par une faute médicale, suite à une forte négligence de la part des médecins de Beni Messous. Plus spécialement le service de néphrologie. De l’avis de spécialistes que nous avons consulté, mon papa n’a pas succombé à sa maladie mais cela était dû à un « microbe mortel » attrapé à l’hôpital. C’est ce microbe qu’il l’a tué.

Car comment expliquer, qu’après 24 heures de son admission pour une banale déshydratation (Il avait rejoint l’hôpital à pied, muni de toutes ses facultés physiques et mentales), que sa sortie de la maison était en fait un aller simple. Il est ressorti de l’hôpital dans un cercueil. Il avait été très mal pris en charge. Aucun suivi médical. Aucune assistance à une personne pourtant en danger. Il a eu à subir trois arrêts cardiaques dont le dernier lui sera fatal. Il n’y avait personne dans la chambre à part un membre de sa famille : ni infirmiers, ni médecins de garde.

Mon père, qui n’avait droit qu’à la présence des siens, impuissants, est mort dans nos bras. Ce 15 septembre 2013 restera gravé dans ma mémoire. A jamais. Lui qui a tout donné pour l’Algérie. Qui a représenté dignement son pays dans les grandes institutions internationales. Lui que des chefs d’Etat africains (dont Allassane Ouattara de la Côte d’Ivoire), s’arrêtaient net pour le saluer lorsque mon père partait pour Addis Abéba, afin de représentait l’Algérie à l’UA en tant qu’expert.

Lui qui combattait pour instaurer l’ordre et la propreté dans les hôpitaux. Drôle de remerciements pour un grand monsieur de la trempe de Dr Mouhoubi. Durant les cinq jours de son admission, six personnes sont mortes dans les mêmes conditions que mon père. Dans l’indifférence totale. Personne n’osait lever le petit doigt pour une enquête. Je demande à tous ceux et celles qui l’ont connu, aimé, respecté et apprécié d’avoir une pieuse pensée en la mémoire de ce digne fils de l’Algérie de Novembre. Mort dans l’indifférence. Il avait 64 ans.

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