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Nationale

Hommage au chantre Cherif Kheddam à Tizi-Ouzou

Hommage au chantre Cherif Kheddam à Tizi-Ouzou

En ce 23 janvier 2012, la nouvelle du décès de Cherif Kheddam fit l’effet d’un séisme, même si tout le monde savait qu’il était gravement malade et hospitalisé depuis pas mal de temps déjà dans un hôpital parisien.

Le 27 janvier, ce fut la mise en terre de l’artiste qui révolutionna la chanson kabyle dans son village natal Boumessaoud, commune d’Imssouhal. Cela fait exactement cinq années depuis la disparition de Cherif Kheddam. Et pourtant, on a l’impression que cela s’est passé seulement hier. Cet élément temporel qui semble insignifiant en durée est propre à tous les grands personnages. A l’occasion de la 6e commémoration de sa mort, la maison de la Culture Mouloud-Mammeri a concocté un programme à la dimension du défunt. L’acte commémoratif a commencé vendredi, au cimetière de Boumessaoud par un recueillement et le dépôt d’une gerbe de fleurs sur la tombe du disparu. Pour la journée d’aujourd’hui, c’est l’espace même de la maison de la Culture Mouloud, Mammeri qui a abrité l’événement. Celui-ci est traduit par une exposition de photographies de l’artiste et d’articles de presse traitant de sa vie et de son œuvre. En début d’après-midi, c’est un gala artistique qui fut programmé à la grande salle des spectacles et animé » par de nombreux chanteurs et chanteuses classés parmi la génération montante. Il s’agit entre autres de Yasmine, Sonia Amrani, Arezki Wali, Amel Zen et Malik Bachi.

Pour évoquer Cherif Kheddam dans toute sa dimension, il faudrait sans doute beaucoup d’encre et beaucoup de temps. L’auteur de « Managh akmesouh dheldjar » est né le premier janvier 1927 à Boumessaoud dans la commune d’Imsouhal. Cherif Kheddam, aîné de cinq enfants, rejoint une école coranique alors qu’il n’a que 9 ans. Il dira que c’est au sein de cette école qu’il travaillera la première fois sa voix. C’est à la zaouia de Boudjellil à Tazmalt, (Béjaia), plus qu’il forgera ses premières armes. Cependant, le jeune Cherif ne montrera pas un intérêt particulier pour la récitation de versets coraniques. Pour le m’dih non plus. C’est pourquoi il débarque à Alger alors qu’il n’a que 12 ans. A cet âge déjà, il sait gratter les fils d’une guitare. En 1947, alors âgé de 20 ans, Cherif Kheddam, part en France pour travailler. Le plan Marshall dont a bénéficié la France assurait le travail pour tout le monde et on embauchait dans tous les secteurs d’activité. Voilà donc Cherif Kheddam qui se retrouve dans une fonderie d’abord puis dans une entreprise de peinture. Entre-temps, il poursuit ses études musicales. Sa première chanson, « yellis n tmurt iw » sera un succès. L’enregistrement sera fait sur un 78 tours à l’OTF (radio télévision française). Les critiques de musique et les vedettes de la chanson de l’époque comprendront vite que Cherif Kheddam était porteur d’un nouveau style musical pour la chanson kabyle. L’introduction du luth dans l’orchestre était synonyme de nouveauté. Idem concernant le genre se situant entre l’occidental et l’oriental. S’ensuivront d’autres chansons comme Nadia thumlih n’tit, Djurdjura, managh akmsouh dheldjar. Toutes seront jugées par les critiques comme des chefs-d’œuvre. Par la même occasion, Cherif Kheddam a réussi à imposer ce genre musical. Pour certains connaisseurs, c’est surtout le son de son luth, exceptionnel, qui renseignait sur l’identité de l’interprète. Ferhat Imazighen Imoula dira : « Je sais reconnaître la musique de Cherif Kheddam à l’écoute de la première note de musique ». En 1963, Cherif Kheddam rentre en Algérie et intègre la radio Chaîne 2. Il animera plusieurs émissions. Il sera examinateur

des jeunes chanteurs désirant faire carrière dans la chanson. L’émission animée à cet effet était Ichenayen ouzekka. Plusieurs grands artistes comme Cheikh El Hasnaoui Amecht, Ferhat M’henni ont reçu le billet d’admission de la part de Cherif Kheddam. En 1988, Cherif Kheddam prendra sa retraite administrative. Cependant, il ne quittera la scène artistique qu’à un âge très avancé, soit au moment où la maladie le contraignit à l’inactivité totale. Le 23 janvier 2012, le maestro rendit l’âme. Il était âgé de 85 ans. Aujourd’hui, seuls certains initiés arrivent à interpréter tant bien que mal les chansons de Cherif Kheddam.

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