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Culture

Hommage à Nordine Aït-Slimane

Hommage à Nordine Aït-Slimane

Il s’appelle Nordine Aït-Slimane. C’est un enfant du âarch des Ath-Djenadh. Il est poète, dramaturge, critique culturel, animateur de radio, examinateur théâtral (membre du jury de sélection des meilleures œuvres théâtrales, formateur des gens de métiers théâtraux, historien du théâtre) et enfin enseignant de la langue anglaise. En un mot, Nordine Aït-Slimane, la cinquantaine, est un authentique homme de culture.

S’investir dans tant d’axes du créneau culturel et littéraire en même temps n’est certainement pas à la portée de tous. Autrement dit, seuls quelques privilégiés dans le monde sont dotés de telles performances.

Pour reconnaître officiellement ses grands mérites, les autorités compétentes de la wilaya de Tizi Ouzou ont saisi l’opportunité de la Journée nationale de l’artiste pour rendre un hommage mérité à ce citoyen d’Ath-Djenadh. La cérémonie s’est déroulée mercredi dernier après le ftour, au théâtre régional Kateb-Yacine de Tizi Ouzou.

La salle était archicomble. Parmi l’assistance, venue des quatre coins du pays, figuraient naturellement des gens de culture et des personnalités politiques. Le célèbre dramaturge Omar Fettemouche est venu spécialement de Béjaïa pour ce rendez-vous.

Au programme de nombreux témoignages de celles et ceux l’ayant connu et côtoyé, un récital de poèmes et, naturellement, l’interprétation de sa célèbre pièce de théâtre intitulée Ahitos.

Cette pièce, pour rappel, a remporté le meilleur prix au Festival de Timgad. Concernant le récital de poèmes, Nordine Aït-Slimane y a pris part. Il récita à la demande du public pas moins de cinq poèmes, dont la célèbre discussion, qui finit en diatribe, entre Cheikh Mohand Oulhocine et Cheikh Mohand Oumhand.

Les deux célébrités, connus pour leur maîtrise du verbe, se sont échangé des propos en vers. Nordine Aït-Slimane, à travers la reprise de leur discussion en vers, a permis à l’assistance de découvrir que les échanges de propos entre Cheikh Mohand Oulhocine et Cheikh Mohand Oumhand ont duré longtemps.

Ils se sont en fait échangé plusieurs propos alors que beaucoup de gens pensaient que chacun des deux n’en avait prononcé qu’un seul. Il faut savoir aussi que Cheikh Mohand Oulhocine était, avant d’être poète, une autorité religieuse et politique. Quant à Cheikh Mohand Oumhand, même s’il maîtrisait parfaitement le Coran –c’était un lettré –, il n’était que poète.

Il errait de ville en ville, de village en village et de contrée en contrée. Il faisait des allers-retours entre l’Algérie et la Tunisie. En revanche, ce que tout le monde sait, c’est que les deux cheikhs ne se sont rencontrés qu’une seule fois, à la fin de leur vie, et ce même s’ils se connaissaient très bien de réputation.

Cette diatribe entre Cheikh Mohand Oulhocine et Cheikh Mohand Oumhand, qui a eu lieu au début du XXe siècle au siège de la mosquée et medersa de Cheikh Mohand Oulhocine, plus exactement au niveau du lieu abritant son mausolée dans le village des Ath-Ahmed, commune d’Aït Yahia, se déroula devant les disciples de Cheikh Mohand Oulhocine. Ce sont certains d’entre-eux qui ont témoigné de cette diatribe, devenue presque une légende aujourd’hui.

Et le génie de Nordine Aït-Slimane, c’est d’avoir, le temps de la reprise de cette diatribe, fait faire à l’assistance un retour temporel à cette époque. Avec son jeu de voix, Nordine Aït-Slimane a été, le temps de cette reprise, Cheikh Mohand Oulhocine et Cheikh Mohand Oumhand. Après ce récital de poèmes, Nordine Aït-Slimane a plongé à nouveau l’assistance dans la période du Moyen Age avec sa pièce de théâtre Ahitos. Ahitos n’est que Ahedadh Oukalous (le forgeron d’Oukalous).

Les décors, notamment la forge, sont fidèles à ceux de l’époque. Idem concernant les costumes des comédiens. Quant au jeu de ceux-ci, il a été tout simplement sublime. Cette pièce théâtrale a apporté elle aussi un certain éclairage sur l’histoire du forgeron d’Oukalous.

Selon certaines versions, qui n’ont cité ni l’époque ni l’espace géographique des faits, c’est le forgeron qui a fait périr les habitants de son village après avoir fermé de l’extérieur les portes de leurs maisons respectives, et ce parce qu’un prince du village a tenté de lui prendre de force sa femme.

Dans la version de Nordine Aït-Slimane, l’époque et l’espace géographiques exacts des faits n’ont pas été précisés non plus. Cependant, l’indication ou la nouveauté sera d’abord le fait que la femme du forgeron a été emmenée de force par un notable du village et non par un prince.

L’autre élément nouveau sera que la vengeance du forgeron d’Oukalous sera traduite par une vendetta qu’il aura réussi à provoquer entre les habitants de son village et ceux d’un village voisin.

Le forgeron d’Oukalous, au cours de cette nuit fatidique, a donc bloqué les portes des maisons, à partir de l’extérieur, en leur plaçant des serrures qu’il fermera avec ses propres clefs. Le massacre proprement dit des habitants d’Oukalous sera ainsi perpétré par les habitants du village voisin.

Notons enfin que feu Mouloud Mammeri, en dépit de ses nombreuses recherches, n’a pas réussi à situer l’époque exacte de cette affaire. Et, par conséquent, il paraît clair aujourd’hui que ce serait plutôt une légence qu’un fait historique. Le chanteur Abdennour Amour a d’ailleurs fait référence à Ahedadh Oukalous dans l’une de ses chansons.

En tout état de cause, la vérité ne peut être découverte que grâce à une enquête menée par une équipe d’historiens et d’archéologues. Il va sans dire que ce dossier mérite une enquête. Les résultats de celle-ci détermineront si Ahedadh Oukalous relève de l’histoire ou simplement d’une légende. Ainsi, la pièce théâtrale Ahitos de Noredine Aït-Slimane est venue rappeler la nécessité de mener une enquête à ce propos. 

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