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Culture

Hiba Tayda au Jeune Indépendant : « Mon roman est le portrait d’une jeunesse en quête de maturité… »

Hiba Tayda au Jeune Indépendant : « Mon roman est le portrait d’une jeunesse en quête de maturité… »

Hiba Tayda est à l’image de son écriture : pondérée et calme. Elle avance sereinement, à pas de loups pour démystifier les jugements de valeur et les idées toutes faites. Dans cet entretien, elle revient sur la sortie de son premier roman, Un slow avec le destin, publié chez Tafat éditions.Fidèle à sa passion, l’auteure pense à l’avenir, elle veut surtout garder un rapport de complicité avec sa plume. Tout compte fait, Hiba prépare de nouveaux manuscrits, qui sont d’ailleurs en gestation. Une manière de manifester, sans doute, son ‘’béguin’’ pour l’écriture.
 

Le Jeune Indépendant : Vous avez commencé avec un blog en 2013, sous le pseudonyme de Havouva. Pourquoi votre choix s’est-il porté sur les supports virtuels ? Etes-vous une adepte des ombres ?

Hiba Tayda : Si je n’avais pas utilisé de pseudonyme, je n’aurais pas osé montrer mes écrits. Le blog que je gérais était une suite logique aux textes que je publiais sur des forums. Cela m’a aidé à prendre confiance en moi et à écrire encore plus. Après un certain temps, j’ai eu la possibilité d’éditer le roman qu’on connait maintenant. Le fait d’être lue me rendait un peu tendue. Au bout du compte, commencer avec les réseaux sociaux était une bonne idée. En clair, on veut tous partager nos réflexions, nos idées et nos idéaux. N’empêche que je suis toujours une adepte de la discrétion.

Un slow avec le destin est votre premier roman. Il retrace le quotidien de Hewwa qui est à la fois introvertie et brillante. Cette dernière privilégie le repli et la discrétion. A-t-elle peur de l’inconnu ? De révéler ses sentiments à Nassim ?

H. T. : Hewwa a peur de ses propres sentiments. Elle ne veut rien révéler à Nassim, l’élu de son cœur. Elle est entre le marteau et l’enclume. Il s’agit d’un conflit intérieur où se mélangent amour et frustration. Je parle avant tout d’une femme qui a été trahie par son amour d’adolescence. Ce qui constitue un vrai handicap. De plus, Nassim est quelqu’un de proche. Une connaissance de longue date. Hewwa se reprochait d’éprouver des sentiments pour lui et, en même temps, elle culpabilisait. Au bout du compte, elle est devenue une femme avec une forte personnalité, qui aspire à un meilleur avenir.

Votre roman miroite-il les retombées de l’introversion dans une société hostile ?

H. T. : Mon roman est le portrait d’une jeunesse qui peine à trouver une certaine maturité. Cela reflète un dysfonctionnement de la société. L’âge de Hewwa ne lui permet pas de gérer ses propres émotions. D’ailleurs, en tant que « jeune », elle n’a jamais pris l’assurance et le temps nécessaires pour s’épanouir. Il faut savoir qu’elle a un grand souci de communication. En effet, elle ne peut pas voir la société telle qu’elle est. Pourquoi ? Parce qu’elle n’arrive pas à aborder, à influer les autres. Hewwa ne voit que les siens. C’est-à-dire les personnes dont elle se préoccupe. Les autres restent dans le flou le plus total. Son repli sur elle-même n’est finalement qu’une protection.

A qui vous vous adressez en premier lieu quand vous écrivez. Cherchez vous quelqu’un ou quelque chose à travers l’acte de l’écriture ?

H. T. : Je m’adresse à quelqu’un qui aime lire. Une personne dont la passion pour la lecture est incommensurable. C’est surtout quelqu’un qui veut se construire par le biais de la littérature. Parfois, j’écris des textes que je ne veux plus revoir et pourtant, des personnes me disent qu’elles ont été touchées. Elles sont émues par mes mots. Je ne sais pas si je cherche à démontrer quelque chose dans mes écrits ou si je suis à la recherche de quoi que ce soit mais une chose est sûre, je fais de mon mieux. En ce qui concerne l’écriture : j’ai toujours eu une pensée pour Mouloud Feraoun qui nous a quittés trop tôt. C’est un modèle à suivre, qui n’arrête pas d’imprégner cette nouvelle génération.

Peut-on dire que les protagonistes d’une auteure sont logiquement des femmes ?

H. T. : Ce n’est pas nécessairement le cas. J’ai écrit pour des femmes sur un site féminin. En revanche, des hommes me lisaient. Ils me parlaient souvent de mes écrits. L’écriture est universelle bien entendu ; elle aide à réfléchir et à comprendre les autres. Si un homme comprend mieux les femmes, s’il trouve quelque chose d’utile dans mes gribouillages, alors cela veut dire que j’ai donné de l’impact à mes écrits. Le plus important est d’avoir une meilleure approche quand il s’agit de nos relations.

Que vous apporte l’écriture dans la vie ?

H. T. : Plus que je ne le dirais jamais. L’écriture est mon remède, mon échappatoire. Ma bouée de sauvetage et mon phare. C’est la raison qui me pousse vers l’avant, le chemin que j’ai tracé pour mon existence il y a 16 ans. Cette lumière sort toujours des profondeurs obscures de mon âme. L’écriture est aussi mon punchingball quand je veux me défouler, les cordes musicales que je caresse quand je suis d’humeur tendre et le trampoline géant sur lequel je saute quand je suis joyeuse. Si je n’écrivais pas, j’aurais trouvé autre chose pour ne pas sombrer dans la folie, mais rien ne me donne autant de satisfaction que l’écriture.

Vous êtes animée par l’amour du verbe. Avez-vous d’autres projets d’écriture ?

H. T. : Oui, évidemment. Mes projets sont nombreux. J’essaie de me canaliser pour ne pas m’éparpiller car j’ai trop d’idées et pas assez de temps. J’ai l’intention de publier un autre roman au cours de cette année. Il est assez différent du premier. En revanche, il reste un roman plutôt intimiste. Actuellement, j’écris un roman d’un autre genre. Il me demande beaucoup d’énergie et de concentration surtout. J’espère que je l’achèverai avant la fin de l’année. Et bien entendu, il y en a d’autres en plein chantier. Tout ceci pour dire que je n’arrête jamais d’écrire !

Dernière question. Pourquoi avoir choisi le prénom de Hewwa pour le personnage principal ?

H.T. : La raison est toute simple : j’aime bien prononcer ce prénom. Je n’ai connu qu’une seule Hewwa dans ma vie et j’aimais bien comment résonner son prénom dans ma bouche quand je m’adresser à elle. Donc, rien à voir avec la première femme sur terre.

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